L'église Sant'Adoeno de Bisceglie 

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Nous n'avons pas visité cette église. Les images de cette page sont extraites d'Internet.

Selon des extraits de la page du site Internet Wikipédia consacrée à cette église :

« L’église de Sant’Adoeno, également appelée abbaye de Sant’Adoeno, est une église romane de Biceglie construite au XIe siècle dans le noyau urbain le plus ancien et le plus fortifié, dans la rue Sant’Adoeno.

En janvier 1074, l’évêque de Bisceglie, Dumnello, attribua l’église à de nombreux citoyens, habitants des hameaux de Cirignano, Primignano (Pacciano) et Zappino. Le bâtiment, consacré l’année de la concession, était dédié à la Vierge Marie, à Sant’Adoeno et à Saint Jean l'Évangéliste.

Selon la tradition, l’église a été construite par des soldats, qui voulaient la dédier à saint Adoeno ou saint Audoeno (Saint Ouen), évêque de Rouen au VIIe siècle et leur protecteur. Une petite relique du saint, venant de Normandie, est conservée à l’intérieur de l’église.

Les événements historiques et architecturaux de ce temple sont restés peu explorés au fil du temps. Cependant, ces dernières années, également grâce à la réorganisation des archives du chapitre, il a été possible de reconstituer l’histoire de l’église avec une rigueur historique et philologique. En 1306, sont attestées les premières dispositions relatives à la composition du Chapitre par l’évêque Léon, qui ratifie la décision des capitulaires de fixer le nombre de chanoines à quatorze.
»

Le texte ci-dessus est très intéressant car il devrait permettre de reconstituer une page d'histoire.

Auparavant, nous devons ajouter la remarque que nous avons faite dans la page précédente : avant d'examiner ce texte de plus près, il nous faut poser la question de l'authenticité des documents. Il ne s'agit pas de notre part d'un esprit de contradiction systématique mais d'une volonté d'accomplir une démarche scientifique critique. Car, malgré la précision qui nous est donnée, précision des dates et des nom de personnes, nous ne pouvons être absolument certains de la réalité historique. La connaissance nous est donnée par « la tradition » ou des document de seconde main. Ceux-ci peuvent avoir été mal écrits ou récrits, mal traduits, mal interprétés. Malgré ces réserves, on peut estimer l'authenticité des informations fournies supérieure à 80%.

Commençons d'abord par l'évaluation de datation de cette église.

La façade Ouest (image 2), ornée d'une belle rosace encadrée de torses de lions, est romane. Mais selon nous, d'un art roman tardif (XIIe- XIIIe siècle). Nous pensons en effet que les grandes rosaces apparaissent avec l'art gothique. Cependant, cette datation un peu tardive ne présume rien du reste, car les réfections intégrales de façades et de chevets ont été fréquentes au cours des siècles.

La vue par satellite de l'image 1 montre que, primitivement, la nef était à trois vaisseaux. Ultérieurement, des corps de bâtiments auraient été ajoutés au Sud et à l'Est.

Les plans des images 5 et 6 et l'image 4 de la nef font apparaître que le vaisseau principal de cette nef était porté par des piliers à section carrée (de type R0000). Les arcs reliant les piliers sont à simple rouleau. La nef est voûtée mais il s'agit probablement d'une voûte légère, construite à la période baroque. La nef initiale devait être charpentée. Nous avons eu l'occasion d'identifier ce type de nef dont le modèle serait l'église de la Madeleine à Béziers. Nous l'avons daté de l'an 700 avec un écart de 200 ans.

Manifestement, cette datation ne correspond pas à celle donnée dans le texte ci-dessus. Celui-ci date l'édifice du XIe siècle sans doute à cause du document de 1074 et parce qu'il n'y a pas de document antérieur parlant de cette église. Mais de tels documents sont rares et de plus en plus rares lorsqu'on remonte dans le temps.

Nous maintenons donc notre estimation de datation aux (grands) alentours de l'an 700.

Mais que nous apprend le texte ci-dessus ? : « Le bâtiment, consacré l’année de la concession, était dédié à la Vierge Marie, à Sant’Adoeno et à Saint Jean l'Évangéliste » . Nous identifions trois dédicaces : la Vierge Marie, Saint Jean l’Évangéliste et Saint Ouen.

Grâce à notre site, nous avons appris ceci : durant les premiers siècles du christianisme, les communautés paroissiales étaient présidées par un episcopus (évêque). Ces communautés paroissiales occupaient un territoire relativement petit, de la dimension d'un canton français. L'évêque avait son siège dans une église qui le plus souvent était dédiée à Notre-Dame de l'Assomption. Sachant qu'il y avait eu un évêché à Bisceglie, nous avons cherché s'il existait une église dédiée à Notre-Dame. En vain, jusqu'à ce qu'on la découvre dans le texte ci-dessus. L'évêque qui avait la responsabilité de la paroisse était aussi chargé des baptêmes. D'où l'association fréquente de Saint Jean-Baptiste à la Vierge Marie.

Que s'est-il passé en 1074 ? Nous pensons que les Normands, venus dans le Sud de l'Ialie, au début comme troupes auxiliaires, se sont installés progressivement au point de former de petites communautés aux environs de Bisceglie, à Cirignano (non identifiée), Primignano (Pacciano) et Zappino. Ils ont par la suite demandé (et obtenu) d'avoir leur propre église. On leur a confié l'ancienne cathédrale négligée depuis la construction de la cathédrale San Pietro.. Cette ancienne cathédrale est restée un temps dédiée à Notre-Dame. Il est possible que le privilège de baptiser a été perdu, ce qui aurait transformé le nom de Saint Jean Baptiste en Saint Jean l'Évangéliste. Enfin les Normands ont décidé de privilégier l'un des leurs, Saint Ouen, en faisant venir une relique de ce saint. Il s'agit là d'hypothèses mais l'écheveau de l'histoire se reconstitue à partir de faisceaux d'hypothèses qui, après des recoupements, se retrouvent confirmés ou infirmés.


Datation envisagée pour l'église Sant'Adoeno de Bisceglie : an 700 avec un écart de 200 ans.