Le Tempietto de Cividale del Friuli
Nous n'avons pas visité cette église.
Les images ci-dessous sont extraites d'Internet.
Voici quelques informations données par la page du site
Internet Wikipedia consacrée à la ville de Cividale del
Friuli et à son histoire :
« Antiquité : C’est la romaine Forum
Julii. Vers 50 av. J.-C., Jules César, proconsul de Gaute
Cisalpine, y établit un centre de commerce, un forum,
devenu plus tard un municipe rattaché à la tribu Scaptia,
qui faisait partie de la Xerégion
d'Italie. Le lien entre César et cette terre est souligné
par le fait que le nom du Frioul dérive justement de Forum
Iulii ou forum de César, l'actuelle Cividale del Friuli.
Haut Moyen Âge :
Au Ve siècle, après la destruction d'Aquilée
de la part des Huns, puis celle de Zuglio de la part des
Avars au VIe siècle, Cividale s’agrandit en
nombre d’habitants et d’importance stratégique. Les
Lombards arrivèrent en 568, et Cividale fut la capitale du
premier duché lombard d’Italie avec Gisulf, neveu de
Alboïn. En cette époque, le nom devient Civitas, la cité
par excellence, qui deviendra ensuite Cividale. En 610,
Cividale est pillée et incendiée par les Avars du khagan
Bayan qui, après avoir battu et tué le duc Gisulf II,
s'empare de Romilda, femme du duc.
Détruite par les Avars,
elle restera un important centre connu sous le nom de
Civitas Forumiuliana, pour devenir ensuite un centre
militaire et politique de la Vénétie.
Durant le règne du roi lombard Liutprand, elle devient en
737, diocèse, et caput Venetiae, héréditaire de Aquilée.
Callisto, patriarche d'Aquilée, arrive dans la cité pour
fuir les incursions byzantines, suivi de l’archevêque de
Zuglio. Le siège du Patriarcat d’Aquilée y restera même
après le départ des Lombards.
En 769, s’y tînt le
concile qui reconfirma l'indissolubilité du mariage. Sous
les Francs, Cividale fut le chef-lieu d'un duché. Le duc
du Frioul, Bérenger I er de Frioul, devint roi
d'Italie (888-924) et puis empereur en 915. Selon la Gesta
Hungarorum, les Magyars s'emparèrent de la ville au début
du Xe siècle. À partir du IXe
siècle, la cité prit le nom de Civitas Austriae, d’où
dérive son nom actuel. En 1077, le Patriarcat reçut
l'investiture impériale... »
Concernant le monument lui-même, l'encyclopédie en ligne
Wikipedia ne nous donne pas d'autre information. Ce qui est
un peu surprenant compte tenu de l'importance qui lui est
attachée par les spécialistes du premier millénaire. Ainsi
dans son livre « Haut Moyen-Âge »,
Office du Livre Fribourg, André Corboz le cite parmi les 14
monuments les plus représentatifs d'Europe pour cette
période.
Ce monument est connu sous le
nom de « Tempietto
Longobardo : Temple lombard
». Il est ainsi dédicacé «
Santa
Maria in Valle
». Selon André Corboz : « La date, les
sources, l'état primitif et la signification de cette
oeuvre exceptionnelle sont encore loin de faire
l'unanimité; presque tous ses aspects constituent encore
des problèmes ouverts.
Faute de documents, cet édifice se présente comme l'un des
plus difficiles à identifier. 730 et 660 semblent être les
dates extrèmes, la majorité des archéologues penchant
plutôt pour la fin du VIIIesiècle ; le
Tempietto a été tour à tour comparé à tous les bâtiments
qui, de l'aube du christianisme oriental au Xesiècle
européen, présentent une salle à trois absides, sans qu'il
soit sorti de grandes lumières de cette confrontation ; si
l'on veut à tout prix faire entrer Santa Maria in Valle
dans un groupe, c'est encore celui des Alpes, dont Müstair
est le plus représentatif, qui convient le mieux...
Mais de nombreux traits renvoient aux usages ravennates et
paléochrétiens. Ainsi, l'hypothèse d'un bâtiment d'abord
couvert en charpente a été abandonnée lorsqu'on a observé
que la technique de la voûte, faite de briques noyées dans
du ciment, était encore romaine. Le fait, joint à la quasi
certitude d'un revêtement de plaques de marbre au bas des
parois internes, incite à penser que le pavement en opus
sectile est original ; des fragments de mosaïque ont
également été retrouvés.
L'ensemble de ces indices
corrobore l'interprétation spatiale ; on perçoit encore à
Cividale une architecture d'esprit paléochrétien, dont la
survivance s'exprime dans un espace non articulé, où la
lumière entrait à l'origine par cing grandes baies et
trois petites. La chapelle aurait eu une destination
funéraire. Ses stucs sans pareils, merveilleusement
conservés, et ses fresques, sont postérieurs, peut-être de
peu (bien que certains auteurs les datent du XIesiècle).
«
Ce texte d'André Corboz appelle à
certains commentaires. Le premier d'entre eux est le suivant
: «
Comment ont fait les archéologues pour arriver à dater ce
monument entre 770 et 880 ? «.
Cette question mériterait d'autant plus une réponse que, par
la suite, André Corboz parle d'influences romaine, ravennate
et paléochrétienne, toutes informations qui, pour la plupart
des historiens, renvoient au IVesiècle, soit
plus de 400 ans avant : la construction supposée de cet
édifice.
Mais étudions cet édifice. Comme le dit André Corboz, son
plan est peu commun. Nous pensons cependant qu'il
s'apparente à celui très fréquent des églises à chevet
carré. La seule grande différence avec ce type d'église,
c'est que le sanctuaire est divisé en trois parties, trois
vaisseaux identiques couverts d'une voûte en plein cintre.
Quelle est la raison de ce partage en trois du sanctuaire ?
Évocation de la Trinité ?
Les images 11 et 12 représentent
des saintes, reconnaissables à leurs auréoles. À remarquer
que les deux groupes de trois saintes sont presque
symétriques. Sur l'image
11, on
peut voir de gauche à droite deux dames richement vêtues
portant dans une main une couronne ou un diadème et dans
l'autre un crucifix. Puis une dame voilée
(une religieuse ?) semblant désigner la baie (ou plutôt
quelque chose placé dans cette baie) située à sa droite. À
noter que sur un arc de la chapelle archiépiscopale de
Ravenne (estimée du IVesiècle, peut-être à
tort), on retrouve des portraits de trois saintes : deux
dames de la haute société et une religieuse. avec des
vêtements comparables à ceux de Cividale. Autre vêtement
comparable : la robe de l'impératrice Théodora sur une
mosaïque de Saint Vital de Ravenne (première moitié du
VIesiècle). Comme on le voit, ces comparaisons
font apparaître des contradictions. D'une part, un édifice
estimé aux alentours de l'an 800. D'autre part, des décors
proches de modèles bien antérieurs à l'an 800. Mais il y a
plus ! Car les images font apparaître des détails non
signalés auparavant ; des détails qui permettent de prouver
que cet édifice a pu subir une évolution au cours du temps.
En conséquence, attribuer une date fixe entre 730 et 880
revient à nier cette évolution. Mais voyons cela de plus
près.
Considérons l'image 9.
On y voit sur le mur du fond une grande archivolte
surmontant la porte d'entrée. Cette archivolte est ornée
d'une frise en stuc formée de plusieurs volutes dont l'une
présente un décor de pampres de vigne, symbole de l'arbre de
vie. De part et d'autre de cette archivolte, on devine des
fresques passablement dégradées. Ces fresques sont situées
dans un cadre rigoureusement tracé par des lignes
horizontales et verticales. Mais ces lignes - et en
conséquence le cadre d'ensemble - sont brutalement
interrompues par les volutes de l'archivolte. On en déduit
que les volutes de l'archivolte ont été posées sur les
fresques... qui seraient donc antérieures au décor en stuc.
On retrouve une anomalie de superposition analogue à la
précédente sur l'image 8. Observons la partie
supérieure de cette image concernant la scène des six dames
disposées de part et d'autre d'une fenêtre. Cette scène est
située dans un cadre quasi rectangulaire. La partie
inférieure est formée d'une frise horizontale de fleurs à
huit pétales (ou d'étoiles à huit branches). On constate que
cette frise se poursuit sur les murs latéraux. Cette frise à
étoiles est reproduite au-dessus de la tête des saintes.
Mais cette fois-ci, la frise est interrompue par l'arc de
retombée de la voûte d'arêtes (images
8, 9 et 12). On peut donc raisonnablement
envisager que cette voûte d'arêtes est postérieure à la
frise. Il y aurait donc eu, au vu de cette seule image
8, au
moins trois opérations successives importantes sur ce mur
Ouest. Il est difficile d'imaginer que ces trois opérations
aient pu s'effectuer en un siècle et demi seulement. Nous
pensons d'ailleurs que la voûte d'arête est relativement
tardive (Xe ou
XIesiècle). Concernant les statues en stuc
des saintes, nous les estimons antérieures à l'an 800 (an
600 avec un écart supérieur à 200 ans).
Existe-t-il d'autres images à commenter dans ce mystérieux
édifice ? Prenons l'image
5. On y
voit une longue poutre horizontale décorée de fleurs de lys
barrant l'ensemble de l'image. Cette poutre est posée sur
deux colonnes encadrant l'entrée du sanctuaire. De part et
d'autre de ces deux poutres, deux plaques en marbre posées
verticalement font office de chancel. Il est manifeste que
ce chancel est postérieur à la construction de la colonnade
créant les trois absides. Cette colonnade à trois absides
pourrait être la partie la plus ancienne de l'édifice,
peut-être romaine. En effet, cette colonnade fait penser aux
colonnades des nefs triples à colonnes monolithes décrites
dans ce site à un certain nombre de reprises. Sauf que pour
ces nefs, les piliers sont reliés entre eux par des arcs et
non comme ici par des linteaux, ou des architraves (images 6 et 7). Nous
pensons que l'architrave précède l'arc dans l'architecture
antique.
Un petit musée est attenant au
Tempietto. Il renferme des pièces intéressantes. Mais nous
ne sommes pas certains qu’elles y étaient installées à
l'origine.
Le baptistère de Calliste (image
14) est construit à partir de plaques de marbres.
Sur l'image 16, on
devine les symboles des évangélistes Luc (le taureau) et
Jean (l'aigle). Toujours sur l'image
14, on
peut voir sur les murs d'autres plaques de marbre, restes
probables d'un chancel. Ces plaques sont décorées
d'entrelacs, de rosaces, de fleurs de lys.
L'autel du duc Ratchis (en premier plan sur l'image
14) met en scène sur la face avant l'Assomption
de la Vierge et sur les faces latérales, la Visitation et
l'Adoration des Mages (image
15). La facture apparaît naïve.Nous ne sommes pas
pour autant certains que cette belle œuvre soit antérieure
aux statues de saintes. En tout cas, le fait que les mages
ne soient pas couronnés (pas encore des rois-mages) fait
envisager une datation ancienne (an 650 avec un écart de 200
ans).
Un arbre de vie et des pampres de vigne sont représentés sur
les portes de chancel de l'image
17 (an 800 avec un écart de 150 ans).
Les fresques de l'image 18
seraient quant à elles plus récentes (XIIIe- XIVesiècle).
Datation envisagée
pour le Tempietto de Cividale del Friuli, pour l’œuvre
estimée la plus ancienne : an 450 avec un écart de 150 ans.