La cathédrale du Saint Sépulcre d'Acquapendente
Avant l’étude
de la cathédrale du Saint Sépulcre d'Acquapendente,
nous allons commencer la page par un paragraphe introductif
à l’étude des monuments du Latium.
Introduction
à l'étude des monuments du Latium
La documentation sur les églises d'Italie est relativement
rare sur internet. Y compris en ce qui concerne les sites
écrits en italien. Cependant, en ce qui concerne le Latium,
nous nous sommes inspirés du Livre « Rome
et Latium romans » de la Collection Zodiaque.
Ce livre a été coécrit par Enrico Parlato, Maître de
Recherches à l'Université de la Tuscia à Viterbe, et Serena
Romano, Directeur du Cabinetto Fotografico Nazionale
dell'Institute Centrale per il Catalogo à Rome.
La principale remarque que nous pouvons faire au sujet des
explications fournies par ce livre est donnée ci-dessous.
Mais auparavant, remarquons que la définition que l'on donne
de l'art roman est « l'art hérité des romains qui s'est
développé en Europe durant le onzième et le douzième siècle
». Cette définition est celle qui a été adoptée en ce qui
concerne la France. Mais elle semble commune à l'ensemble
des pays européens.
Même si notre site actuel remet en question beaucoup d'idées
reçues - nous estimons en effet qu'un grand nombre
d'édifices dits « romans » sont en fait « préromans » - nous
pensons qu'au cours du onzième et du douzième siècle, il y a
eu création d'une véritable forme architecturale nouvelle
avec voûtement des vaisseaux des églises. Il y a bien eu au
cours de cette période un « art roman » très caractéristique
et parfaitement identifiable, différent de l'art romain et
des arts qui ont suivi : gothique, renaissance ou baroque.
Mais ce, pour la France, l'Espagne, l'Allemagne. Pour
l'Italie, c'est tout différent. Nous avons déjà eu
l'occasion de le réaliser dans les pages précédentes
concernant principalement les régions Sud de la Péninsule :
la Basilicate, la Calabre, la Campanie ; l'art « roman
» - analogue à celui que l'on voit en France - y est peu
représenté. Et toutes les églises semblent s'inspirer du
modèle classique de l'architecture romaine des premiers
siècles (vaisseaux charpentés, colonnes monolithes,
chapiteaux corinthiens). Le Latium ne déroge pas à la règle.
Il semble même l'amplifier.
Dans ce contexte, comment arriver à identifier et à dater
les églises ? Les images que nous avons recueillies sur
Internet montrent la difficulté de l'opération. Car beaucoup
d'édifices dits «romans» ont été entièrement réaménagés à
l'époque baroque et toute trace d'ancienneté a disparu sous
un décor surchargé.
Mais alors, comment expliquer que Enrico Parlato et Serena
Romano, soient, quant à eux, arrivés à identifier
l'ancienneté de ces bâtiments ? Nous pensons qu'ils ont fait
comme la plupart des historiens de l'art du Moyen-Âge. Ils
se sont fiés aux textes signalant l'existence de ces
édifices. Comme les plus anciens de ces textes ne sont pas
en général antérieurs à l'an mille et qu'il en existe
antérieurs à l'an 1200, ces édifices ont été considérés
comme « romans ». Même si l'archaïsme de l'architecture peut
faire envisager un édifice préroman ou si sa hardiesse
implique une reconstruction totale à l'époque baroque.
Le lecteur familier de notre site connaît notre démarche. Si
vous êtes un visiteur occasionnel, voici une explication de
celle-ci. La plupart des chercheurs en histoire de
l'architecture et de l'art au Moyen-Âge sont des savants
locaux passionnés par l'étude d 'un seul monument, « leur
église », et y concentrent le maximum de leurs efforts à la
recherche du maximum de renseignements, d'une présentation
soignée (meilleurs plans, meilleures photographies) et de
soutiens à la réalisation. Nous avons adopté une démarche
quasi inverse. Le thème que nous étudions est immense : le
Premier Millénaire en Europe. Notre étude est superficielle
: nous consacrons au maximum une heure à une visite de
monument, le temps de prendre plus de 50 photos que nous
étudions ultérieurement. Mais aussi superficielle soit-elle,
cette pratique nous permet d'effectuer des comparaisons
inattendues. La solution a un problème rencontré dans une
édifice peut avoir été trouvée dans un autre édifice situé à
plus de mille kilomètres. De plus, l'examen de plus d'un
millier d'édifices permet d'avoir une vue d'ensemble et d'en
déduire les innovations successives ayant modifié le plan
initial (voûtement, transept, chevet).
D'une façon générale, les arts du Bas Moyen-Âge (art roman,
art gothique) sont peu présents en Italie. Par contre les
arts postérieurs à ce Moyen-Âge : art de la Renaissance, art
Classique, art Baroque, sont abondants.
De nombreuses églises de l'Antiquité ou du Haut Moyen-Âge
ont été réédifiées à partir de la Renaissance. Pour chacune
d'entre elles, la difficulté que nous rencontrons est le
sens à donner au mot « réédifiées ». En effet, pour
certaines, la réédification est une totale reconstruction :
c'est le cas de Saint-Pierre de Rome. Pour d'autres, la
reconstruction est aussi totale, mais en essayant d'imiter
les plans des basiliques anciennes avec des matériaux et des
décors modernes. Pour d'autres encore, il y a conservation
de parties anciennes. Pour les dernières, celles qui nous
intéressent le plus, l'essentiel de la partie ancienne est
conservé sous les enduits ou peintures d'un décor baroque.
À cela il faut ajouter que le Sud de l'Italie est
particulièrement affecté par les tremblements de terre. La
réaction naturelle de nombreuses personnes ayant subi un tel
choc est de reconstruire les bâtiments emblématiques à
l'identique de ceux qui ont été détruits (mais avec des
techniques mieux adaptées à la situation). C'est en tout cas
le comportement qu'on observe après l'incendie de Notre-Dame
de Paris.
Nous ne reviendrons pas sur ces questions dans les pages
suivantes concernant le Latium.
La
cathédrale du Saint Sépulcre d'Acquapendente
Ce monument a fait l'objet d'une monographie succincte
écrite par Enrico Parlato dans le livre « Rome
et Latium romans » de la Collection Zodiaque.
Nous en citons des extraits : « Les
premiers renseignements écrits remontent au XIesiècle,
époque à laquelle on parle expressément d'une église
dédiée au Saint Sépulcre, consacrée en 1149 par les soins
d'Eugène III ... L'ensemble a été gravement endommagé
pendant la dernière guerre ... Les explosions provoquèrent
l'écroulement de la nef latérale de gauche, menacèrent
l'équilibre de tout le corps longitudinal du bâtiment mais
épargnèrent la crypte. Les restaurations qui ont eu lieu à
la fin des années 40 ontt révélé les structures médiévales
présentes dans le corps même de la nef, mettant en
évidence, entre autres, une série d'irrégularités dans la
structure que masquaient les interventions baroques : dans
la nef, la colonnade de gauche se composait de 4 piliers
mais celle de droite de trois, et il n'y avait pas de
parallélisme entre les deux rangées, signe d'une
progression discontinue de la construction. »
Ces quelques phrases appellent quelques commentaires de
notre part. D'une part, de nombreux historiens de l'art
associent la construction d'une église à la consécration
d'un autel de cette église. Un peu comme si la consécration
était une sorte de « pendaison
de crémaillère » d'un bâtiment neuf. En fait, les occasions
d'effectuer des consécrations étaient nombreuses et pas
forcément attachées à la construction d'un bâtiment.
D'ailleurs, dans le cas présent, l'auteur n'effectue pas un
tel rapprochement. Qu'il serait difficile d'admettre puisque
l'église est citée au XIesiècle. Soit un siècle
avant la consécration de 1149. Autre commentaire : l'auteur
confirme ce que nous avons dit auparavant; des «
interventions baroques » ont pu cacher des irrégularités de
structure de constructions précédentes. Enfin, il est un
point sur lequel nous émettons des réserves : lorsque
l'auteur parle « d'une
progression discontinue de la construction ». Ce
qui laisse entendre que concernant cette nef à trois
vaisseaux, il aurait pu y avoir la démarche suivante : on
construit d'abord le vaisseau central. Pui on agrandit la
nef en construisant un collatéral. Puis l'autre collatéral.
Nous n'avons pas visité cette église, mais au vu de ce que
nous connaissons des autres églises, nous estimons que
l'architecte de la construction initiale a voulu un édifice
parfait. D'emblée, il a construit une nef à 3 vaisseaux
parfaitement symétrique, les colonnades de gauche et de
droite étant identiques. Mais au cours du temps, l'édifice a
été endommagé. Et il a fallu remplacer une colonnade.
Les images ci-dessous permettent de se faire une idée de
cette église : une façade Ouest baroque (image
1), un chevet un peu surprenant (l'abside primitive
a été encadrée pas deux autres absides nettement plus
grandes : image 2),
une crypte qui semble dater du XIesiècle,
construite à l'intérieur d'une basilique plus ancienne
(images 4, 5 et 6
).
Datation
envisagée pour la cathédrale du Saint Sépulcre
d'Acquapendente : an 850 avec un écart de 200 ans.