Conclusions provisoires concernant les thèmes iconographiques
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Au risque de nous répéter, nous rappelons qu’une étude des
thèmes iconographiques n’avait pas été prévue au moment de
la création de notre site. Il y avait plusieurs raisons à
cela. La principale était notre incompréhension de scènes
que nous avions observées. Certes, il y avait parmi ces
scènes certaines à caractère biblique parfaitement
compréhensibles. Mais combien d’autres nous étaient ignorées
!
En conséquence de cette ignorance, il nous semblait
impossible d’envisager l’évolution de l’iconographie. Malgré
ce, nous avons eu l’idée que les scènes incompréhensibles
(non bibliques) pouvaient avoir précédé les scènes bibliques
faciles à identifier.
L’étude des sirènes à deux queues a été pour nous
révélatrice. Car en comparant les images de ces sirènes à
celles d’hommes surgissant à travers des feuillages, nous
avons estimé qu’il pouvait y avoir filiation des premières
par rapport aux secondes.
À la suite de cette constatation, nous avons pensé que ces
représentations d’hommes surgissant à travers des
feuillages, puis de sirènes à 2 queues, puis d’autres
représentations encore à découvrir, pouvaient être des
signatures, des marques de donateurs (des familles de laïcs
ayant financé les travaux de construction ou assurant la
protection de la communauté).
Ce qui pouvait apparaître comme une
hypothèse purement gratuite s’est retrouvé en grande parte
confirmé dans la page précédant celle-ci : de nombreuses
représentations identifiées sur des chapiteaux du Xeou
du XIesiècle se retrouvent 4 ou 5 siècles plus
tard dans les figures en héraldique.
Il faut bien comprendre que ces dernières constatations nous
ouvrent des perspectives nouvelles sur :
L’évolution d’un thème
donné : nous pouvons d’ores et déjà envisager des
filiations telles que, par exemple : homme surgissant des
feuillages, sirène à deux queues, sirène à une queue.
La contemporanéité de deux
thèmes différents : si deux représentations
différentes sont situées à des emplacements identiques (même
hauteur, même fonction), on peut les estimer contemporaines.
La contemporanéité d’un
thème iconographique et d’une architecture : nous
estimons que dans une nef d’église, les chapiteaux Est et
Ouest (lorsqu’ils existent) des piliers centraux font partie
du premier plan de construction (c’est moins vrai pour les
chapiteaux Nord et Sud, situés du côté des collatéraux et du
vaisseau central : ces chapiteaux ont pu être installés
beaucoup plus tard afin de permettre le voûtement des divers
vaisseaux).
Nous ne sommes cependant qu’au tout
début de ces recherches :
1) Nous n’avons pas
fini l’inventaire des monuments. Sur les 13 régions de
France, 4 (Auvergne-Rhône-Alpes, Nouvelle Aquitaine,
Provence-Alpes- Côte-d’Azur, Normandie) sont considérées
comme terminées. Deux autres comme la Bretagne et
l’Occitanie sont bien engagées. Il en reste donc 7. Mais de
moindre importance que les précédentes. Toute l’Italie est à
faire. Mais aussi la Belgique, les Pays-Bas, une partie de
la Suisse, une partie de l’Allemagne. Et peut-être aussi
l’Autriche, la Serbie, la Roumanie, etc. En conséquence,
nous pensons ajouter au moins 500 monuments aux 1000 déjà
étudiés.
2) Il reste encore
des thèmes iconographiques à identifier et (ou) à étudier.
Nous en connaissons déjà quelques uns : l’aigle impérial, le
lion dominant (ou dévorant ?), Daniel et les lions, le
prophète Habacuc, Samson et le Lion, l’Adoration des Mages,
etc. Nous pensons qu’un grand nombre de ces thèmes sont liés
aux rapports entre les deux pouvoirs, temporel et spirituel
: soumission des puissants dans l’Adoration des Mages,
protection mesurée de ceux-ci dans le thème du lion
dominant. Cependant, même si l’ensemble de ces thèmes font
partie d’un même « paquet », chacun doit être étudié
séparément car il peut témoigner d’une évolution. Prenons le
cas de
« Samson entre les deux lions ». Il semblerait que, au tout
début de la représentation de ce thème il n’y aurait que les
deux lions, symboles d’une puissance temporelle. Puis les
deux lions auraient encadré une image symbolique, voire un
homme en attitude d’orant. Dans un tel cas, l’image fait
allusion à la protection que les laïcs doivent assurer aux
clercs et à la communauté religieuse. Plus tard, des ajouts
sont apportés à cette image d’homme encadré par deux lions -
un ange vient apporter son viatique à l’homme. La scène
devient donc celle, racontée dans la Bible, du prophète
Daniel et de ses lions : une scène pouvant être considérée
comme profane a été transformée en une scène biblique.
3) Mais tous les
thèmes n’ont pas encore été décryptés. Il reste encore
beaucoup de scènes énigmatiques, comme l’était pour nous la
représentation des deux autruches
(consulter sur notre site
cette page) avant que Monsieur Waller nous donne
l’explication.
4) Il faut affiner
le traitement des données. Les diverses cartes interactives
qui ont été créées à partir des données recueillies
fournissent déjà des résultats intéressants. Mais une étude
plus minutieuse de ces cartes et des images accessibles par
ces cartes serait plus révélatrice encore. Prenons l’exemple
de la carte interactive concernant les croix pattées. Nous
en avons différencié de deux sortes : les croix pattées et
les croix pattées hampées. Mais un simple examen de ces
croix pattées montre que l’on peut accentuer cette
différenciation. Il y a les croix pattées des premiers
siècles de notre ère qui semblent présentes dans tout
l’ex-empire romain. On les retrouve gravées sur des tables
d’autel, des sarcophages, des stèles funéraires. Il y a les
croix pattées des carrefours. Leur branche inférieure est
plus allongée que les trois autres. On les retrouve en
Bretagne, en Irlande. Parmi les croix pattées, il faut
différencier celles associées à l’Agneau Pascal. Enfin, il y
a les croix pattées des chapiteaux qui doivent sans doute
être associées à des ordres militaires, les templiers, les
hospitaliers et peut être d’autres ordres les ayant précédé
et dont le souvenir a disparu.
5) Il faut enfin
mettre en comparaison le résultat de ces données. Nous avons
dit auparavant que certains chapiteaux à thèmes différents
entre eux pouvaient être localisés à des emplacements
identiques dans une même église. Ceci signifie que les plans
des églises doivent être réalisés avec un grand soin,
l’évolution probable de l’architecture de ces églises devant
être auparavant précisée.
Des
conclusions provisoires ? ou définitives ?
Il faut bien comprendre, ami lecteur, que ce travail restant
à faire concernant les thèmes iconographiques se révèle
immense. Nous n’avons donné ici que des pistes
d’investigation. Normalement, il nous faudrait revenir sur
les endroits déjà visités, dessiner des plans, repérer des
anomalies. C’est ce que font la plupart des historiens
locaux, voire même des universitaires, qui cherchent plus à
approfondir une situation donnée, à étudier un seul
monument, un seul objet, qu’à étendre leur réflexion à
d’autres situations, d’autres monuments, d’autres objets.
Bien sûr, cette réflexion peut être utile pour ceux qui
étudient à leur tour une autre situation, un autre monument
ou un autre objet. Mais la réflexion reste cantonnée à ces
deux monuments ou ces deux objets.
Ce n’est pas notre façon d’agir, Dès que l’actuelle page
sera publiée sur Internet, nous passerons à autre chose. Par
exemple, nous essaierons d’avancer sur l’étude des monuments
en rédigeant les dernières pages de la région Bretagne, puis
celles de la région Centre-Val-de-Loire. Ou bien nous
poursuivrons l’étude sur l’évolution de l’architecture. Ou
encore nous rédigerons des pages pour l’onglet Histoire,
encore très peu alimenté. Nous passerons à autre chose.
Notre comportement est celui de généralistes. Dans le
domaine de la santé, il y a des généralistes et des
spécialistes. On estime que ces deux grands corps de
médecins sont tous deux nécessaires. Les uns pour connaître
le patient dans sa globalité (santé physique mais aussi
santé psychique, santé familiale, santé environnementale).
Les autres pour déterminer les problèmes liés à un organe
particulier (le cœur, le cerveau, le système digestif,...).
Nous estimons qu'en histoire, tout comme en médecine, il
faut non seulement des spécialistes mais aussi des
généralistes. Or, en France, tout particulièrement en ce qui
concerne le Premier Millénaire, des généralistes en
histoire, il n’y en a pas ! Ou plutôt si ! Il y en a ! Ils
occupent les bancs de l’Assemblée Nationale ou ceux du
Gouvernement. Ce sont eux qui nous apprennent ce qu’était
l’histoire de la France avant l’an 1000, une année bénie,
correspondant à quelques années près, à l’avènement de
Hugues Capet, qui, usurpateur des empereurs allemands, a
créé un petit état en Ile-de- ??, autour d’une capitale
appelée ?? (la réponse aux points d’interrogation ne donne
accès à aucun prix). Donc, avant l’an mille - tout le monde,
y compris les universitaires, sait cela - il y avait la
Gaule dont la carte est celle de la France actuelle, Clovis
et son vase de Soissons, les Mérovingiens qui ignoraient
leur propre existence tout autant que les historiens
ignorent leur inexistence, et ainsi de suite.
Nous pensons que cette écriture, par des politiciens, de
l’histoire sous forme de vérités plus ou moins tronquées ou
de légendes à accents nationalistes, avait peut-être son
sens lors des guerres franco-allemandes de 1870, 1914 et de
1939. Mais nous pensons qu’à l’heure actuelle, ces histoires
inventées par chaque peuple et chaque pays, contradictoires
entre elles, n’ont plus tout à fait de sens. La
mondialisation est passée par là. Les peuples ont besoin de
se connaître.
Mais revenons à la question initiale « Des conclusions
provisoires ? ou définitives ? ». Il est manifeste que pour
nous l’’enquête n’est pas terminée. Mais nous devons passer
à autre chose, car nous estimons que ce que nous avons
encore à dire est plus important car cela concerne la
généralité du Premier Millénaire et non un aspect
particulier de cette période. Bien sûr, il est possible que,
à l’occasion, nous ajoutions quelques pages à ce chapitre,
mais nous ne pensons pas y revenir d’une façon plus
définitive car nous avons de gros chantiers en vue et le
temps nous est compté.
La balle est dans votre camp, ami lecteur. Vous pouvez
reprendre une partie du flambeau en étudiant un ou plusieurs
thèmes iconographiques. Ou bien en procédant à un examen
systématique d'une ou plusieurs églises situées dans votre
voisinage. Vous ferez ainsi œuvre de spécialiste.
Mais vous pouvez aussi vous inspirer de notre démarche
généraliste. Il y a tant de domaines que nous n’avons pas
abordés. Si nous avons voulu faire cette étude générale du
Premier Millénaire, c’est parce que la place était vide,
entièrement vide. Certes, beaucoup de travaux ont été faits
auparavant par d’autres que nous. Mais il s’agissait de
travaux parcellaires, sans effort de synthèse afin d’avoir
une vision d’ensemble. En affirmant cela, nous ne cherchons
pas à nous mettre en valeur mais nous constatons un état de
fait.
Quant à cette place, nous ne l’occupons qu’en partie car
certains chapitres envisagés initialement n’ont pas encore
été mis en chantier. Il reste donc encore beaucoup de place
pour tous ceux qui ambitionnent d’étudier dans sa généralité
le Premier Millénaire en Europe et sur le pourtour de la
Méditerranée.