La cathédrale des Saints Pierre-et-Paul de Königslutter 

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Nous n'avons pas visité cette cathédrale. Notre étude de cet édifice s'est inspirée de pages d'Internet (ex : Wikipédia) et de l'analyse de galeries d'images issues d'Internet. Nous avons en particulier abondamment consulté le site Internet http : //romanische-schaetze.blogspot.com/ qui a recueilli les images de plusieurs centaines de monuments. Notre site traitant seulement du premier millénaire, nous n'avons conservé que les monuments susceptibles d'appartenir à cette période, mais ce site, dont le nom se traduit en français par « Trésors romans », est beaucoup plus riche en monuments et nous en conseillons la lecture. Certaines images ci-dessous sont extraites de ce site Internet.

La page du site Internet Wikipédia consacrée à cette cathédrale nous apprend ceci :

« Signification

La cathédrale est l’un des monuments culturels les plus importants de la période romane en Allemagne. Elle a été la première grande église voûtée au nord des montagnes du Harz. Elle a été conçue comme un symbole de la dignité impériale et est équivalente en importance à la cathédrale impériale de Spire.
[...]

Histoire

L'organisme promoteur de la construction de l’église était un monastère de chanoinesses construit par les comtes de Haldensleben au XIe siècle. Il était situé près de l’ancien village de Lutter sur le ruisseau Lutter, qui prend sa source ici au pied de l'Elm. En 1135, l’empereur Lothaire, roi allemand depuis 1125 et empereur allemand en 1133, transforma le monastère en monastère bénédictin. Ce faisant, il fit don de la cathédrale impériale en tant qu’église abbatial
e. [...] Deux ans après le début de la construction, l'empereur Lothaire de Süpplingenburg mourut au Tyrol en 1137 alors qu’il revenait d’une campagne d’Italie. Ses restes ont été enterrés dans l’église inachevée. Après sa mort, le bâtiment a été achevé de manière plus simple avec des plans réduits. Les deux tours Ouest n’ont été achevées qu’au XVe siècle. Dotée de nombreuses reliques par l’empereur fondateur Lothaire, l’église est devenue un lieu de pèlerinage bien connu à la fin du Moyen-Âge. Le jour principal du pèlerinage était le 29 juin, fête des deux saints patrons Pierre et Paul. [...]

Description de l'édifice

L’église est une basilique à trois vaisseaux sur un plan en croix avec un ouvrage Ouest à tour double et une tour de croisée octogonale. Les différentes conceptions des parties (de bâtiment) indiquent deux phases de construction. Tout d’abord, de 1135 à 1150 environ, le grand chœur des moines a été construit à l’Est, ce qui est dans la tradition de Cluny II. Cluny en Bourgogne (France) a été le point de départ de la réforme de l'Ordre Bénédictin au Xe siècle. De ses trois églises, les deux dernières ont fourni une inspiration décisive pour l’architecture des autres églises religieuses. La partie orientale de l’église avait comme idéal la richesse des décors de cet édifice français.


Cependant, en 1150/60, les plans ont été modifiés, et avec le début du bâtiment Ouest et l’exécution de la nef, un langage de conception ascétique a été utilisé pour établir un contraste clair avec la partie Est riche en décoration. Ici, on trouve un retour aux plus anciennes traditions de construction locales, avec un bâtiment Ouest rectangulaire bas-saxon doté de deux tours. La nef n’a été voûtée qu’en 1695; jusque-là, elle avait un plafond plat en bois, ce qui est courant dans les églises romanes. Le chœur et les bas-côtés étaient déjà conçus comme des voûtes en croisées d'ogives pendant la construction.

Le bâtiment est constitué de calcaire d'Elm, qui a été extrait à proximité du site, sur les pentes de l'Elm. La cathédrale a acquis une importance particulière en raison de la riche décoration artistique, sous forme de sculptures réalisées par des tailleurs de pierre lombards. Il s’agit surtout de l’entrée de l’église (image 6), du portail des lions (image 7) et de la frise de chasse sur la façade extérieure (images 16 et suivantes).

Le portail aux lions du bas-côté Nord (image 7) date de la première phase de construction. La plastique du bâtiment, que l’on peut voir non seulement ici, mais aussi dans les parties orientales et sur le cloître, est très similaire à celle des bâtiments de Ferrare, Vérone et Plaisance en Lombardie, de sorte qu’on suppose qu’un groupe de tailleurs de pierre qui avaient déjà travaillé en Italie a apporté ces formes à Königslutter. Il est significatif que le cercle de modèles du nord de l’Italie soit caractérisé par l’inclusion de formes anciennes. Ainsi, des formes antiques uniques ont été apportées de l'Italie à Königslutter. Quelque chose comme cela était auparavant inconnu en Saxe, tout comme la construction monumentale de la voûte et la technique sophistiquée de maçonnerie. Le premier bâtiment de Königslutter a eu un effet formateur en tant que fondation impériale. Königslutter est l’équivalent saxon de la cathédrale impériale salienne de Spire.

Le cloître
(image 15), construit à partir de 1150, dont les ailes Nord et Ouest sont encore conservées, vaut le détour. Avec sa richesse de colonnes ornées et de chapiteaux, l’ancienne aile Nord est l’une des plus belles du genre en Allemagne.  »


Commentaires du texte précédent

Nous n'avons pas les documents originaux permettant de justifier les phrases : « En 1135, l’empereur Lothaire,...transforma le monastère en monastère bénédictin » et « Tout d’abord, de 1135 à 1150 environ, le grand chœur des moines a été construit à l’Est,... ». Nous pensons cependant qu'on ne dispose que d'un seul texte daté de 1135. Et d'aucun autre texte antérieur à cette date. Nous avons constaté à de nombreuses reprises que, face à la pénurie de textes, le chercheur a tendance à décupler l'importance du texte dont il dispose. Et donc si l'église est seulement mentionnée en 1135, elle devient construite en 1135.

Nous estimons que l'architecture de cette église témoigne d'un archaïsme (images 8 et 9). Certes, la nef est voûtée, mais l'image 12 fait apparaître que les voûtes qui occultent en partie les fenêtres sont postérieures à celles-ci. D'ailleurs, le texte de Wikipédia nous le révèle : « La nef n’a été voûtée qu’en 1695,... ». Nous avions envisagé, à tort, un voûtement antérieur de plus de deux siècles.

Certains passages de ce texte permettent de penser que leurs auteurs sont conscients de cet archaïsme de construction : « un langage de conception ascétique a été utilisé pour établir un contraste clair avec la partie Est riche en décoration. Ici, on trouve un retour aux plus anciennes traditions de construction locales,... ». Nous sommes quant à nous persuadés qu'il n'y a pas eu de retour à des traditions anciennes mais des constructions anciennes.

Comment se fait-il alors que les auteurs n'aient pas identifié ces constructions comme étant anciennes (nef charpentée, piliers de type R0000, arcs simples reliant les piliers). Nous pensons que, comme de nombreux autres historiens de l'art, ceux qui ont étudié cette église sont partis de l'idée simple que la construction de l'église commence par le chevet. Celui-ci étant du XIIe siècle, on en déduit que l'église a .été construite au XIIe siècle. Le raisonnement semble imparable. Mais il a un défaut. Longtemps après que l'église soit construite, on peut faire des modifications. Et en général la première des parties qui subit une modification est le chœur. Il ne faut donc pas s'étonner que dans bien d'églises la partie la plus ancienne ne soit pas le chœur mais la nef. Ce qui serait le cas ici.


Les « scènes de chasse »

Cet ensemble de bas-reliefs est situé sur le chevet (image 16) sur une série d'arcatures que l'on pourrait qualifier « d'arcatures lombardes ». L’expression nous semble cependant impropre tant ces arcatures nous semblent de seconde, voire de troisième génération, fort différentes des arcatures lombardes primitives qui avaient probablement une fonction architectonique et non décorative comme ici.

Voici ce qu'en dit le texte de Wikipédia :

« Il existe plusieurs interprétations de la soi-disant “frise de chasse” sur le mur extérieur de l'abside. L’interprétation de la scène centrale, orientée à l’Est,  “Les lièvres attachent les chasseurs” est un casse-tête. Sur la base des textes bibliques ainsi que ceux de la littérature interprétative de l’Antiquité tardive et médiévale – par exemple, les écrits des Pères de l'Église ou du Physiologus – la majorité des recherches interprètent cette scène comme la victoire du bien sur le mal. Jürgen Bernhard Kurk, d’autre part, est d’avis que la frise met en scène l'être humain en tant que victime du diable au-delà des scènes de chasse évidentes représentées, et voit dans le relief “Les lièvres capturent les chasseurs” une image de puzzle qui est délibérément placée à l’endroit derrière lequel l'autel est situé, de l’autre côté du mur, à l’intérieur de l’abside.

Une inscription inversée en miroir : “ Hoc opus eximium vario celamine mirum sc (ulpsit)” – “Cette excellente œuvre, merveilleuse par un travail de burin multiple, a ciselé” – à la fin de la frise de chasse se détache à l’endroit où un nom serait attendu. Au lieu de cela, il y a une représentation d’un chasseur portant un lièvre qui a été tué. Il est interprété comme une signature d’artiste cachée de Nicolas de Vérone, qui appartenait aux Magistri Comacini. Son nom est composé des mots grecs nikáo (gagner) et laós (peuple). Il devient le lièvre conquérant nikáo lagos en ajoutant la lettre g. On peut supposer que les spectateurs de l’image possédaient un degré d’éducation suffisant pour déchiffrer la signature cachée via le détour du grec.

On pense que les tailleurs de pierre travaillant à l’atelier de construction de la cathédrale ont répandu un “style Königslutter”. La construction de la cathédrale a servi de modèle pour d’autres édifices sacrés dans le sud de la Basse-Saxe et aussi dans la région jusqu’à l'Elbe. »


Commentaire de cette seconde partie de texte

Reprenons les phrases : « la majorité des recherches interprètent cette scène comme la victoire du bien sur le mal. » et « ...Jürgen Bernhard Kurk,...est d’avis que la frise met en scène l'être humain en tant que victime du diable ». En fait, il s'agit là de phrases un peu stéréotypées écrites quand on ne sait trop quoi dire. On dit alors :  « C'est la lutte du bien contre le mal », « l'homme attaqué par le diable ». En fait, on ne connaît pas trop la signification de ces sculptures. Les lapins qui ligotent l'homme ont des traits démoniaques. Il est possible que, dans cette région d'»Allemagne, le diable ait été représenté sous les traits d'un lapin. Il paraît qu'à l'heure actuelle le mot « lapin » ne doit pas être prononcé devant un marin. Souvent on nous apprend que ces sortes de représentations ont été inspirées par des fabliaux du Moyen-Âge. Mais on ignore tout de ces fabliaux. On espère qu'un jour des éclaircissements seront apportés. Mais il y a des fois où il faut savoir dire : « Je ne sais pas ! ».
Remarque : le lapin aux traits démoniaques est représenté sur les images 17, 18 et 19. Sur l'image 20, un loup s'attaque à un sanglier : le thème est relativement fréquent dans les représentation celtiques.


Datation envisagée

Pour la nef de la cathédrale des Saints Pierre-et-Paul de Königslutter : an 800 avec un écart de 200 ans.

Pour le chœur et les portes de la cathédrale des Saints Pierre-et-Paul de Königslutter : an 1150 avec un écart de 50 ans.