Introduction à l'étude des monuments du Palatinat
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Nous n'avons pas visité les divers monuments (principalement
des églises) du Palatinat. Notre étude de ces édifices s'est
inspirée de pages d'Internet (ex : Wikipédia) et de
l'analyse de galeries d'images issues d'Internet. Nous avons
en particulier abondamment consulté le site Internet http
: //romanische-schaetze.blogspot.com/ qui a recueilli
les images de plusieurs centaines de monuments. Notre site
traitant seulement du premier millénaire, nous n'avons
conservé que les monuments susceptibles d'appartenir à cette
période, mais ce site, dont le nom se traduit en français
par « Trésors
romans », est beaucoup plus riche en monuments et
nous en conseillons la lecture. Certaines images ci-dessous
sont extraites de ce site Internet.
Nous nous sommes aussi en partie inspirés du livre Palatinat
Roman de la collection Zodiaque,
écrit par Dithard von Winterfeld, Professeur de l'Histoire
de l'Art de l'Université de Mayence (image
1). En fait, la lecture de ce livre en 2006 (donc
10 ans avant les débuts de ce site) fait partie des éléments
déterminants enclencheurs de notre recherche.
Le chapitre d'introduction de ce livre a été écrit par
Willibald Sauerländer. En voici des extraits :
« L'ALLEMAGNE ROMANE, UN PAYS
DE “LONGUE DURÉE”
Pour reprendre la formule fameuse de Fernand Braudel, l'art roman en Allemagne
est un phénomène de longue durée. Ébauché
au Xe siècle par les grands empereurs
saxons – les Ottoniens – il
prit forme vers 1050 sous les Saliques – de
Conrad II à Henri IV – et
survécut pendant tout le règne des Hohenstaufen
qui dura jusqu'au
milieu du XIIIe siècle. Quand, en
présence du roi germanique Conrad IV, en
1239, on consacra la nouvelle cathédrale de Mayence –
édifice pleinement roman – Notre-Dame de Paris et la
cathédrale de Chartres étaient pratiquement achevées,
les cathédrales d'Amiens et de Reims en chantier. Depuis
près d'un siècle, la France capétienne constituait le
domaine d'élection du style gothique. Au même
moment, l'Allemagne – le Saint Empire Germanique – restait
majestueusement en dehors de l'évolution, tournée qu'elle
était vers les traditions de son grand passé impérial. La “longue durée” de
son art roman, qui ne peut manquer d'étonner l'observateur
français, a des racines
politiques et idéologiques profondes.
[...]
Devant
l'architecture romane en Allemagne, l'observateur français
risquera d'être irrité en constatant des “absences”
frappantes. Presque nulle part il
ne trouvera de déambulatoire à chapelles rayonnantes
qui, de Cluny à Saint-Jacques de Compostelle, constitue
une des plus belles trouvailles de l'architecture romane
française. [...]
Une autre absente en
Allemagne dans l'architecture romane, est la
façade harmonique telle qu'elle s'est développée
de Jumièges à Caen jusqu'à Saint-Denis et Reims. [...]
Mais,
d'autre part, l'Allemagne est la vaste région où survit le
massif occidental, “l'opus occidental”, le
“Westwerk” carolingien, tel qu'on
le trouve au IXe siècle à Corvey.
[...]
Il
serait inexact de dire
que la voûte reste une autre absente en Allemagne romane.
La cathédrale de Spire, à elle seule, contredirait une
telle affirmation. [...]
Une autre absente de
l'Allemagne romane est la
sculpture monumentale telle qu'elle se développe
alors en France, en Italie et dans l'Espagne reconquise.
[...] »
Commentaires du texte
précédent
Nous avons repassé en caractères gras les points principaux
du discours de M. Willibald Sauerländer. Examinons-les en
détail. Mais auparavant, nous devons dire que ce qui
pourrait apparaître comme une critique de l'analyse du seul
M. Sauerländer est en fait celle d'un comportement
généralisé : tous les historiens de l'art pensent comme lui.
En fait il est possible que certains historiens ne pensent
pas comme lui mais ils ne l'expriment pas. Hormis l'un
d'entre eux, Norbert Breton, qui signe au bas de cette page.
En conséquence, ami lecteur, vous êtes libre de penser que,
face à cette quasi unanimité, le dit Norbert Breton, est
malhonnête ou inconscient, et, en conséquence, d'interrompre
votre lecture sans chercher à en savoir plus.
Mais que nous raconte ce texte : que l'art roman a été
seulement ébauché au IXe siècle mais qu'il a pris
forme vers 1050 pour s'épanouir jusqu'à la moitié du XIIIe
siècle (pour l'Allemagne, un peu plus tôt, le milieu ou la
fin du XIIe siècle, pour les pays d'Europe du
Sud). Nous disons que ce type de discours est général. Alors
même que les témoignages de construction d'églises à partir
du IVe siècle (et probablement même avant) sont
nombreux, pour les historiens de l'art, tout semble démarrer
à partir de l'an 1050, le « Westwerk » de Corvey (images
2 et 3), ici estimé du IXe siècle,
constituant l'exception qui confirme la règle. De fait, si
on interprété bien ce texte, la
« longue durée » de l'architecture allemande romane n'est
pas si longue que cela, car la période concernée est [1050 ;
1250] en comparaison avec celle d'Europe du Sud : [1050 ;
1200].
Mais revenons à Fernand Braudel et à sa formule « fameuse » d'une « longue durée de l'architecture romane allemande ». Et imaginons qu'il ait pu avoir raison en adoptant une période d'activité, non celle donnée ci-dessus [1050 ; 1250] mais celle-ci [650 ; 1050]. Dans le second cas, la période, d'une durée de 400 ans, est vraiment de longue durée. Dans ce cas, l'architecture allemande ne peut plus être considérée comme romane, mais préromane, et donc antérieure à la période romane, [1050 ; 1150].
Une telle hypothèse permettrait d'expliquer l'absence de chevets à déambulatoire, de façades occidentales ou de sculptures monumentales romanes. Nous avons pu démontrer que ces éléments caractéristiques étaient spécifiquement romans. Il y a eu une véritable recherche esthétique dans les œuvres préromanes, mais elle se serait essentiellement exprimée dans les fresques qui ont toutes ou presque entièrement disparu.