Le Panthéon de Rome
La page du site Internet Wikipedia nous
apprend ceci sur cet édifice : « Le Panthéon de Rome
est un édifice religieux antique situé sur la piazza della
Rotonda (Rome), bâti sur l'ordre d'Agrippa au I er
siècle av. J.-C . Endommagé par plusieurs incendies, il
fut entièrement reconstruit sous Hadrien (début du II
e siècle). À l’origine, le Panthéon était un
temple dédié à toutes les divinités de la religion
antique. Il fut converti en église au VIIesiècle
et est aujourd'hui la basilique Santa Maria ad Martyres.
C'est le plus grand monument romain antique qui nous soit
parvenu en état pratiquement intact, du fait de son
utilisation ininterrompue jusqu'à nos jours. Il a donné
son nom à un quartier de Rome.
Le nom du Panthéon est
issu de l'adjectif grec πάνθειν / pántheion, qui signifie
« de tous les dieux ». [...]
Le Panthéon supporte la
plus grande coupole de toute l’Antiquité avec 150 pieds
romains soit 43,30 m de diamètre à l'intérieur, qui reste
la plus grande du monde en béton non armé. Après presque
deux millénaires, cette construction remarquable ne
présente pas de signe de faiblesse de sa structure en
dépit des mutilations volontaires et des mouvements
telluriques répétés. »
La même page, dont nous n'avons ici donné que quelques
extraits, se révèle riche en renseignements de toutes
sortes. Nous conseillons sa lecture. Nous n'avons pas grand
chose de plus à ajouter.
En fait, nous nous sommes déjà intéressés à ce monument dans
le chapitre « Datation », et dans ce chapitre, la partie
consacrée à l'évolution de l'architecture.
Rappelons les bases de notre raisonnement. Elles reposent
sur la remise en question d'un dogme préétabli qui se résume
en quelques mots : la civilisation romaine à tout inventé;
mais elle a régressé à partir du IIesiècle ;
puis au Vesiècle, il y a eu les invasions
barbares qui ont tout détruit et rien reconstruit ; et ce
jusqu'à l'an 1000 ; à partir de cette date, il y a eu un
renouveau ; mais ce n'est qu'un peu plus tard, vers 1050,
que les techniques de construction romaines ont été
définitivement remises à jour.
Nous avons émis l'hypothèse bien différente d'une
progression continue des techniques.
Nous pensons que le gigantisme de certaines constructions
peut se révéler trompeur. Ainsi, par leurs grandes
proportions, les pyramides de Gizeh font dire à de nombreux
touristes qu'à notre époque, nous ne sommes pas capables de
faire mieux. Ce qui est faux. Si on ne construit pas des
pyramides analogues à celles de Gizeh, c'est que nous ne
voyons pas l'intérêt de le faire. Et, si les constructeurs
de Gizeh avaient disposé de nos techniques actuelles, ils
n'auraient certainement pas édifié les pyramides que l'on
voit. Le même type d'erreur concernant le gigantisme peut
concerner d'autres constructions humaines. Ainsi, il est
possible que dans quelques siècles, des touristes admirant
le château de Versailles déduisent de la grandeur de ses
dimensions, une grandeur non reproduite dans les châteaux
des siècles suivants, une régression des constructions à
partit du XVIIIesiècle.
Concernant le Panthéon de Rome, son étude entre dans le
cadre d'une évolution des voûtes. Il existe plusieurs façons
de couvrir une surface libre : par encorbellement, par
projection dans l'espace d'une surface couvrante (toit posé
sur une charpente, voile de béton, etc.), par voûte bâtie
avec des matériaux préalablement préparés pour un assemblage
(voûte en plein cintre, voûte brisée, voûte en croisée
d'ogives).
Nous pensons que les voûtes par encorbellement ou en voile
de béton sont de fausses voûtes. Ces fausses voûtes
travaillent en flexion. Alors que les vraies voûtes
travaillent en compression. Nous constatons que la « voûte »
du Panthéon n'a pas de clé de voûte.
Nous constatons aussi que les voûtes en béton non armé comme
celle du Panthéon sont rares dans toute la période
antérieure à l'an mille. Elles présentent toutes le même
profil : une base très élargie et des parois s'amincissant
jusqu'au sommet. Outre le Panthéon de Rome, on connaît
Sainte Sophie de Constantinople, la basilique du Saint
Sépulcre de Jérusalem, et probablement aussi Saint-Marc de
Venise. Mais, semble-t-il, peu d'autres églises à coupoles.
La technique du béton est probablement plus fréquente pour
les culs-de-four des absides. On sait en effet que les
premières basiliques paléochrétiennes étaient constituées de
nefs à trois vaisseaux charpentés - donc non voûtés - et
d'une seule abside voûtée en cul-de-four décorée de
mosaïques ou de fresques. Nous pensons qu'un certain nombre
de ces absides anciennes existent encore. Et que les voûtes
en cul-de-four de ces absides sont en béton. Mais il nous
est impossible de les identifier sur simples photos.
D'autant que la plupart sont recouvertes d'un enduit
baroque. Nous espérons que d'ici quelques années, les
progrès scientifiques et techniques permettront de « scanner
» l'intérieur des murs et d'identifier leurs composants et
leurs modes de fabrication.
Il restera cependant quelques petits mystères : comment se
fait-il que cette merveilleuse voûte en béton ait pu tenir
aussi longtemps et avec une telle portée ? Comment se
fait-il que cette prouesse architecturale ait eu si peu
d'émules ?
Datation
envisagée pour le Panthéon de Rome : début du IIesiècle
de notre ère. Nous n'avons aucun argument nous permettant de
mettre en doute certaines affirmations concernant cet
édifice. Il est cependant possible qu'il ait subi au cours
des siècles d'importantes restaurations.
Remarques générales
concernant les six monuments antiques de Rome étudiés
dans cette page et les cinq précédentes : le baptistère du
Latran, le Château Saint-Ange, le mausolée d'Auguste, le
mausolée de Sainte Constance, la Casa dei Crescenzi, le
Panthéon.
Une documentation sur les monuments antiques douteuse
Il y a à présent plus de 6 ans, nous avons conçu le projet
de réaliser une étude approfondie sur des monuments déclarés
romans (du XIe ou du XIIesiècle)
mais que nous pensions bien antérieurs. Nous estimions à ce
moment-là que nos prédécesseurs en étude d'histoire de l'art
médiéval avaient pu commettre quelques erreurs. Pour
réaliser cette étude et faire connaître nos travaux, nous
avons lancé l'actuel site Internet il y a 4 ans et demi. Aux
tous débuts de sa création, nous avons voulu lancer un
programme très ambitieux : une étude sur un très longue
durée (le Premier Millénaire) et concernant un espace très
vaste (l'Europe et le Bassin Méditerranéen). Mais dès le
début aussi, nous avons décidé de de retirer certains
chapitres de cette étude. Le plus important de ces chapitres
concernait les monuments antiques de l'Empire Romain. Nous
avons voulu faire démarrer l'étude au IIIesiècle
de notre ère. Il ne s'agissait pas pour nous de négliger les
monuments antiques romains. Nous considérions à ce moment-là
que leur étude avait été bien faite et que nous
n'apporterions rien de neuf à la reprendre.
Le travail effectué depuis nous incite à remettre en
question ce point de vue. Tout d'abord en ce qui concerne ce
qui est écrit ci-dessus : « nos prédécesseurs en histoire de
l'art médiéval ont pu commettre quelques erreurs », le doute
n'est plus de mise : nous sommes passés à l'affirmatif et le
mot « quelques » est devenu « beaucoup ».
Mais ce n'est pas tout car nous avons aussi réalisé que
l'histoire de Rome que nous avions apprise pouvait avoir été
le résultat d'une réécriture d'auteurs du XIXe et
du
XXesiècle. Citons un exemple : on parle de
République Romaine et d'Empire Romain. On les conçoit comme
des entités séparées. En particulier dans le temps avec une
période républicaine avant l'avènement d'Auguste et une
période impériale par la suite. Tout comme, en France, entre
les années 1790 et 1814 se sont succédé au moins trois modes
de gouvernements distincts : la République, le Consulat et
l'Empire. Or on découvre, au hasard des textes antiques, les
mots de « république » ou de « consuls » en pleine période
impériale. Il semblerait - mais nous ne sommes pas certains
de cela - qu'il y ait eu coexistence de deux entités : la
République et l'Empire.
En fait il faudrait plutôt parler des « républiques ». Car
chaque ville romaine devait conserver une certaine autonomie
et son gouvernement républicain dirigé par des consuls, un
mode de gouvernement inspiré de la ville de Rome. Quant à
l'Empire, ce devait être une sorte de complexe
militaro-industriel assurant la « pax romana » dans une zone
géographique très étendue et tirant profit de cette « pax
romana » par des levées d'impôts ou le financement de grands
travaux (routes, ponts, barrages et canaux d'irrigation ou
d'assèchement de marais). Un complexe militaro-industriel
dirigé par deux sortes d'hommes : un militaire, le « césar;»,
un gestionnaire des finances, « l'auguste ».
Le titre ci-dessus « Une documentation sur les monuments
antiques douteuse » ne signifie pas que cette documentation
est fausse mais qu'elle doit être mise à l'épreuve du doute
scientifique.
Des monuments qui posent
question
Observons deux monuments étudiés ci-dessus : le baptistère
du Latran et le mausolée de Sainte Constance. Ils se
ressemblent beaucoup. Qui plus est, le mausolée de Sainte
Constance ressemble encore plus à d'autres baptistères
décrits dans ce site, comme par exemple celui de Santa
Severina en Calabre. On a donc des mausolées qui ressemblent
à des baptistères. Et qui ne ressemblent pas à d'autres
mausolées comme le Château-Saint-Ange, le mausolée d'Hadrien
ou le mausolée d'Auguste. En fait, ce n'est pas tout à fait
exact. Il existe un point commun entre tous ces monuments :
leur plan d'ensemble circulaire. Plan circulaire partagé
aussi par d'autres monuments non funéraires ou baptismaux,
comme le Panthéon, le Dôme du Rocher de Jérusalem.
Mais le principal problème posé par ces monuments est celui
de leur inadéquation. Combien y a-t-il de monuments
funéraires à plan circulaire dans nos cimetières actuels ? À
titre personnel je n'en connais aucun. Et s'il en existait
un, chacun d'entre nous serait en droit de poser la question
de son existence. On peut certes répondre que les romains,
de mœurs différentes des nôtres, pouvaient construire
d'autres types de monuments funéraires. L'ennui vient du
fait que nombre de sarcophages romains ont la forme d'une
maison à plan rectangulaire dotée d'un toit à deux pentes.
Sur ce point particulier, la symbolique romaine est
semblable à la notre qui assimile le tombeau comme la
« dernière demeure » du défunt. Et si on examine de près
d'autres mausolées ou cénotaphes des premiers siècles de
notre ère comme les célèbres temples de Pétra ou, sur notre
site, les mausolées d'Orchia (Latium), on s'aperçoit qu'ils
ont la forme de maisons à plan rectangulaire. Il faut donc
s'interroger sur le plan circulaire des mausolées d'Auguste
ou d'Hadrien. Pourquoi ont-ils été créés avec cette forme
très particulière dont la symbolique funéraire nous échappe
?
Il en est de même pour les baptistères. Nous percevons de
mieux en mieux la symbolique liée au baptême. Le soleil nous
donne l'image de ce que sont la mort et la résurrection.
Chaque soir il meurt en plongeant dans la mer à l'Ouest et
chaque matin il ressuscite en sortant de la mer à l'Est. Le
rituel du baptême résume cette démarche. Le candidat au
baptême était plongé nu comme au jour de sa naissance dans
un bassin. Il était maintenu pendant quelques instants la
tête dans l'eau. Nous pensons qu'aux débuts du
christianisme, il a pu y avoir des accidents mortels dus à
des prêtres un peu trop zélés ou à la santé fragile de
certains catéchumènes. Le baptisé était ensuite extrait de
l'eau, éventuellement réanimé, vêtu de blanc et accueilli au
sein du groupe des baptisés.
Il semblerait qu'initialement, il n'y ait pas eu de
baptistère, mais une pièce réservée à l'usage du baptême et
accueillant la cuve baptismale. Cette cuve baptismale
n'était pas à plan circulaire, mais rectangulaire, avec
éventuellement des marches d'escalier sur chaque petit côté.
Les baptistères auraient été construits plus tard.
Faisons à présent un effort d'imagination et mettons nous à
la place d'un architecte à qui l'on demande de construire un
baptistère en respectant la symbolique du baptême définie
plus haut. Voici le modèle que nous proposons. Il s'agit
d'un ensemble formé de trois constructions disposées d'Ouest
en Est. Tout d'abord, à l'Ouest, une construction de forme
carrée, symbolisant la Terre. Ce peut-être une simple cour
entourée d'un péristyle, un atrium (fréquent dans les
édifices paléochrétiens). Cette cour est prolongée en
direction de l'Est par un couloir aveugle très peu éclairé
par quelques chandelles. Des rideaux empêchent la lumière du
jour de pénétrer. Au centre de ce couloir, la cuve
baptismale, de forme rectangulaire. Puis vient la troisième
construction, à plan circulaire. Elle est de dimensions
assez réduites pour être en mesure de porter une coupole.
Les murs extérieurs sont percés de fenêtres permettant à la
lumière du jour d'éclairer la mosaïque qui orne la coupole.
Une mosaïque constellée d'étoiles, avec au centre une image
de Dieu. Bien sûr, cette troisième construction représente
le Ciel. Et l'ensemble des trois constructions décrit le
cheminement du croyant de la Terre vers le Ciel avec
l'interruption momentanée de la Mort.
Voilà donc le plan que nous adopterions si nous devions
construire un baptistère. Nous constatons qu'il n'y a rien
de cela en ce qui concerne les baptistères que nous avons
rencontrés : la cuve baptismale se trouve au centre du Ciel
alors qu'elle devrait être à l'extérieur, à l'entrée Ouest.
Des mausolées qui ne sont pas des mausolées. Des baptistères
qui ne sont pas des baptistères. Seraient-ce des parlements
?
C'est la réflexion qui nous est venue à l'esprit. Serait-il
possible que ces bâtiments à plan circulaire soient autre
chose que des mausolées, des baptistères ... ou des
chapelles. Si nous parlons de chapelles, c'est parce que
nous pensons à la première chapelle, la chapelle Palatine
d'Aix-la-Chapelle. C'est cette église qui nous a donné
l'idée d'un monument à usage de parlement. C'est-à-dire un
endroit où l'on se parle, un lieu de négociations, de
discussions, d'élaborations de projets.
Ce n'est peut être pas tout à fait un hasard si les
mausolées d'Auguste et d'Hadrien et même le Panthéon, voire
le mausolée de Sainte Constance, se trouvent à proximité du
Champ de Mars. Qu'est-ce donc que le « Champ de Mars » ? Plus
qu'un emplacement dans la ville de Rome, c'est une
institution. Une institution qui n'est pas seulement
romaine, mais qui est commune à divers peuples d'Europe.
Dans l'Antiquité et le Haut-Moyen-Âge, l'hiver était une
période de repos, tant pour les civils que pour les
militaires. En conséquence, ceux-ci avaient l'habitude de se
réunir avant le Printemps afin de décider des actions à
venir durant l'été. Ces rencontres avaient lieu au « Champ de
Mars » (Mars est le dieu de la guerre. C'est aussi un mois de
l'année), vaste espace servant à la fois de lieu de
rencontre des supérieurs et de base d'entraînement et de
départ des armées.
Poursuivons la reconstitution de notre puzzle. L'histoire
des premiers empereurs romains de la dynastie
julio-claudienne héritée de Jules César et d'Auguste nous
est racontée dans la « Vie
des Douze Césars » de Suétone. Le texte est un peu
surprenant pour un lecteur du XXIesiècle. Il
apparaît plein de contradictions, de propos dépourvus
d'importance, de références religieuses ou superstitieuses.
Mais nous devons le prendre tel qu'il est, car il est
révélateur des croyances d'une époque. Et la principale
croyance semble que l'empereur est l'élu des dieux. Bien
sûr, le choix de l'empereur est décidé par les hommes. Mais
cela doit se faire en conformité avec la volonté des dieux.
Ainsi l'empereur doit être né dans une famille dont les
membres sont réputés dotés de pouvoir surnaturels (ici la
famille julio-claudienne). Son corps doit être exempt de
défauts. Son horoscope doit lui être bon et on est attentif
aux divers auspices.
Dans ces conditions, il semble normal que le « parlement » des
armées soit protégé par les membres décédés de la dynastie
impériale, dont les tombeaux ou cénotaphes sont disposés
tout autour. Et lorsqu'il y a changement de dynastie, comme
c'est le cas pour Hadrien avec la dynastie des Antonins , le
« parlement » des armées est construit en un autre lieu. Plus
tard, lorsque la religion chrétienne finit par s'imposer, on
assiste à de vastes cérémonies de baptêmes collectifs : des
centaines de guerriers sont baptisés dans la même journée.
Peut-on croire que tous ces guerriers ont été touchés par la
grâce divine ? Il est plus convenable de penser que le
baptême est devenu un rite d'initiation permettant l'entrée
du soldat dans sa nouvelle famille. Il est donc normal que
ce baptême soit pratiqué au vu et au su de tous au centre du
lieu de rencontre et de décision.
On voit donc que ces mausolées, ces baptistères, ces
chapelles ou églises peuvent avoir quelque chose en commun :
un peu plus que leurs plans. Ils pourraient avoir été des
lieux de rencontre, de discussions. Ils auraient servi de
mausolées dans un premier temps, de baptistères dans un
deuxième temps et enfin d'églises plus tard encore (églises
des templiers à plan circulaire ou polygonal).