L’abbatiale de Romainmôtier (Suisse) 

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L’abbatiale de Romainmôtier pose plus de problèmes encore que l’église de Payerne et nous sommes obligés de « jeter l’éponge » plutôt que de risquer une datation. Il faudrait, pour ce faire, y revenir à plusieurs reprises. Et aussi essayer de compléter et de comprendre le plan ci-contre (image 1). Ce plan est en effet difficilement compréhensible. Tout pourtant a l’air clair. Ainsi, on discerne très bien les deux édifices ayant précédé l’église actuelle. Mais peut être est-ce trop bien ? En effet, le tracé de ce plan se déduit sans doute d’un relevé de fouilles effectuées à l’intérieur de l’abbatiale. Or, chacun sait que les relevés de fouilles ne peuvent avoir une telle précision car les fouilles sont arrêtées bien avant d’atteindre les murs maîtres de façon à ne pas ébranler les fondations de l’édifice qui les surplombe. Le plan de l’ image 1 ne peut donc être qu’une interprétation du relevé de fouilles, un prolongement par continuité de ce relevé.

Il existe une autre donnée qui gêne notre compréhension ; selon ce plan deux églises au moins, à plan en forme de croix latine , auraient précédé l’actuelle. Ces deux églises seraient donc les plus anciennes. Or nous envisageons sérieusement que les premières étaient à 3 nefs, voire une nef mais que la forme de croix latine soit une création ultérieure, contemporaine à la création du transept vers le VIIIe ou IXesiècle. Entendons nous bien : il est bien possible que notre hypothèse soit fausse et que dès le début de l’ère chrétienne il y ait eu construction d’églises en forme de croix latine. Néanmoins, en attendant une réponse contradictoire, laissons nous envisager que le plan de ces deux églises avec leurs murs bien rectilignes, leurs formes symétriques sans autre mur d’une quelconque pièce annexe qui vienne gâcher cette belle ordonnance, sans trace d’une quelconque inhumation, apparaît trop beau pour être vrai.

La légende associée au plan nous paraît aussi très douteuse. Ainsi, concernant le narthex (que nous appelons ouvrage Ouest : attention les rayures sont inversées entre le narthex et le porche), la légende indique qu’il date du début du XIIesiècle. Nous sommes beaucoup plus circonspects sur cette datation.


Les images suivantes font apparaître l’extraordinaire complexité de l’édifice. Ainsi sur les images 2 et 3 on peut voir que la façade du mur latéral (gouttereau) du vaisseau central de la nef est décoré d’arcatures lombardes ordonnées de la façon suivante : toutes les deux petites arcades il y a un pilastre vertical (lésène). On retrouve la même disposition sur le clocher. Par contre, en ce qui concerne le collatéral sud de la nef la disposition est différente. On y voit en effet des arcades plus grandes. Dont certaines servent d’encadrement aux fenêtres. On retrouve la même disposition sur le mur du transept. Enfin, sur les mêmes images, au niveau de l’ouvrage ouest, on peut voir une troisième forme de décoration. Ici aussi on y trouve des arcatures lombardes. Mais on y trouve cinq petites arcades (et non deux) entre deux colonnes. Et il s’agit bien de colonnes cylindriques et non de pilastres à section rectangulaire. Cette dernière remarque est importante car dans tous les décors à arcatures lombardes vus auparavant, les pilastres ou lésènes étaient à section rectangulaire.


Les images 6 et 7 montrent une nef qui était sans doute primitivement charpentée. Elle a dû être voûtée au XVe siècle. Les murs médians ont été construits sur des arcades à double rouleau installés sur des colonnes cylindriques par l’intermédiaire de chapiteaux biseautés portant des tailloirs à débord vers l’intrados de l’arcade. L’explication précédente semble complexe et inutile. En fait, cette foule de petits détails devrait permettre d’affiner une datation encore très hésitante (an 800 avec un écart estimé de 150 ans ?).

Sur l'image 9 on peut voir une plaque d’ambon portant une belle croix pattée, preuve de l’existence d’une église au VIIIe siècle.

Les images 10 et 11 conduisent à imaginer qu’on est en présence de deux travées d’une église primitive, de mêmes dimensions que la nef aux piliers cylindriques. On peut formuler l’hypothèse suivante : dans un premier temps cette église est construite. Sa nef est à trois vaisseaux. Le vaisseau central est porté par des piliers de type R1010 (pilier de l'image 11). Puis la nef est prolongée par la nef à colonnes cylindriques. Dans un troisième temps, les deux premières travées (de l’image 10) sont conservées pour constituer un avant-chœur. Et les deux travées suivantes sont supprimées pour permettre la construction du transept. Il ne s’agit là que d’une hypothèse qui reste à prouver par l’examen détaillé des constructions.

Il reste l’ouvrage ouest dont on n’a pu voir que le rez-de-chaussée porté par des piliers de type R1010. (ce sont des piliers à section rectangulaire à excroissances semi circulaires sur les cotés est et ouest). Les impostes surmontant les colonnes semi-cylindriques sont de facture archaïque (images 13 et 14). Là encore, il est difficile de fournir une datation cohérente. Il est possible que le rez-de-chaussée ait été négligé au profit du premier étage réservé aux seigneurs.