L'église Saint-Ulrich de Sangerhausen 

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Nous n'avons pas visité cette église. Notre étude de cet édifice s'est inspirée de pages d'Internet (ex : Wikipédia) et de l'analyse de galeries d'images issues d'Internet. Nous avons en particulier abondamment consulté le site Internet http : //romanische-schaetze.blogspot.com/ qui a recueilli les images de plusieurs centaines de monuments. Notre site traitant seulement du premier millénaire, nous n'avons conservé que les monuments susceptibles d'appartenir à cette période, mais ce site, dont le nom se traduit en français par « Trésors romans », est beaucoup plus riche en monuments et nous en conseillons la lecture.

La page du site Internet Wikipédia consacrée à cette église nous apprend ceci :

« Histoire

On ne sait pas quand la première église a été construite sur ce site. En 1100, le landgrave Ludwig der Springer fait don au monastère bénédictin de Reinhardsbrunn de “l’église du lieu, appelée Sangerhusen”. Il s’agissait probablement de l’église Saint-Ulrich. Un monastère collégial peut y avoir été rattaché à cette époque. Plusieurs membres de la famille du comte furent enterrés dans l’église. Peu après 1116, une nouvelle église fut érigée selon un vœu de Ludwig der Springer. Elle fut consacrée entre 1135 et 1140.

Depuis 1265, un couvent cistercien y a été établi. En 1539, celui-ci fut dissout et l’église de Saint-Ulrich devint une église paroissiale protestante.

Histoire de l'architecture


La basilique à trois nefs qui a été conservée aujourd’hui a été construite vers 1116. Peu après 1265, le cloître au Nord a dû être ajouté pour les moniales cisterciennes. Le monastère a été détruit dans l’incendie de la ville en 1389 et l’église a été endommagée.

Au cours de la restauration, la tour de croisée gothique a été ajoutée, le croisillon Sud et le transept central ont reçu des fenêtres gothiques, et le croisillon Nord a été raccourci d’une travée. En 1583, des contreforts sont posés et en 1625, la voûte du bas-côté Nord-Est reconstruite. En 1694, le chœur, le transept et les pignons Ouest sont remplacés. Une tourelle a été enlevée en 1699. En 1706, quatre autres contreforts ont été ajoutés au côté Sud. Un autre incendie en 1780 entraîne le remplacement de la voûte de la croisée en 1809.

De 1892 à 1893, l’église a subi une rénovation majeure, au cours de laquelle les portails, les frises et les fenêtres ont été remplacés et redessinés. Les tribunes ainsi que l'orgue baroque et l'autel ont été enlevés, et l’église a été peinte dans le style néo-roman
. »


Commentaires du texte ci-dessus

L'auteur du texte ci-dessus parle d'une église construite peu après 1116 (« Peu après 1116, une nouvelle église fut érigée selon un vœu de Ludwig der Springer. »). Mais, sur quels documents se base-t-il pour affirmer que l'église a été construite après 1116 ? Si le seul document que l'on possède est celui du vœu de Ludwig der Springer, la preuve est bien mince. Car de nombreux vœux ne sont jamais réalisés.

À l'inverse, nous estimons qu'à partir de l'an 1000, toutes les églises nouvelles ont été voûtées et dotées de transepts. Bien sûr, tout cela s'est fait progressivement : on a commencé par voûter les collatéraux avant de passer au vaisseau central. De plus, les innovations ne se sont pas imposées uniformément ; comme dans le cas actuel, il peut y avoir des conservateurs et des progressistes. Cependant, nous pensons qu'en architecture, les retards en matière de progrès n'excèdent pas deux générations, soit 50 ans (ceci signifie que si une découverte importante est faite à un moment donné, moins de 50 ans après, elle est généralisée partout). Si, comme nous le pensons, le voûtement des nefs a été inventé vers l'an mille, moins de 50 ans après, dans toutes les églises nouvelles, les collatéraux étaient voûtés, et moins de 100 ans après, les nefs étaient entièrement voûtées. Donc, si cette église a été construite après 1116, elle devrait être entièrement voûtée. Mais pas seulement cela : il devrait y avoir des chapiteaux et non des impostes. Il devrait y avoir un transept de même style que la nef.


Clés pour une datation

Les éléments caractéristiques de cette église sont les suivants : nef à trois vaisseaux charpentés. Le vaisseau central de la nef est porté par des piliers de type R1010. Les arcs reliant les piliers sont en plein cintre et à double rouleau.

Ici, une objection apparaît concernant les vaisseaux de la nef qui ne sont pas charpentés, mais voûtés : en voûtes d'arêtes sur le vaisseau central (image 9) et les collatéraux (images 14 et 15). Mais tant pour le vaisseau central que pour les collatéraux, les voûtes d'arêtes sont portées par des arcs doubleaux, eux-mêmes portés par des pilastres qui s'appuient sur des consoles. Nous estimons que la présence de ces consoles signe une installation à l'époque gothique (durant la période romane, tous les pilastres descendent jusqu'au sol). En conséquence, les consoles, les pilastres, les arcs doubleaux et enfin les voûtes d'arêtes sont des implantations gothiques (XIVe siècle).

À cela s'ajoute le fait que le transept serait un ajout postérieur. L'église primitive devait avoir une nef à trois vaisseaux charpentés avec trois absides en prolongement des vaisseaux. Le transept aurait été ajouté plus tard en remplacement de deux travées. D'habitude, les travées remplacées pour le transept sont les plus proches du chœur. Mais dans le cas présent, on a laissé intactes les travées les plus proches du chœur et on a remplacé les travées précédentes.

Les images 13, 14 et 15 permettent, si ce n'est de prouver ce qui est écrit ci-dessus, du moins de compléter l'argumentation. Commençons par l'image 14. Elle représente le collatéral Sud vu du fond de l'église à l'Ouest. On y voit l'ensemble des travées du collatéral Sud, avec au fond une petite fenêtre. Cette fenêtre est la fenêtre axiale de l'absidiole Sud représentée sur l'image 13. La lumière issue de cette fenêtre traverse l'église d'Est en Ouest. On a l'illusion que le collatéral Sud est continu alors qu'il y a une discontinuité due au croisillon Sud du transept. En ce qui concerne le collatéral Nord (image 15), le raisonnement est analogue.


Les sculptures

Les arcs doubles reposent sur les piliers par l'intermédiaire d'impostes. Ces impostes sont sculptées en bas-relief. Elles devaient être à l'origine peintes de couleurs vives. Cette polychromie d'origine a disparu, mais, plus récemment, elles ont été repeintes en deux couleurs : blanc pour les parties en relief, rouge pour les fonds.

Image 17 : Imposte du pilier situé au centre de l'image 16. Elle représente deux lions affrontés posant une patte sur un masque crachant des pampres de vigne. À droite, un oiseau picore une grappe de raisin. Le symbole nous semble ici clair. Les lions représenteraient le pouvoir seigneurial qui à la fois domine et protège. Le masque représenterait le pouvoir spirituel qui propage la Parole de vie éternelle, symbolisée par l'Arbre de Vie (pampre de vigne avec la grappe de raisin).

Image 18 : On retrouve l'oiseau picorant la grappe de raisin. En arrière, représentation de palmiers et d'entrelacs.


Image 19 : Entrelacs et pampres de vigne.

Image 20 : Entrelacs.

Image 21 : Rosaces à huit pétales et pampres de vigne.

Image 22. De gauche à droite : palmiers, oiseaux affrontés, palmier, rosace à huit pétales.

Image 23. De gauche à droite : palmiers, feuillages entrelacés, rosace à huit pétales et pampres de vigne.

Image 24 : Rosaces à huit pétales et pampres de vigne.

Image 25 : Décor de damiers. Nous ne sommes pas certains que ce soit un décor sculpté. Ce peut être un décor peint. De plus, il ne s'agit pas ici d’une imposte mais d'un chapiteau qui devait porter un arc doubleau, lui-même porteur d'une voûte. En conséquence, ce chapiteau doit être nettement postérieur aux impostes étudiées précédemment.

Image 26 : Restes d'un tympan probablement préroman, très endommagé. On croit distinguer à gauche un homme nu chevauchant un animal fantastique. En face, un homme dont on ne voit que le bas d'une robe.

Image 27 : Fonts baptismaux (du XIIIe siècle ?).


Datation envisagée pour l'église Saint-Ulrich de Sangerhausen : an 1000 avec un écart de 100 ans.