La cathédrale Saint-Jean-et-Saint-Paul de Ferentino
Nous avons visité Ferentino en mai 2006.
Certaines des prises de vue exposées ci-dessous ont été
réalisées lors de notre visite. C'était il y a à présent
plus de 14 ans !
À ce moment-là, nous étions loin d'envisager la création
d'un site Internet sur le Premier Millénaire. Nous étions
même loin de réaliser l'importance des restes architecturaux
datant de cette période. Cependant l'examen des parties
extérieures de Ferentino (nous n'avions pu visiter
l'intérieur) ainsi que d'autres églises du Latium ou de
Campanie nous avait amené à nous poser la question devenue
fondamentale : est-ce que ce sont bien là des églises
romanes comme on nous l'affirme ?
Et de là engager la réflexion sur le Premier Millénaire.
Ce monument a fait l'objet d'une monographie succincte
écrite par Serena Romano dans le livre « Rome
et Latium romans » de la Collection Zodiaque.
En voici de larges extraits : «
Sur l'acropole comme dans le cas d'Aquin ou de Soria, se
dresse la cathédrale des Saints Jean-et-Paul ; monument
encore reconnaissable bien que soumis à de lourdes
restaurations entre 1892 et 1902. Comme dans d'autres cas
heureux, une inscription lapidaire aide à fixer la date de
la période de construction qui nous intéresse,
c'est-à-dire l'époque romane. Cette inscription figure sur
la clôture en marbre du sanctuaire : ... (suit le
texte en latin de l'inscription) ....
Il s'agit à l'évidence d'un événement fort commun dans
l'histoire des édifices médiévaux : l'évêque Augustin, du
temps du pape Pascal II (1099-1118), replace sous l'autel
les reliques de Saint Ambroise comme l'avait déjà fait le
pape Pascal 1er (817-824) : les travaux concernant l'autel
ont été exécutés par l'artisan Paul ...
... L'édifice ainsi
consacré était une basilique à trois nefs, avec trois
absides dont celle du milieu est plus grande. Les nefs
sont séparées par des piliers, mais au cours des
restaurations, quatre d'entre eux ont laissé apparaître
des colonnes - c'est pourquoi Mme Wagner-Rieger a pu
justement parler d'un système de supports alternés. Les
pavements étaient à deux niveaux - la zone de la Schola
Cantorum se trouvait à un niveau plus élevé que celui du
pavement qui l'entourait ...
».
Au risque de lasser le lecteur, nous poursuivons notre
critique vis-à-vis des conclusions que les historiens de
l'art s'efforcent de tirer des sources écrites ou
épigraphiques. Serena Romano déduit d'une inscription
figurée sur une clôture de sanctuaire la période de
construction de la totalité de l'édifice. Nous estimons
aberrante une telle interprétation. Nos villes actuelles
regorgent de plaques de commémoration. Devons nous dater une
maison de l'année 1850 du fait que sur cet édifice est posée
une plaque du style : «
Ici est né en 1850 Monsieur X
» ? La
maison concernée peut être bien antérieure à l'an 1850. Mais
elle peut aussi être postérieure, la plaque ne désignant que
l'emplacement où a eu lieu la naissance.
Dans le cas présent, l'information est certes très
intéressante car elle peut permettre de dater ... la clôture
du chœur et l'installation des reliques sous l'autel ...
mais certainement pas l'ensemble des constructions.
En fait, cette information est intéressante à plus d'un
titre. Elle nous permet en effet d'analyser la démarche de
Mme Romano, et avec elle; d'une majorité de spécialistes de
l'art roman. D'une inscription de dépose de reliques sous un
autel datée des débuts du XIIesiècle, Madame
Romano déduit que la construction de l'édifice dans sa
totalité remonte à la même période. Mais on apprend grâce à
la même inscription qu'une opération analogue de dépose de
reliques avait été faite trois siècles auparavant sous la
conduite du pape Pascal Ier. Mme Romano devrait
logiquement en déduite que la construction de l'édifice dans
sa totalité remonte aux débuts du IXesiècle.
Mais non ! Même s'il est écrit que quelque chose devait
exister au IXesiècle, la construction remonte
bien au XIIesiècle. On pourrait croire qu'une
telle attitude est exceptionnelle, propre à une seule
personne. Ce n'est pas le cas ! Tous les spécialistes du
Moyen-Âge répètent à l'unisson : «
La construction date du XIIesiècle ».
Cette information présente un autre intérêt. Mais avant de
l'exposer, il nous faut parler de plusieurs hypothèses que
nous avons envisagées. La première de ces hypothèses est que
le rythme des constructions a été régulier et homogène au
cours des siècles. Pour la seconde hypothèse, nous pensons
qu'il a pu y avoir, toujours au cours des siècles, des
changements de types de construction. Ainsi par exemple,
nous pensons que, si dès les premiers siècles du
christianisme il y a eu construction d'un grand nombre
d'églises, à partir du VIeou VIIesiècle
toutes les églises devaient être construites. Il n'y a plus
eu de construction de nouvelles églises mais de nouvelles
constructions, telles que des transepts, de nouveaux
chevets, des ouvrages Ouest, des clochers, des cryptes. Et
d'autres constructions encore à partir du XIesiècle
: des salles capitulaires, des cloîtres, des réfectoires.
Nous avons constaté que de nombreux témoignages écrits du XIesiècle célébraient des consécrations liées à
des reliques de saints. À l'occasion d'un déplacement de
reliques, on procédait à de nouvelles constructions pour
donner à ce joyau qu'étaient les reliques l'écrin qu'elles
méritaient.
Nous pensons que, en vue de ces transferts et célébrations
de reliques, beaucoup de cryptes ont été construites.
Jusqu'à présent, nous avions envisagé que ces transferts de
reliques pouvaient remonter au Xesiècle.
L'inscription nous apprend que la pratique existait déjà au
début du IXesiècle.
Essayons à présent d'évaluer la datation
de l'église de Ferentino par son style d'architecture :
Il s'agit d'une église à nef à trois vaisseaux. Les trois
vaisseaux sont charpentés.
Les piliers porteurs du vaisseau central auraient été, selon
Mme Romano, alternativement rectangulaires (de type R0000)
et cylindriques (de type C0000).
Les arcs reliant ces piliers sont simples. Nous estimons
cette forme de construction antérieure à l'an 800.
À cela s'ajoute l'absence de transept (à partir du IXesiècle,
toutes les églises un tant soit peu importantes devaient
être dotées de transepts) et le décor des archivoltes des
portes (images 7, 8, 9
: décor plus apparenté à des modèles romains qu'à des
modèles romans).
Datation
envisagée pour la cathédrale
Saint-Jean-et-Saint-Paul de Ferentino : an 750 avec un écart
de 150 ans.