La cathédrale de l'Assomption de la Vierge Marie de Parme
Nous avons effectué une visite rapide de
ce monument en octobre 2009 et la majorité des images de
cette page ont été réalisées lors de cette visite.
La page du site Internet Wikipedia consacrée à cet édifice
nous apprend ceci :
«
Histoire :
La construction de l'édifice a commencé en 1059 à
l'initiative de l'évêque Cadalo, qui sera par la suite
antipape sous le nom d'Honorius II et a été consacrée par
Pascal II en 1116.
La nouvelle église a été lourdement endommagée par un
tremblement de terre en 1117 et a dû être restaurée.
Du bâtiment originel, il reste probablement une partie du
presbytère, le transept, le chœur, les absides et quelques
fragments de sculpture. La large façade fut achevée en
1178 : elle comporte trois étages, une loggia et trois
portails, dont les portes ont été sculptées par Luchino
Bianchino en 1494. Le beffroi gothique a été ajouté entre
1284 et 1294. »
À titre de comparaison, la page du même site Wikipedia
consacrée à la cathédrale de Modène donne beaucoup plus de
renseignements.
Nous sommes toujours très réservés en ce qui concerne les
datations effectuées à partir des textes écrits. Nous avons
en effet constaté à de nombreuses reprises que, si les dates
étaient en général correctes, les actes signalés lors de ces
dates ne correspondaient pas à l'interprétation qui leur
était donnée à l'heure actuelle. Ainsi, l'acte de fondation
d'une communauté était cité comme date de construction de
l'église de cette communauté, l'acte de consécration d'un
autel était celui d'achèvement des travaux de l'église. Bien
sûr, de telles correspondances sont envisageables. Mais
l'absence de correspondance est tout aussi envisageable. Et
en tout cas, le discours qui devrait être véhiculé après la
lecture de ces textes originaux devait être celui du doute
et du questionnement plutôt que celui de l'affirmation
brutale comme celle donnée ci-dessus : « La
construction de l'édifice a commencé en 1059 ». Il
est certes possible que l'auteur de cette affirmation puisse
produire un texte daté de l'an 1059, ou peu après,
certifiant que la première pierre de cette cathédrale a été
posée en l'an 1059, à un emplacement vide de toute autre
construction. Le même texte donnant le plan de l'édifice à
construire, ainsi que le temps prévu pour la réalisation de
ce projet. Notre expérience en la matière nous conduit à
dire que la probabilité qu'un tel texte existe (pour le XIesiècle)
est infime, quasi nulle. Par contre, la probabilité que le
texte authentique signalant la date de 1059 ait disparu est
nettement plus importante.
Nous allons à présent étudier cet édifice en examinant
successivement ses images.
Image
1 : Vue de l'ensemble épiscopal avec de gauche à
droite : la cathédrale, le campanile et le baptistère. Le
baptistère sera étudié dans la page suivante. Les images
suivantes concernent la cathédrale. Parlons rapidement du
campanile. Il est décoré d'arcature lombardes disposées sur
5 étages. Cependant, ces étages concernent l'extérieur. Il
est possible qu'il y ait plus d'étages à l'intérieur.
Concernant les arcatures lombardes, nous avons auparavant eu
l'occasion de signaler l'existence d'au moins deux
générations d'arcatures lombardes. Nous sommes ici en
présence d'une troisième génération : arcatures à arcs
brisés. Datation envisagée : an 1250 avec un écart de 100
ans. À remarquer que la date 1284-1294 donnée par Wikipedia
entre bien dans le cadre de cette estimation.
Image 2 : La
façade Ouest.
Image 3 : Le
porche de la façade Ouest soutenu par des lions «
stylophores » (mot que nous ne connaissions pas).
Image 4 :
Archivolte du porche de la façade Ouest.
Image 5 : Détail
de l'archivolte du porche de la façade Ouest. Les travaux
des mois (mois d'hiver : on coupe du bois, on tue le cochon,
on fête les rois).
Image 6 : Détail
du portail de la façade Ouest. Le linteau (ou architrave).
Sont représentées sue cette image et les suivantes, un
ensemble de saynètes qui pourraient être associées à un
culte antique lié aux saisons. Tout comme il y a souvent
association entre le zodiaque et les travaux des mois, ces
scènes pourraient être en corrélation avec les travaux des
mois visibles au-dessus. Sur cette image, on peut voir de
gauche à droite : un animal hybride ayant un corps de lion
avec deux protomés, l'un de lion, l'autre de bouc. La queue
du lion se termine par une tête de serpent. L'animal est
excité (ou attaqué) par un homme tenant une lance. Ce
pourrait être une scène mythologique (Hercule et l'hydre de
Lerne ou le lion de Némée) mais l'hypothèse est bien ténue
et peu convaincante. Nous pensons plutôt à Ésus, dieu
Gaulois tantôt loup, tantôt cerf, changeant de peau à chaque
saison. Ici le lion correspondrait au loup, et le bouc, au
cerf. Plus à droite, apparaît un centaure bandant un arc.
La figure du Centaure est relativement
présente dans l'art roman. S'agit-il bien d'un centaure ? ou
d'un Sagittaire ? La différenciation entre les deux est bien
délicate. Les représentations sont semblables : des hybrides
à corps de cheval et protomé humain tirant à l'arc. Mais
selon nous, le sagittaire est un signe du Zodiaque qui doit
être accompagné de onze autres signes bien identifiés,
différents de ceux que l'on voit sur ces images.
Image 7 : Détail
du portail de la façade Ouest. Le linteau (suite). Le
centaure lance une flèche sur un cerf : image déjà vue à
Serrabone (Pyrénées-Orientales/Occitanie/ France) ; plus
loin un chasseur sonne du cor, tenant en laisse un molosse.
Image 8 : Détail
du portail de la façade Ouest. Le linteau (suite). Un lièvre
opposé à un griffon.
Image 9 : Détail
du portail de la façade Ouest. Le linteau (suite). Un lion
se retounantr encadré par deux serpents. On a ici un trait
caractéristique des sculptures romanes représentant des
lions : la queue passe entre les pattes puis remonte sur le
corps. Plus loin, deux lions adossés qui se réunissent en
une têtre unique située dans l'angle. Ce type de sculpture
est fréquent dans les églises romanes. Enfin un griffon est
affronté à un sphinx.
Ces sculptures sont datables de l'an 1150 avec un écart de
100 ans. Elles sortent donc du cadre de notre étude
consacrée aux œuvres antérieures à l'an 1000. Cependant,
elles forment un tout homogène et peuvent expliquer
l'existence d'autres sculptures plus anciennes. Ainsi, par
exemple, nous avons montré que la scène du centaure affronté
à un cerf avait déjà été rencontrée à Serrabone. Mais cette
scène se trouvait isolée sur un chapiteau. Le fait qu'elle
soit ici associée à d'autres scènes peut permettre de
fournir des éléments d'explication.
L'image 10 est
celle d'un lion « stylophore » dominant un serpent.
Image 11 : Détail
de l'image 10. Deux salamandres
entrelacées, à corps de lézard et tête d'aigle, font le lien
entre le lion et la colonne. Nous ne comprenons pas le sens
de ces scènes.
Image 12 : Autre
portail (non identifié).
Rectificatif
: Nous avons ajouté par erreur ce portail à la cathédrale de
Parme. En fait, c'est un portail du baptistère situé tout à
côté. Il est appelé « Portail de la Vie ».
Image
13 : Tympan du portail précédent. Les sculptures
nous semblent nettement postérieures à la période romane.
Peut-être du XIVesiècle, voire même plus
tardives. Elles témoignent d'une période durant laquelle les
idées nouvelles sur la cosmologie commençaient à apparaître
et suscitaient une contre-réaction : l'affirmation que les
théories cosmiques anciennes avaient tout leur sens. Nous
avons ici l'exposé de toutes ces affirmations. Au centre, la
représentation de l'arbre cosmique avec le dragon (ou drac),
cheval solaire des nordiques. À gauche et au dessus, le
soleil, reconnaissable à ses rayons, avec son animal
préféré, sont dans une sorte de bateau (symbole du
zodiaque). Au-dessous, un char solaire tiré par des chevaux.
À droite et au-dessus, la lune, reconnaissable à ses cornes,
avec son chien. Tous deux sont installés dans le zodiaque.
En dessous, le char lunaire tiré par des taureaux. Les
croyances entre la personnification du soleil et de la lune,
ainsi que leurs transports par des chars, ont longtemps
persisté. Ainsi, dans sa pièce du Songe
d'une nuit d'été, Shakespeare décrit la
personnification de la lune « avec son chien, sa lanterne et
son fagot d’épines ». Certes, c'est pour s'en moquer mais
cela signifie que cette croyance avait cours à son époque.
La page du site Internet Wikipedia consacrée au baptistère
de Parme nous apprend ceci concernant la partie centrale du
tympan :
« Le
portail de la vie » :
« Au centre du tympan,
est représenté un épisode de la légende de la vie de
Barlaam et Josaphat. Aussi loin que l’on puisse remonter,
il semble que ce soit une légende d’origine bouddhique
largement diffusée : il en existe une version musulmane et
une adaptation chrétienne très populaire au Moyen Âge,
dans laquelle les deux personnages sont considérés comme
des saints. La légende veut qu'Avennir, un roi de l’Inde,
persécutait les chrétiens de son royaume. À la faveur de
la naissance de Josaphat, son fils, les astrologues lui
annoncèrent que celui-ci, un jour, embrasserait la
religion chrétienne. Le roi décide alors d’isoler Josaphat
de toute relation susceptible de le mettre en contact avec
cette religion. Malgré ces précautions, Josaphat rencontre
Barlaam, un ermite qui le convertit et le baptise. Le roi
tente en vain de convaincre son fils d’abandonner cette
doctrine, mais à la fin, le roi lui-même se convertit. Sur
le tympan, on peut voir un arbre avec un personnage sur
ses hautes branches, une ruche est placée un peu au-dessus
dans la ramure. Deux rats sont affairés au pied de
l’arbre, un dragon gueule ouverte est tourné vers l’homme.
Cette représentation se réfère à un épisode de la légende
où Barlaam instruit Josaphat des préceptes de la religion
en usant de métaphores ; voici ce passage de la légende,
que nous empruntons à la traduction mise en ligne par
l’abbaye Saint Benoît de Port-Valais :
“Ceux, disait-il, qui convoitent les délectations
corporelles et qui laissent mourir leur âme de faim,
ressemblent à un homme qui s'enfuirait au plus vite devant
une licorne qui va le dévorer, et qui tombe dans un abîme
profond. Or, en tombant, il a saisi avec les mains un
arbrisseau et il a posé les pieds sur un endroit glissant
et friable ; il voit deux rats, l’un blanc et l’autre
noir, occupés à ronger sans cesse la racine de l’arbuste
qu'il a saisi, et bientôt ils l’auront coupée. Au fond du
gouffre, il aperçoit un dragon terrible vomissant des
flammes et ouvrant la gueule pour le dévorer ; sur la
place où il a mis les pieds, il distingue quatre aspics
qui montrent la tête. Mais, en levant les yeux, il voit un
peu de miel qui coule des branches de cet arbuste ; alors
il oublie le danger auquel il se trouve exposé, et se
livre tout entier au plaisir de goûter ce peu de miel. La
licorne est la figure de la mort, qui poursuit l’homme
sans cesse et qui aspire à le prendre ; l’abîme, c'est le
monde avec tous ses maux dont il est plein. L'arbuste,
c'est la vie de chacun qui est rongée sans cesse par
toutes les heures du jour et de la nuit, comme par un rat
blanc et un noir, et qui va être coupée. La place où sont
les quatre aspics, c'est le corps composé de quatre
éléments, dont les désordres amènent la dissolution de ce
corps. Le dragon terrible est la gueule de l’enfer qui
convoite de dévorer tous les hommes. Le miel du rameau,
c'est le plaisir trompeur du monde, par lequel l’homme se
laisse séduire, et qui lui cache absolument le péril qui
l’environne.” »
Il est rare que l'on puisse disposer de l'interprétation de
scènes analogues à celle-ci.
Image 14 : Le transept et le chevet.
Image 15. Détail de
l'image précédente : l'abside principale du chevet.
Image 16. Détail de
l'image 15 :
partie supérieure de l'abside principale du chevet. Dans la
bande supérieure, on voit au-dessous d'un cordon en « dents
d'engrenage » une frise d'arcatures lombardes richement
décorée de lions, de cerfs, de feuilles entrelacées, de
chevaux ailés. Remarquer que certains des arcs situés sous
cette frise sont eux aussi décorés de sculptures sur marbre.
Image 17. Autre
détail de l'image 15 :
partie médiane de l 'abside principale du chevet. Autres
panneaux décorés de sculptures, de dents d'engrenage et de
pierres polychromes.
Image 18. Détail de
l'image précédente : outre des détails de polychromie, on
distingue des lions, un homme, des cerfs, des oiseaux, des
hybrides. Une extraordinaire richesse ... et on n'a pas tout
vu !
Images
19, 20, 21, 22
Ce sont les images de la nef romane.
Il s'agit d'une nef à trois vaisseaux. Les trois vaisseaux
sont voûtés. En ce qui concerne le vaisseau central, il est
voûté sur croisée d'ogives (image
20). Il existe une galerie intermédiaire ou
triforium.
L'analyse des piliers permet d'envisager que, dès l'origine,
les travées étaient regroupées par deux. En effet, on voit
sur l'image 21 que
pour un pilier sur deux, il y a du côté du vaisseau central
et dans la partie inférieure, un chapiteau. Pour l'autre
pilier, il n'y a pas de chapiteau. Pour les piliers ayant un
chapiteau, ce dernier porte une colonne demi-cylindrique
adossée au pilier. Sur les piliers où il n'y a pas de
chapiteau, un pilastre est adossé au pilier, et sur ce
pilastre, une colonne demi-cylindrique est adossée. En
résumé, il y a alternance de piliers de type R1111
(pilier avec chapiteau) et de type R1112
(pilier sans chapiteau). Les arcs reliant ces piliers sont
doubles.
Nous estimons que l'agencement des piliers et d'arcs doubles
que nous avons ici est typiquement roman. La voûte quant à
elle est typiquement gothique. Nous envisageos donc qu'il y
a eu deux périodes de construction. Dans un premier temps,
l'église est charpentée. Les piliers sont en alternance de
type R1111 et R1110. Lorsqu'on décide
de la voûter, on renforce les piliers R1110
en les transformant en piliers R1112,
destinés à porter les chapiteaux porteurs des ogives.
Image 23 : Le
transept et le chœur. Nous ne pouvons rien dire sur ces
parties qui n'ont pas suscité notre attention.
Images 24 et 25 :
la crypte. Peu de choses à dire sur cette crypte qui utilise
des matériaux en remploi.
Images
26, 27 et 28 : Chapiteaux de la crypte. Remarquer
les dimensions différentes.
Images 29, 30, 31 et 32
: Chapiteaux de la nef, partie inférieure. Malgré les
peintures de mauvais goût, on reconnaît des chapiteaux
romans (art roman tardif : an 1150 avec un écart de 50 ans).
Images 33, 34 et 35 :
Chapiteaux de la nef, partie supérieure. Alors que pour l'image 33,
les trois chapiteaux font partie d'un même corps,
pour les images 34 et 35, le tailloir situé
au-dessus du chapiteau unique apparaît comme un rafistolage.
L'image 36 est
celle d'un bas-relief représentant une Crucifixion.
Datation
envisagée pour la nef primitive de la cathédrale de
l'Assomption de la Vierge Marie de Parme : an 1050 avec un
écart de 100 ans.