La cathédrale San Cesareo de Terracina
Nous avons effectué une visite rapide de
ce monument en avril 2006 et la majorité des images de cette
page ont été réalisées lors de cette visite. Nous
n'envisagions pas à ce moment-là de faire une étude sur le
premier millénaire. Mais ce sont probablement les divers
voyages effectués en Italie au cours de la première décennie
du troisième millénaire et les diverses questions posées par
la découverte des monuments de la péninsule qui ont provoqué
notre recherche.
Passons à l'étude de cette église qui a fait l'objet d'une
étude approfondie par Enrico Parlato dans le livre «
Rome et Latium romans » de la Collection Zodiaque.
Les documents écrits sont rares : une mention dans le Liber Pontificalis
durant la papauté de Léon IV (847-885), une consécration en
1074.
Comme nous le verrons un peu plus loin, a priori rien dans
cette église ne date du premier millénaire. Nous devrions
donc l'exclure de notre site. Cependant, nous avons jugé
utile de l'insérer car, même si les œuvres décrites sont
postérieures de plusieurs siècles à l'an mille, elles
peuvent permettre d'expliquer et de proposer une datation
antérieure à l'an mille pour d'autres œuvres.
C'est le cas du campanile (image
1) qui présente la particularité de développer
sur 4 étages une série d'arcatures (une par étage) d'arcs
entrecroisés (image 2).
Le dernier étage est surmonté d'arcatures lombardes.
Cette disposition nous invite à réfléchir. Lorsque nous
avons créé notre site, il y a quatre ans et demi maintenant,
nous nous sommes peu préoccupés des systèmes d'arcatures.
Puis, au fur et à mesure de nos recherches, nous avons
commencé à parler des « arcatures
lombardes » car nous estimions que certaines églises à
arcatures lombardes pouvaient être préromanes. À ce
moment-là, nous considérions qu'il s'agissait d'un décor.
Plus récemment, nous avons réalisé que ce pouvait être plus
qu'un décor. Mais une technique permettant de renforcer la
structure de l'édifice. Cela serait particulièrement vrai
dans le cas des tours quadrangulaires. La division en
étages, la présence de grandes fenêtres géminées au milieu
de la façade de chaque étage, et celle d'arcatures au sommet
de chaque étage, seraient des techniques de construction
permettant de renforcer les structures de la tour et ainsi
d'augmenter ses capacités.
Les arcs entrecroisés formeraient une autre technique
architectonique qui aboutirait aux mêmes résultats. Les deux
techniques ont-elles coexisté ? ou l'une d'elles a-t-elle
succédé à l'autre ? Le problème reste à l'étude. En tout
cas, les arcatures lombardes qui, selon nous, devraient
plutôt être appelées « arcatures
catalanes » ou
« arcatures
franques » sont présentes au Nord de l'Europe, alors que les
arcs entrecroisés se retrouvent au Sud de l'Italie et en
Sicile (technique arabo-sicilienne).
Une autre leçon nous est apportée par la
frise de fine mosaïque qui orne le linteau du porche de
l'église. Voici la description de quelques une des images :
Image 3 : En
haut, un loup à queue à forme de fer de lance. Au dessous et
de gauche à droite : un monstre à queue de serpent, un aigle
aux ailes déployées, un couple de quadrupèdes (à gauche un
cerf, à droite une sorte de jument à la robe tachetée)
encadrant et broutant un palmier.
Image 4 : Deux
oiseaux encadrant une cage où est enfermé un troisième
oiseau, trois démons dont deux s'affrontant, un taureau
décrit dans l'image suivante.
Image 5 : Deux
quadrupèdes encadrant une église. Le premier est un taureau
qui s'abreuve à une coupe montée sur une colonne ; les
cornes du second font penser à un renne ; l'église est à
plan basilical. Deux cavaliers encadrant une croix pattée (
au pied de la croix, à droite, un oiseau à gros bec) ; au
dessus de la scène, l'inscription :
« GUTIFRED :
EGIDII-MILES ».
Image 6 : Un
navire à rames, avec au-dessus l'inscription «
PETRUS PBRI » et au-dessus encore «
MILES » ; deux griffons encadrant un canthare.
Image 7 : deux
oiseaux encadrant un canthare ; un monstre à queue de
serpent.
Ces scènes sont énigmatiques. Face à une telle situation, il
y a deux réactions possibles aussi négatives l'une que
l'autre : soit ne pas les commenter, soit donner n'importe
quelle explication de façon a montrer qu'on y connaît
quelque chose. Nous pensons qu'il faut relever certains
détails et émettre des hypothèses en espérant que d'autres
pourront trouver une solution.
Notons tout d'abord les « oiseaux au canthare » de l'image 7. La scène
commence à être bien connue et nous pensons l'avoir repérée
à environ une centaine de reprises sur 1700 monuments
étudiés. Cette scène est assez extraordinaire, car elle a
traversé les siècles, du premier au XVIIIesiècle.
Nous ne sommes même pas certains qu'à l'origine elle ait été
chrétienne. Nous pensons qu'elle a aussi influencé (ou a eu
des rapports étroits avec) d'autres scènes d'animaux
symétriques encadrant un objet. Telles : le couple de
quadrupèdes encadrant un palmier (image
3), les deux oiseaux encadrant une cage (image 4), les deux
quadrupèdes encadrant une église
(image 5), les
deux cavaliers encadrant une croix pattée (image
5), les deux griffons encadrant un canthare (image 6). Il ne faut
cependant pas tirer une conclusion unique de toutes ces
images. S'il existait une symbolique unique, on assisterait
à la répétition d'une seule scène, par exemple celle de l'image 7.
Les pistes de recherche sont multiples. Notons d'abord que
certaines scènes ont été vues ailleurs en Italie (exemple :
les cerfs à la cathédrale de Modène). Pour d'autres scènes,
on peut envisager une interprétation (exemple : la scène des
oiseaux encadrant une cage contenant un autre oiseau fait
penser à la scène des « deux autruches » dont l'explication,
révélée par André Waller, fait l'objet d'une
page de ce site.
Enfin, certaines scènes comme les deux quadrupèdes encadrant
une église (image 5)
et les deux cavaliers encadrent une croix pattée (image
5) avec au dessus de l'une le mot « miles »
signifiant « soldat » ou « chevalier », pourraient
représenter les groupes de chevaliers protecteurs des
églises (deux quadrupèdes encadrant une église) ou les
moines-chevaliers adhérant à un ordre chevaleresque (les
deux cavaliers encadrant une croix pattée).
Mais ce ne sont là que des hypothèses qui doivent être
soumises à de mutiples vérifications.
La base de colonne de l'image
9 représentant un lion couché est répandue en
Italie. Nous pensons qu'elle est d'origine lombarde.
Les images
10 et 11 nous présentent une nef baroque mais
selon toute probabilité, ce décor baroque cache des
structures nettement plus anciennes, antérieures à l'an
mille.
L'image 12 est
celle d'un pavement cosmatesque fait de marbres polychromes,
datant probablement de la première moitié du XIIIesiècle.
Datation envisagée
pour la cathédrale San Cesareo de Terracina : bien que
persuadés que la nef de cette église soit antérieure à l'an
mille, nous ne pouvons pas le prouver. Ni d'ailleurs
proposer une datation avec une précision convenable.
Datation envisagée
pour la frise de linteau de cette cathédrale : an 1200 avec
un écart de 75 ans.