Le monastère de Saint-Guy (ou de Saint-Vitus) à Drübeck
Nous n'avons pas visité l'abbatiale de
ce monastère. Notre étude de cet édifice s'est inspirée de
pages d'Internet (ex : Wikipédia) et de l'analyse de
galeries d'images issues d'Internet. Nous avons en
particulier abondamment consulté le site Internet http
: //romanische-schaetze.blogspot.com/ qui a recueilli
les images de plusieurs centaines de monuments. Notre site
traitant seulement du premier millénaire, nous n'avons
conservé que les monuments susceptibles d'appartenir à cette
période, mais ce site, dont le nom se traduit en français
par « Trésors
romans », est beaucoup plus riche en monuments et
nous en conseillons la lecture.
La page du site Internet Wikipédia consacrée à cette église
nous apprend ceci :
« Histoire
Le couvent à Drübeck est mentionné pour la première fois
sous le nom de Drübek dans un document du roi Otton Ierdaté
du 10 septembre 960. Un document plus ancien du 26 janvier
877 a été identifié comme un faux dès le XIXe
siècle.
Le 8 septembre 980, Otton II confirme la libre élection
des abbesses et donc le statut juridique spécial du
monastère dans sa cour royale de Bodfe. Ainsi, au Xe
siècle, le monastère jouissait de privilèges tels que ceux
des abbayes impériales de Gandersheim et Quedlinbourg.
Histoire de
l'architecture
Les premières nouvelles de sa construction remontent au 1er
août 1004. Un document d'Henri II montre qu'un nouveau
bâtiment ou une rénovation importante a eu lieu. Le
résultat fut la basilique Saint-Guy, à toit plat avec
trois travées doubles et un simple changement de colonnes
dans la nef. Les murs de la nef centrale, les cinq
colonnes à chapiteaux ottoniens et le bras Sud du transept
de cet édifice sont bien conservés.
Des fouilles récentes ont mis au jour une fondation
angulaire dans la zone du transept en plus du bas-côté
Nord, qui a été perdue vers 1660. Celui-ci aurait pu
appartenir à un bâtiment prédécesseur.
Au XIIe siècle, d’importantes rénovations ont
eu lieu, l’imposante aile Ouest avec les deux tours a été
érigée, l’église a été voûtée et le chœur en quinconce a
été ajouté. »
Commentaires de ce texte
On remarque tout d'abord que ce monastère était double. Cela
signifie qu'il y avait une partie destinée pour les hommes
et une autre partie pour les femmes, l'abbatiale étant
probablement commune aux deux communautés. Ce monastère
était dirigé par une abbesse. Ce système surprend un peu.
Pourtant, nous avons constaté que la pratique était
relativement courante pour les monastères royaux. Nous
pensons que cette pratique est issue du fait qu'il y a eu à
un moment donné interdiction d'enterrer dans les églises.
Mais il s'agissait d'églises dépendant d'un évêque. Les
riches princes avaient la possibilité de fonder des
monastères et d'être enterrés dans les églises de ces
monastères : c'est le cas du monastère de Saint-Denis en ce
qui concerne les rois de France. Les riches princes … mais
aussi les princesses. … ce qui explique le fait que les
monastères soient doubles. Dans cette situation, il est
normal qu'une femme soit à la tête du monastère pour
respecter et faire respecter la virginité des moniales.
Le texte laisse entendre que bien que le
monastère soit cité en 960, l'église a été construite plus
tard : « Les
premières nouvelles de sa construction remontent au 1er
août 1004 ». Mais en admettant même que le
monastère ait été créé en 960, son église a été construite
dans le même temps et non 44 ans, soit 2 générations après.
On retrouve là les contradictions habituelles : afin
d'éviter de dire que l'église a pu être construite avant
l'an mille, on s'efforce de chercher des arguments
contraires, parfois en dépit du bon sens. La phrase
suivante, «
Un document d'Henri II montre qu'un nouveau bâtiment ou
une rénovation importante a eu lieu. », corrige
cette impression, car elle admet qu'une «
rénovation importante », et non une
construction entièrement nouvelle, a pu avoir eu lieu.
Cette église est très intéressante dans
la mesure où elle confirme ce que nous avions pressenti au
sujet de plusieurs églises, dont certaines du département de
Charente (Nouvelle Aquitaine/France) étudiées récemment.
Pour ces églises, nous avions envisagé qu'il y avait eu
transformation d'une nef à trois vaisseaux en une nef à un
seul vaisseau par suppression des collatéraux et fermeture
des baies de communication entre vaisseau central et
collatéraux. Mais nous n'avions rien pour prouver cela. Or,
dans le cas présent, nous avons la chance d'avoir une église
pour laquelle la transformation ne s'est faite que
partiellement par suppression du collatéral Nord (plan de l'image 4, vue de
l'extérieur sur l'image 2,
vue de l'intérieur sur l'image
10).
En conséquence de ces observations, la nef primitive devait
être à trois vaisseaux On constate l'alternance des piliers
: les uns à section rectangulaire de type R0000
surmontés d'impostes et les autres cylindriques surmontés de
chapiteaux. L'ensemble appartient au système dit lié pour
lequel une travée du vaisseau central correspond à deux
travées des collatéraux.
On trouve une grande variété de
chapiteaux. On en trouve de cubiques (image
12). D'autres à feuilles dressées sont dérivés du
corinthien (images 13, 14,
15). L'imposte de l'image
16 est décorée de torsades et de palmettes. Les
culées des pilastres (images
17 et 18) portent un décor que nous n'avions pas vu
auparavant dans l'art roman (si toutefois ces pilastres ont
été déposés durant la période romane). Ils pourraient
appartenir à une période nettement plus tardive.
Sur le plan de l'image 4, on peut voir à la
fois le tracé des parties actuelles, mais aussi des parties
disparues (collatéral Nord et chevet) ainsi que celui de la
crypte (images 19 et 20).
L'aménagement intérieur de cette crypte (colonnes,
chapiteaux et voûtes) est plus récent que les murs
extérieurs. Nous pensons cependant que les chapiteaux (images 21, 22, 23) sont
romans.
La sculpture de l'image 24
représente probablement le Christ en Gloire. Le
Christ est vu de face auréolé d'un nimbe crucifère. On ne
voit pas de mandorle qui l'entoure. Il lève la main en
faisant le signe caractéristique que nous avons appelé « la
Main de Dieu'» (pouce, index, majeur levés, annulaire et
auriculaire fermés).
Datation
envisagée pour l'abbatiale du monastère de
Saint-Guy à Drübeck : an 950 avec un écart de 75 ans.