La piève San Pietro de Gropina
Nous n'avons pas visité cette église. La
plupart des images de cette page sont extraites de galeries
d'Internet.
La page du site Internet Wikipédia consacrée à cette église
nous apprend ceci (extraits) :
« Histoire
La tradition populaire attribue la fondation à la duchesse
de Toscane Mathilde de Canossa, mais il n'existe aucune
source historique à ce sujet. Les fouilles de 1968-1971
ont permis de reconstituer qu'aux Ve-VIe
siècles, existait sur le site un petit temple païen,
transformé plus tard en une petite église avec une seule
salle et une seule abside. D'après les mêmes fouilles, il
est évident qu'au VIIIe siècle, l'église fut
agrandie en longueur et en largeur par les Lombards, et
fut dotée d'une nef latérale droite à côté de la plus
grande nef centrale, toutes deux avec absides. On a
retrouvé des dalles avec des croix pattées gravées, des
dalles funéraires datées de ce siècle, mais surtout des
fragments de plutei (éléments de clôture de chœur)
certainement
datables de cette période. Déjà mentionné en 774, le lieu
de culte est donc très ancien et constitue la seule église
du Haut Moyen-Âge connue dans le Haut Valdarno.
La
chaire qui se trouve encore aujourd'hui dans l'église date
du IXe siècle. La structure actuelle (de
l'église) remonte
aux XIIe-XIIIe siècles, époque à
laquelle elle fut entièrement reconstruite, beaucoup plus
longue, avec trois nefs et une seule abside, bien que non
selon un projet unitaire, comme en témoignent certaines
asymétries bien visibles sur la façade. Le clocher fut
également construit à cette époque, comme le confirme une
inscription en chiffres romains sur l'une de ses pierres
(1233). [...]
Description de l'intérieur
L'intérieur présente un plan basilical sans transept, avec
trois nefs et sept travées et couvert par des fermes en
bois, sauf dans la dernière travée où il y a des voûtes en
croisées d'ogives. L'église est divisée par de simples
piliers cylindriques, à l'exception de deux grands piliers
à base carrée entre les cinquième et sixième travées, par
des arcs en plein cintre et est conclue par une seule
abside semi-circulaire, le schéma le plus répandu dans le
Valdarno florentin.
La
décoration intérieure est particulièrement riche, surtout
dans les chapiteaux, dont le programme iconographique est
une véritable “encyclopédie sacrée” avec une évidente
intention didactique : sont représentés des scènes de
l'Ancien Testament, du Nouveau Testament, des animaux et
des créatures fantastiques avec un symbolisme précis, mais
aussi des épisodes des fables de Phèdre avec une valeur
morale précise.
Un
premier sculpteur, de culture lombarde, exécuta les
chapiteaux de droite de la contre-façade et ceux du fond
de la nef gauche, tandis qu'une main-d'œuvre plus moderne,
d'influence languedocienne, sculpta peu après les quatre
premiers chapiteaux de la nef gauche.
D'un grand intérêt est la chaire, également d'époque
romane, modelée sur la chaire de San Miniato al Monte,
également en raison de la position des sculptures
représentant les évangélistes, et sculptée avec des motifs
géométriques et des figures moralisatrices ou zoomorphes
comme l'acrobate et la sirène à deux queues, symboles du
vice et typiques du XIIe siècle. L'auteur doit
être identifié au même sculpteur qui a exécuté les
chapiteaux de droite. »
Commentaires
sur le texte ci-dessus
Comme nous n'avons pas visité cette église, nous ne sommes
pas sûrs de nous. Néanmoins, nous pensons que les auteurs
réagissent comme la plupart des historiens de l'art du
Moyen-Âge : ils mentionnent les preuves d'existence d'une
église antérieure à l'an mille (textes anciens, fouilles, ou
comme ici, les deux). Mais l'église dans laquelle on pénètre
est postérieure à l'an mille, datant, principalement, du XIIe
siècle : dans le cas présent, « la
structure actuelle (de l'église) remonte
aux XIIe-XIIIe siècles, époque à
laquelle elle fut entièrement reconstruite, ...
». La date est apportée sans preuve objective, sans examen
réel de l'architecture de l'édifice. On nous dira qu'il y en
a eu un comme le montre l'ajout : « non
selon un projet unitaire, comme en témoignent certaines
asymétries bien visibles sur la façade.» . Ceci
signifie que l'église aurait été construite au XIIe-XIIIe
siècle dans un plan asymétrique (on repère cette asymétrie
dans la façade (image 2)
; l'oculus n'est pas placé à la verticale de la fenêtre
géminée. On la repère aussi dans le plan de l'image
5 : les piliers ne sont pas disposés en face les
uns les autres). On s'étonne que les auteurs aient négligé
cette information. Il faut en effet savoir que les
constructeurs d'une première église visent à la perfection
de leur modèle. Et au Moyen-Âge, la perfection s'exprimait
dans la symétrie. Par ailleurs, il faut aussi comprendre que
lorsqu'un projet architectural est lancé, il doit être
achevé du vivant de ses concepteurs, c'est-à-dire au maximum
dix ans après les débuts de la construction. Cela n'empêche
pas qu'il puisse y avoir des constructions ultérieures. Mais
ces nouvelles constructions n'étaient pas normalement
inscrites dans le projet initial. Ce serait plutôt des
réfections ou des réparations.
Imaginons la situation suivante. La nef initiale est à trois
vaisseaux. Le vaisseau central est porté par des piliers.
Pour une raison quelconque (tremblement de terre, mauvaise
qualité des matériaux, il y a un affaiblissement des piliers
Sud porteurs du vaisseau central. On décide de renforcer ces
piliers en plaçant à côté des piliers porteurs de ce mur
d'autres piliers, puis on enlève les premiers piliers. Et en
conséquence, les nouveaux piliers installés côté Sud ne sont
plus en face de ceux situés côté Nord. Une telle opération
justifierait le fait que les chapiteaux situés côté Nord
sont de style différent de ceux situés côté Sud.
Dans les deux pages précédentes, on a insisté sur le fait
que les églises étaient des pièves. C'est-à-dire des églises
de tradition ancienne, relativement importantes au cours du
Haut Moyen-Âge. Et nous avions constaté que ces deux églises
étaient installées dans de tout petits hameaux. C'est aussi
le cas de celle-ci. Nous sommes obligés de noter le
caractère paradoxal de cela, qui, s'il devait se confirmer
pour d'autres églises de Toscane ou d'autres régions
d'Italie, devrait nous inciter à nous poser des questions
sur les raisons de cette anomalie.
Analyse
de l'architecture
Comme nous l'avons laissé entendre précédemment, la
construction de l'église entière aux XIIe ou XIIIe
siècles est sujette à caution. Pour diverses raisons
(vaisseaux non voûtés, absence de transept piliers de type C0000 ou R1010),
nous pensons que cette église est nettement plus ancienne.
Cependant, elle aurait subi de profondes transformations. En
particulier, les murs gouttereaux porteurs du vaisseau
central auraient été, si ce n'est totalement remplacés, du
moins fortement restaurés. Nous voyons cela aux chapiteaux
situés au-dessus des colonnes. Il y aurait eu deux périodes
successives de transformations. Il y aurait eu d'abord
remplacement des colonnes et des chapiteaux côté Sud, avec
des chapiteaux qui, selon nous, datent du premier art roman
(images de 13 à 19).
Puis remplacement, côté Nord (images
de 9 à 12).
Chapiteaux du deuxième art roman (1ère moitié
du XIIe siècle). Thèmes bibliques.
Image 9 : Saint
Pierre représenté avec la clé.
Image 10 : Le
Christ en gloire entouré de la mandorle.
Image 11 : Samson
et le Lion.
Image 12 :
Chapiteau de Samson et le Lion. Sur la face de gauche,
Samson et le Lion. À droite, un prophète.
Chapiteaux du premier art roman (XIe siècle).
Représentations archaïques.
Image 13 : Loup
dominant un agneau. Cet agneau est peut-être l'Agnus Dei.
Image 14 : Même
chapiteau que précédemment. Truie allaitant ses petits.
Peut-être l'image de Rome, terre nourricière ?
Image 15 : Lion à
queue feuillue.
Image 16 : À
chaque angle, un aigle impérial.
Image 17 : Pampres
de vigne et grappes de raisin très stylisées.
Image 18 : Animaux
affrontés.
Image 19 : Scène
énigmatique.
Image
20 : L'ambon (chaire). Il est situé contre un
pilier (portant le chapiteau des aigles impériaux) du
collatéral Sud. Son apparence est archaïque.
Image 21 :
L'ambon, face avant. Au centre, taillé dans une seule
pierre, un lion porte un pupitre sur lequel travaille un
homme. Au dessus de cet homme, un aigle impérial portant un
pupitre. Le panneau de droite est décoré de rouelles. Pour
celui de gauche, le décor est plus fourni. Sont superposées
deux sirènes à deux queues. Celle du dessus est dévorée par
deux dragons. Celle su dessous, visible aussi sur l'image
24, saisit sa queue dans chacune de ses mains.
Image 22 : Partie
inférieure de l'ambon. Celui-ci est porté par des atlantes,
ou, plus exactement, par des orants.
Image 23 :
Personnage aux ailes croisées ; peut-être un archange ?
Datation
envisagée pour la piève San Pietro de Gropina : an
900 avec un écart de 150 ans.