Premiers essais de datation des nefs de basiliques à trois vaisseaux (au 1/6/2020) 

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L'actuelle page réactualise au 1 Juin 2020 une étude faite il y a un an et demi à partir de données datées du 1 Décembre 2018.

Cette étude, longue, minutieuse, et, il nous faut le reconnaître, un peu fastidieuse, fournissait le raisonnement ainsi que la méthode permettant d'établir une datation des nefs à trois vaisseaux. Nous estimons qu'il n'y a aucune modification à apporter sur le raisonnement ou la méthode, la présente page ne venant apporter qu'un complément d'information, l'étude portant sur un plus grand nombre d'édifices que précédemment ( près du double : 314 au lieu de 163 ). Le lecteur soucieux d'en savoir plus sur ce raisonnement est invité à se reporter à la page du 1 décembre 2018.

Voici donc les résultats obtenus avec les données du 1 juin 2020 concernant la France, et avec un coefficient de destruction de 10% :

350 400 450 500 550 600 650 700 750 800 850 900 950 1000 1050 1100 Total
206 229 254 282 314 349 387 430 478 531 590 656 729 810 900 1000 8147
2,53 2,81 3,12 3,47 3,85 4,28 4,76 5,28 5,87 6,52 7,25 8,05 8,95 9,94 11,05 12,27 100
                                                                                                                      Tableau n°1
                                                              
Période (300-1150) ; incrément : 50 ; coefficient de destruction : 10%



Rappelons ce que signifient ces données brutes. Nous estimons que les nefs à trois vaisseaux ont subi une évolution entre l'an 350 et l'an 1100 les faisant passer de la basilique romaine à la basilique romane. Nous estimons de plus que cette évolution s'est effectuée dans le sens du progrès. Il n'y a pas eu de déclin dû à de quelconques invasions barbares, même si cette évolution ne s'est pas effectuée d'une façon uniforme, certaines régions d'Europe pouvant avoir stagné voire régressé.

Grâce au tableau n°1 ci-dessus, nous pouvons envisager le «scénario» suivant :

Entre l'an 350 et l'an 800 (ou plus exactement entre l'an 300 et l'an 850 compte tenu des marges d'incertitude), les églises construites étaient du même type que la basilique romaine : nefs à trois vaisseaux couverts de toits en charpente. Les piliers porteurs du vaisseau central central étant à section rectangulaire (type R0000). Les arcs reliant ces piliers sont simples.

Entre l'an 850 et l'an 950 (ou plus exactement entre l'an 800 et l'an 1000 compte tenu des marges d'incertitude), une innovation se produit ; les églises construites sont toujours du même type que la basilique romaine : nefs à trois vaisseaux couverts de toits en charpente. Mais les arcs reliant les piliers porteurs du vaisseau central ne sont plus simples mais doubles. Le profil des piliers porteurs du vaisseau central en est modifié : il devient de type R1010.

Entre l'an 1000 et l'an 1100 (ou plus exactement entre l'an 950 et l'an 1150 compte tenu des marges d'incertitude), une autre innovation intervient : les nefs qui étaient auparavant charpentées sont voûtées. Afin d'effectuer ces modifications, les voûtes sont soutenues par des arcs doubleaux. Lesquels arcs sont portés par des colonnes adossées aux piliers. Ce qui change le profil des piliers qui passent de type R1010 au type R1110, puis R1111 ou encore R1112, R1212.

Nous pouvons ajouter une information supplémentaire par rapport à l'analyse précédente. Elle concerne les nefs à piliers de type R1110. Nous plaçons la construction de ces nefs entre celles de type R1010 et celles de type R1111. Ceci par suite d'un raisonnement logique : aux environs de l'an 1000, on a cherché à voûter les nefs. Et pour ce faire, on a commencé par les bas-côtés en construisant des piliers de type R1110. Le pourcentage de piliers de type R1110 est 6,7, plus faible que 9,94 de la colonne 1000. On peut estimer que cette innovation (voûtement des seuls collatéraux et pas encore du vaisseau central) s'est effectuée dans une courte période d'une trentaine d'années aux environs de l'an mille. Cette date correspondrait à celle de l'abbatiale de Jumièges caractéristique de cette innovation (voûtes d'arêtes sur les collatéraux).


On pourrait penser à la lecture de cette page de réactualisation que la recherche n'a pas évolué depuis la rédaction de la page antérieure à celle-ci. Ce n'est pas le cas. Tout d'abord, le fait de ne pas réécrire cette page signifie que nous estimons suivre la bonne directio. Il y aussi la confirmation d'un bouleversement que nous estimons majeur. Jusqu'à présent, la plupart ( plus de 90%) des édifices antérieurs à l'an 1200 étaient estimés «romans» et datés des XIe et XIIesiècles. Nous estimons que ces édifices «romans» appartiennent à l'intervalle [950; 1150]. et ne constituent que le tiers des effectifs (33, 26%). D'ores et déjà, notre démarche témoigne d'un certain succès car nous pouvons espérer faire mieux sur cet intervalle [950; 1150], éventuellement étendu à [900; 1250]. Il faut en effet remarquer que cette étude repose sur une partie (la forme des piliers de nefs triples) d'un ensemble plus vaste (nefs diverses, chevets, plans d'ensemble, iconographie, etc.). En effectuant des comparaisons, nous espérons restreindre encore les marges d'incertitude sur les datations. Sans pour autant atteindre une erreur inférieure à 50 ans qui nous semble la limite infranchissable pour ce genre d'évaluation (nous sommes toujours surpris et amusés de voir des commentaires du style « chapiteau roman du premier quart du XIIesiècle » ; pourriez-vous préciser s'il vous plaît ? l'heure ? la minute ? la seconde ?).

Concernant la période [300; 850] c'est un peu plus compliqué. Les nefs à piliers de type R0000 se répartissent sur cinq siècles et demi. Est-il possible de faire mieux ? Résolvons tout d'abord un premier problème. Il s'agit de la date de la première colonne du tableau, actuellement 350. Est-il possible de reculer cette date ? par exemple faire démarrer le tableau à 500? Voire même plus ? Cela restreindrait notablement l'intervalle. Pour répondre à cette question, plusieurs situations doivent être envisagées. Commençons d'abord par critiquer le modèle que nous avons adopté. Ce modèle est basé sur l'idée d'une construction homogène d'édifices, principalement des églises, dans le temps et dans l'espace. Ce qui signifie que si, au IVesiècle, on a construit x églises dans les territoires de l'ancien empire romain, on en a construit autant au Vesiècle, autant au VIesiècle ... Et si on en a construit en France, on en a construit autant en Espagne, en Italie ou en Grèce, au prorata de la population. Bien sûr, de telles hypothèses entrent en contradiction avec tout ce que nous avons appris jusqu'à présent. À savoir que la période dite «des Grandes Invasions» a été une période de chaos et de marasme généralisé. Nous pensons cependant que nos hypothèses sont plus proches de la réalité. Cela étant, nous devons les confronter à diverses objections.

Selon la première de ces objections, le christianisme qui avait beaucoup souffert des persécutions ne s'est dressé qu'à la suite des édits de Constantin vers les années 330, et très progressivement. Il s'est installé tardivement dans les campagnes, (le mot «païen» vient de «pagus» = paysan). Nous pensons, au risque d'apparaître des hérétiques, que l'édit de Constantin n'est pas un miracle divin mais la constatation d'un état de fait ; le parti chrétien était devenu majoritaire chez les romains. Il est cependant possible que l'évangélisation de la majorité de la Gaule ait été postérieure à l'évangélisation de l'Italie. En tout cas, lorsque Saint Martin meurt à Tours en l'an 397, le christianisme semble bien implanté dans cette région.

Quelques problèmes devraient être réglés lors de la prochaine réactualisation de cette page.

L'un d'entre eux concerne les nefs à piliers cylindriques. De quand datent elles ? On sait que pour les premières basiliques romaines, les piliers porteurs du vaisseau central étaient des colonnes monolithes cylindriques. Mais on aurait continué à en construire dans les siècles suivants. En tout cas, en France il y en a très peu. Peut-on le faire entrer dans une évaluation de datation ?

Un autre indice de datation pourrait être la forme des impostes. Pour certaines qui nous semblent plus évoluées, le chanfrein est seulement orienté vers l'intrados de la courbe.

D'autres indices ont attiré notre attention. Nous les citons pêle-mêle : les arcatures lombardes, la présence de sarcophages, certains thèmes iconographiques, les formes de baies, .... Nous comptons les analyser plus profondément. Mais une telle recherche prend du temps et nécessite de disposer de plus d'informations. Nous devons avant tout terminer notre étude sur l'Italie. Aussi nous sommes obligés de reporter cette réflexion à la réactualisation suivante dans plusieurs mois.

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