L'abbatiale Saint-Nicolas de Brauweiler 

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Nous n'avons pas visité cette abbatiale. Notre étude de cet édifice s'est inspirée de pages d'Internet (ex : Wikipédia) et de l'analyse de galeries d'images issues d'Internet. Nous avons en particulier abondamment consulté le site Internet http : //romanische-schaetze.blogspot.com/ qui a recueilli les images de plusieurs centaines de monuments. Notre site traitant seulement du premier millénaire, nous n'avons conservé que les monuments susceptibles d'appartenir à cette période, mais ce site, dont le nom se traduit en français par « Trésors romans », est beaucoup plus riche en monuments et nous en conseillons la lecture. Certaines images ci-dessous sont extraites de ce site Internet. De plus, nous avons pu identifier un nombre important de monuments grâce au livre Westphalie Romane de la Collecton Zodiaque, écrit par Uwe Lobbedey.

La page du site Internet Wikipédia consacrée à cette église nous apprend ceci :

« Préhistoire et fondation du monastère

Une colonisation dans la région actuelle de Brauweiler peut être prouvée par des découvertes d'éclats de céramique, de silex taillé et d’une tombe à feu du Hallstatt, depuis le début de l’âge du fer. Un complexe fortifié remonte à l'époque romaine. Lors de fouilles en 1983/1984, les restes d’un manoir romain
(villa rustica) avec deux ailes appartenant à un manoir ont été trouvés sur le site de l’abbaye. Des couches de feu indiquent que ce manoir a brûlé au IVe siècle et n’a pas été reconstruit.

Dans la Fundatio monasterii Brunwilarensis (source narrative d’un moine de Brauweiler vers la fin du XIe siècle), la construction d’une chapelle en bois sur la place est décrite, pour l'autel de laquelle un certain Brun a apporté des reliques de Saint Médard de Soissons. Le bâtiment pourrait être daté du milieu du VIIIe siècle, mais les preuves documentaires manquent. Selon l’histoire, les ruines de la chapelle ont été redécouvertes vers 985. Le comte palatin Hermann I fit construire une nouvelle chapelle en pierre et consacrée par l'archevêque Warin de Cologne. En plus de la chapelle, une ferme, qui a également été détruite, a été reconstruite. Cette propriété est devenue le centre d’une colonie qui n’a pas été abandonnée à ce jour.

Aux environs de 991 à 993, le mariage entre le comte palatin Ezzo-Ehrenfried, un fils de Hermann I, et Mathilde, une fille de l'empereur Otton II et de Théophane, a lieu sur le domaine. Ezzo transféra le domaine à sa femme, qui le dédia au Christ et aux saints dans la chapelle Medardus.

À cette époque, il était de coutume pour la riche noblesse de faire construire des monastères et des églises afin d’établir un lien vivant entre l’église et les membres de la famille. En pèlerinage à Rome avant 1024, Ezzo et Mathilde reçoivent des reliques et une croix du pape Benoît VIII pour fonder un monastère. . Brauweiler a probablement été choisi comme lieu de fondation parce que la propriété de la famille palatine était concentrée ici et que l’endroit était stratégiquement situé sur deux liaisons routières de Cologne à Aix-la-Chapelle et Termonde.

L'abbé réformé Poppo von Stablo, alors important, fut chargé de fonder le monastère après la médiation de l'archevêque Pilgrim de Cologne. Poppo était pour une réforme monastique qui exigeait le strict respect des règles monastiques et était donc en harmonie avec l'église impériale et la noblesse. Le 14 avril 1024, sept moines envoyés par Poppo atteignirent Brauweiler et commencèrent la construction du monastère sur le point culminant du site; la chapelle fut incluse dans la construction. L’église elle-même a été construite à environ 26 mètres au nord de cette chapelle. Pendant les travaux de construction, la comtesse palatine Mathilde mourut le 20 novembre 1025 à Aeccheze et fut enterrée devant un autel au milieu du cloître. L’église et le monastère furent consacrés le 8 novembre 1028 par l’archevêque Pilgrim. »


Commentaires de ce texte

Ce texte nous semble important, non pour la datation de l'édifice, sur laquelle nous reviendrons, mais pour ce qu'il nous laisse deviner en ce qui concerne la géopolitique en Europe aux alentours de l'an mille. Cette géopolitique est sans doute d'une très grande complexité et par manque de documents et de recul, nous ne pouvons l'étudier que d'une façon très imparfaite. En effet, si on doit prioriser la politique du Saint Empire Romain Germanique, on ne doit pas oublier les autres composantes au sein de l'Europe : l'empire de Byzance, les musulmans en Espagne, Sicile et Proche Orient, les anglo-saxons, les normands, les aquitains, les slaves. Et, même pour le Saint-Empire, on ne doit pas oublier qu'il s'est développé dans la durée sur près de quatre siècles. Dans l'expression « Saint Empire Romain Germanique » on distingue les quatre mots : « Saint », qui traduit un pouvoir spirituel, « Empire », le pouvoir temporel des guerriers, « Romain », le pouvoir temporel administratif des cités issues de la romanité, « Germanique », le pouvoir temporel des tribus barbares.

Dans la pratique, au cours du premier millénaire, il y a eu des transferts de pouvoirs suivis d'une concentration de ces pouvoirs. Les évêques qui, après les édits de Constantin, avaient été investis des divers pouvoirs, ont cédé certains d'entre eux tels que la défense des villes. Mais, à l'inverse, il y a eu diminution du nombre des évêchés : un seul évêché dans chaque ville et absorption des petites paroisses voisines. Cette concentration de pouvoirs a été possible parce qu'elle était nécessaire. Il devait y avoir une réelle demande de la part de populations très divisées entre elles. Mais cette prise de conscience n'a été que très lente et pendant de nombreuses années les évêques des petites communautés ont voulu garder leurs anciens pouvoirs. Le même mouvement de concentration s'est effectué au niveau de l'église catholique. Le pape, évêque de la basilique Saint-Pierre de Rome, a essayé de concentrer autour de lui les pouvoirs. En particulier celui de désigner les autres évêques. Car les puissants cherchaient eux aussi à avoir ce monopole de désignation sur leur propre territoire. Les puissants (rois ou princes) cherchaient aussi d'autres avantages comme ceux d'être enterrés dans des églises. D'où leur idée de créer des monastères qu'ils pouvaient contrôler en plaçant des membres de leurs familles. Le texte que l'on a ci-dessus permet d'envisager ce type de relations. D'une part, en allant à Rome, le comte Ezzo confirme l'importance de Benoït VIII par rapport aux autres évêques. Mais d'autre part, en recevant de ce pape de précieuses reliques, non seulement il récupère une partie du prestige religieux, mais grâce à ces reliques, il peut consacrer l'abbaye qu'il vient d'aménager.


Architecture

Les images de 7 à 11 permettent d'identifier plusieurs étapes de construction. À l'origine, la nef, dont il reste quatre travées, était formée de trois vaisseaux charpentés. Le vaisseau central était porté par des piliers de type R0000 à impostes. Nous pensons que le second étage formé d'une arcature aveugle, sorte de faux triforium, a été construit lors d'une seconde étape de travaux. Nous formulons cette opinion à partir de la différence de style entre les deux étages : piliers rectangulaires, impostes simplement moulurées, arcs simples à l'étage inférieur, colonnes semi-cylindriques, chapiteaux sculptés et arcs doubles à l'étage supérieur (image 11). Une troisième étape de travaux aurait suivi durant la période gothique, avec le voûtement en croisée d'ogives de la nef (vaisseau central et collatéraux).

Une autre étape de travaux se situant probablement entre les deuxième et troisième étapes précédentes est identifiable sur les images 8 et 9. En effet, comme il arrive fréquemment, le transept ne devait pas être prévu dans le plan d'origine. Il aurait été construit après, en remplacement de une ou deux travées de nef et de l'ancien chœur. Nous pensons qu'il y a eu construction simultanée du transept et du nouveau chœur. Celui-ci est postérieur à la nef, comme on le voit sur l'image 9. La travée repérable à l'extrême gauche ressemble avec ses trois étages de constructions, à une travée de nef. Mais l'arc de l'étage inférieur est double et, semble-t-il, brisé. Il repose sur des demi-colonnes par l'intermédiaire de chapiteaux (et non d'impostes). Cette partie est donc, selon nous, nettement postérieure aux parties inférieures de la nef.


Datation

Le texte de Wikipédia est clair et apparemment dépourvu d'ambiguïté. Il y avait une chapelle avant l'an mille mais elle était en bois. Un petit problème apparaît ensuite : vers l'an 995, cette chapelle en bois est remplacée par une chapelle en pierre. Puis une église est construite en 1024. Il est difficile d'imaginer qu'en moins de 30 ans, deux églises successives aient été construites en un même endroit. On peut donc penser que l'église et la chapelle ont été construites indépendamment l'une de l'autre.

Mais ce n'est pas le plus important. Nos estimations de datation sont basées sur l'architecture des édifices. Or nous pensons que l'architecture de l'étage inférieur de la nef est nettement moins élaborée que celle de l'étage médian, laquelle est moins élaborée que celle du chœur. Au final, on doit obtenir une première construction nettement antérieure à l'an mille. Ce qui est donc en contradiction avec les textes précédents. Pour résoudre cette contradiction, il faut donc reprendre tous ces textes et leurs traductions.

Datation envisagée pour l'abbatiale Saint-Nicolas de Brauweiler (construction initiale) : an 850 avec un écart de 150 ans.