La basilique Saint-Vincent et le baptistère de Galliano  

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Nous n'avons pas visité ces deux édifices. Les images ci-dessous sont extraites d'Internet.



La basilique Saint-Vincent de Galliano : images de 1 à 15


Cette église a fait l'objet d'une description détaillée écrite par Sandro Chierici dans l'ouvrage « Lombardie Romane » de la collection Zodiaque. Son historique nous semble très intéressant. En voici des extraits :

« Il s'agit d'un des monuments les plus célèbres de l'art roman. [...}  Il n'appartient pas à l'apogée de la période romane, mais prend une très grande importance dans le contexte de l'histoire de l'art de cette époque, parce qu'il est daté de façon sûre de 1007, ce qui en fait l'un des premiers témoignages fondamentaux du nouveau style. Son histoire a été relativement clarifiée grâce aux études et analyses d'études réalisées en notre siècle : sûre est la date précise de sa consécration - 1007 - au terme d'une restauration voulue par Aribert d'Intimanio. [...} À la suite de cette restauration, Galliano fut élevée au rang d'église rurale. Quant à l'édifice qui avait précédé celui de 1007, à côté des légendes qui parlent d'un temple païen, basées sur l'origine romaine du bourg, l'hypothèse communément admise est celle d'une toute petite basilique paléochrétienne qui, sur la base d'inscriptions trouvées sur place, daterait du Vesiècle.

Si l'on peut faire remonter à 1007 la construction de l'abside, les murs des nefs sont certainement antérieurs; au cours de la restauration d'Aribert, on remploya en effet les fenêtres latérales en usant d'un matériau identique à celui employé dans la construction des absides. Toutefois ces murs n'appartiennent pas au Vesiècle : la réédification de la basilique commença, à notre avis, peu après l'an mille. [...] »

On retrouve à la lecture de ce texte l'expression d'un déni que nous avons constaté à de nombreuses reprises. Un déni qui se manifeste à peu de choses près de la façon suivante : « On sait qu'une église existait à telle période (antérieure à l'an mille) ... mais ce n'est pas l'église que l'on voit ... puisque l'église que l'on voit a été construite après l'an mille ». Et rien n'est dit sur ce qui reste de l'église qui a subitement disparu. Si un tel discours n'avait été prononcé qu'à une occasion, on pourrait l'accepter. Mais ce discours est presque systématique. La situation est analogue à celle de la femme qui disparaît subitement de la boîte dans laquelle le magicien l'avait enfermée : si ça se produit chaque soir, on se dit qu'il y a un truc. Dans le cas présent cependant, M. Chierici constate que les murs de la nef pourraient être antérieurs à l'an 1007. Donc : surprise de notre part ! M. Chierici accepterait-il l'idée que des parties de cette église soient antérieures à l'an mille ? En fait, il lui est difficile de faire autrement. En effet, bien que nous n'ayons pas connaissance du texte exact de 1007, nous pensons que ce texte fait état d'une restauration de l'église et non d'une construction : à trois reprises, M. Chierici parle de «restauration» . Cependant, après cela, il tient à préciser « Toutefois ces murs n'appartiennent pas au Vesiècle ». Puis il parle d'une
« réédification » (et pas d'une restauration) qui « commença ... peu après l'an mille. ». Pour lui, comme pour une grande majorité d'historiens de l'art du Moyen-Âge, l'an mille est la date fatidique : pour lui donc, avant cette date, c'est le chaos et après (ou plus exactement après l'an 1050, il faut du temps pour se relever du chaos !), l’exubérance romane. Pour M. Chierici la basilique ayant précédé la basilique actuelle ne peut être qu'une « toute petite basilique paléochrétienne qui ... daterait du
Vesiècle.
».


Étudions à présent de plus près cette basilique.

Il s'agit d'une église à nef à trois vaisseaux. En fait, il n'en reste plus que deux. Selon M. Chierici : « en 1835, le bas-côté droit s'effondra. On ne jugea pas opportun de le reconstruire lors des restaurations de 1932. » Les vaisseaux sont charpentés. D'après les images, cette basilique est directement inspirée des premières basiliques chrétiennes. Les piliers porteurs du vaisseau central sont-ils cylindriques ou rectangulaires ? Les images de l'intérieur de la nef montrent qu'il y a mélange des deux. Et ce, sans alternance des deux, comme on le voit dans certaines églises du Nord de l'Europe. De plus, le plan de l'image 7 fait apparaître une dissymétrie de la nef. La conclusion a tirer de cela est très simple : ce plan n'est pas celui d'une église parfaite. Une conclusion apparemment complètement stupide, mais qui ne l'est pas si l'on admet que le plan d'origine était quant à lui parfait. Ce qui entraîne trois démarches complémentaires : retrouver le plan d'origine, admettre que cette église qui a subi plusieurs vicissitudes peut être plus ancienne qu'on ne l'imagine, et, plus difficile, reconstituer le déroulé des transformations.

Le plan de la basilique est probablement celui de l'image 1, issue d'Internet. C'est un plan parfait. Selon ce plan, la partie conservée de la colonnade, support des murs gouttereaux du vaisseau central, serait la partie Sud (image 9). On en déduit qu'à l'origine, les piliers porteurs devaient être des colonnes cylindriques monolithes.

Nous pensons que comme dans de nombreux autres cas, les transformations radicales ont été opérées sur le chevet. Celui-ci semble plus récent que la nef : les structures architecturales sont différentes de celles de la nef ; l'abside est éclairée par de grandes fenêtres (dans les églises paléochrétiennes, il n'y avait pas de fenêtres, le cul-de-four intérieur étant entièrement décoré de mosaïques ou de fresques) ; le chevet est constitué par trois absides situées dans le prolongement du vaisseau central, visibles de l'extérieur (les églises plus anciennes n'ont qu'une abside visible de l'extérieur).

Notons enfin l''absence de transept (selon nous, à partir des environs de l'an mille, toutes les constructions nouvelles de chevets possèdent des transepts).

Notons aussi que d'après le plan de l'image 1, l'église aurait été dotéed'un ouvrage Ouest fort différent de ceux rencontrés ailleurs : atrium ?


Datation

D'après la description que nous venons de faire, une conclusion devrait s'imposer : la nef n'est autre que celle de la basilique paléochrétienne du Vesiècle dont parle
M. Chierici. Une basilique qui n'est plus «toute petite». Cependant, depuis quelques temps, nous faisons moins confiance à certaines affirmations péremptoires. Comme celle-ci : « ... une basilique paléochrétienne qui, sur la base d'inscriptions trouvées sur place, daterait du Vesiècle ». Notre étude sur plus d'un millier de monuments nous a permis de découvrir, avec une certitude supérieure à 8 sur une échelle de 10, qu'il y avait eu une sorte d'écartèlement de la liste des monuments, les monuments construits entre les années 400 et 1000 étant rejetés hors de ces dates. Comme si, pendant 600 ans, il ne s'était rien passé. Mais jusqu'à présent, nous pensions que l'écartèlement ne s'était produit que dans un sens, que ces monuments, antérieurs à l'an 1000, avaient été estimés postérieurs à l'an mille. Nous envisageons à présent que l'écartèlement aurait pu se produire dans l'autre sens, que des monuments postérieurs à l'an 400, avaient été estimés antérieurs à l'an 400. En conséquence de cette hypothèse, pour le moment non étayée, la datation de la basilique primitive au Vesiècle, « sur la base d'inscriptions trouvées sur place » ne pourrait être retardée d'un siècle ou deux.

Datation envisagée pour la nef de la la basilique Saint-Vincent : an 500 avec un écart de 200 ans.

Datation envisagée pour le chevet de la basilique Saint-Vincent : an 900 avec un écart de 150 ans.

À remarquer que cette deuxième datation ne correspond pas tout à fait à celle du texte évoquant la restauration d'Aribert. Il est possible qu'il y ait là erreur de notre part. Mais il est tout aussi possible que cette restauration d'Aribert ne soit qu'une des multiples interventions que cet édifice a dû subir durant ses 1500 ans d'existence et que l'on donne à ce texte, miraculeusement préservé, une importance qu'il ne devait pas avoir.


Le baptistère de Galliano : images de 16 à 24

Concernant ce baptistère, voici un extrait du texte de M. Chierici :

« Son érection est contemporaine de celle de l'abside de la basilique, c'est-à-dire qu'elle doit être située dans les toutes premières années de l'an mille, et son plan manifeste de façon évidente sa relation avec l'église Saint-Satire de Milan, chapelle d'une rare beauté remontant au IXesiècle, élevée sous l'archevêque Arispert, celui à qui est attribué le premier atrium de Saint Ambroise. »

Remarquons en premier lieu un certain anachronisme. D'une part, ce baptistère daterait des premières années de l'an 1000 et d'autre part son plan s'apparenterait à celui d'un baptistère du IXesiècle, donc antérieur d'environ 150 ans.

Il nous est difficile d'en dire plus si ce n'est que, comme dans le cas de baptistères précédemment étudiés, celui-ci, à plan centré et pourvu à l'étage d'une galerie de circulation, fait plus penser à ce que nous avons appelé un «parlement», qu'à un baptistère.

Datation envisagée pour le baptistère de Galliano : an 900 avec un écart de 150 ans.