La cathédrale Santa Maria Assunta de Piacenza  

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Nous n'avons pas visité cette église. Les images ci-dessous sont extraites d'Internet.

Par ailleurs, nous n'avons que très peu d'informations sur les monuments de cette ville. Et ce, par comparaison avec les deux autres villes voisines, Parme et Modène. Certes, ces deux villes ont, semble-t-il, un patrimoine plus riche que la ville de Piacenza. Mais les quelques images que nous avons récoltées sur la cathédrale de Piacenza font apparaître que le patrimoine de celle-ci n'a pas été suffisamment mis en valeur. Mais étudions de plus près ces images.

Images 1 et 2 : La façade Ouest. Elle témoigne à la fois d'un mélange de richesse et de sobriété. La richesse, elle se manifeste dans le choix d'un matériau noble, le marbre et dans la finesse des sculptures. La sobriété, quant a elle, dans le choix de laisser des pans entiers de surfaces entièrement vides de toute ornementation. On a parfois pu dire que l'art roman avait horreur de vide, que dans l'art roman toute portion de surface devait être pourvue d'un décor : colonnade, sculpture, mosaïque, fresque. Et c'est bien vrai en ce qui concerne d'autres pays comme la France. Mais ce n'est pas le cas ici. cette façade n'apparaît pas a priori comme romane. Ni d'ailleurs, comme gothique. C'est un art de transition essentiellement italien.

À l'origine des façades Ouest des églises, il y a le modèle typique de la façade héritée de celle des basiliques romaines. Une façade qui reproduit le plan en coupe verticale d'une nef de basilique : une surface divisée en trois parties : une partie centrale à pignon à deux pentes ; cette partie centrale est encadrée par deux parties latérales moins hautes qu'elle.

En rez-de-chaussée, trois portes au milieu de chaque partie. Celle du milieu étant plus haute que les deux autres. Au-dessus de chaque porte, une fenêtre.

La façade que l'on a ici a été plaquée sur la façade primitive mais on retrouve des traits caractéristiques de cette façade primitive.

Des porches protègent chacune des portes. Ces porches sont portés par des colonnes très fines, elles-mêmes soutenues par des atlantes ou des lions couchés. Au-dessus de chacun des porches, on trouve une loggia. En ce qui concerne les deux loggia extrêmes, on ne voit pas quel en est l'intérêt pratique : elles sont dépourvues de portes et donc inaccessibles de l'intérieur.

Image 3 : La colonne du porche est soutenue par un atlante porté par un hybride (un dragon ?).

Image 4 : La colonne est portée par un lion « stylophore ». Quels sont les symboles attachés à ces représentations d'atlantes ou de lions couchés ? Si toutefois elles ont une signification autre qu'esthétique. La réponse nous semble difficile.

Image 5 : Linteau du portail de la vie de la Vierge Marie. De gauche à droite : l'Annonciation, la Visitation, la Nativité (sous deux arcs), l'Annonce aux bergers,  l'Adoration des Mages (sous deux arcs).

Image 6. Détail de l'image précédente : la Nativité, l'Annonce aux bergers, l'Adoration des Mages.


Image 7 : Linteau d'un autre portail. Ce linteau présente des scènes de la Vie de Jésus. On reconnaît entre autres le miracle de l'eau changée en vin à Cana, la guérison de l'aveugle né, le reniement de Pierre, la Résurrection de Lazare.

Nous pensons que les représentations historiées « réalistes » relatant des épisodes de vies de saints ou de la Vie de Jésus apparaissent tardivement dans l'art roman et se poursuivent dans l'art gothique. C'est donc le cas pour ces sculptures de linteaux (images 5, 6, 7). On en déduit la datation : an 1150 avec un écart de 100 ans. On en arrive à une datation analogue pour les sculptures des supports de colonne qui elles, ne sont pas des images réalistes mais symboliques (images 3 et 4).

Image 8 : La façade Sud.

Image 9 : La nef et le transept vus du Sud-Ouest. Remarquer les arcatures lombardes sur la nef et le transept (arcatures de troisième génération ?).

Image 10 : Le chevet.

Images 11 et 12 : Vues intérieures de la nef.


Ces images sont celles d'une nef à trois vaisseaux. Les piliers qui supportent le vaisseau central sont cylindriques. Les arcs reliant les piliers sont en plein cintre et doubles. Le vaisseau central est voûté en croisée d'ogives (voûtes sexpartites).

Nous relevons deux anomalies. La première est ce que l'on pourrait appeler une faute de goût esthétique Elle se situe à la jonction entre la retombée des arcs et le sommet des piliers. La section du sommet des piliers est circulaire. À la retombée des arcs, la section est à peu près rectangulaire. Il y a là discontinuité dans le passage d'une forme à une autre. On pourrait nous dire que ce n'est pas un problème : il suffit que ça marche ! Nous pensons que le problème vient du fait que l'art roman n'accepte pas la discontinuité : dans un chapiteau roman, il y a un passage continu d'une forme circulaire ou demi-circulaire à une forme rectangulaire. Il nous faut envisager que, à l'origine, les piliers n'étaient peut-être pas cylindriques. Ou ils étaient cylindriques de plus petit diamètre. Par la suite, ces piliers trop graciles auraient été renforces pour obtenir les piliers actuels.

L'autre anomalie concerne aussi les piliers. On constate que les voûtes sexpartites recouvrent deux travées consécutives. Aux quatre angles du rectangle formé par ces deux travées, les ogives reposent sur des chapiteaux qui eux-mêmes sont portés par des colonnes demi-cylindriques adossées aux piliers. On constate que ces demi- colonnes ne reposent pas sur le chapiteau du pilier, mais le traversent pour descendre jusqu'au sol. D'où l'idée que, à l'origine, les voûtes sur croisée d'ogives n'existaient pas. Elles auraient été construites après.

Image 13 : Vue intérieure du transept.

Image 14 : Fresque d'une abside (XIXesiècle ?).

Image 15 : Chapiteau d'un pilier cylindrique de la nef. Le décor est fait d'entrelacs et d'hybrides.


Datation envisagée pour la cathédrale Santa Maria Assunta de Piacenza : an 1100 avec un écart de 150 ans.