L'église San Secondo de Cortazzone
La page du site Internet «
Chiese Romaniche e Gotiche del Piemonte », écrite en
italien et obtenue en français par un traducteur
automatique, est très descriptive de cette église. Nous en
conseillons la lecture. En voici des extraits :
« Période prédominante :
XIIe siècle.
Généralités :
Édifice roman du XIIe siècle, avec une façade
en partie altérée par une élévation et un clocher en
briques. [...] Il
conserve dans l’ensemble ses formes primitives. Il a de
petites dimensions : 16 mètres de long sur 8 de large.
[...]
Extérieur :
Recouvert de grès local, il présente sur l’ensemble du
périmètre une décoration avec des arcs suspendus (arcatures
lombardes)
aux décors imaginatifs et des représentations zoomorphes
typiquement romanes ainsi que des représentations
anthropomorphiques originales, très réalistes même si la
facture est rugueuse. [...] La
façade, avec des saillants interrompus, en pierre sur
presque toute la hauteur, a été élevée en brique
probablement au XVIIe siècle. [...]
Intérieur : L'édifice
est à plan basilical, à trois nefs sur des piliers massifs
avec des chapiteaux à figures zoomorphes. Dans le bassin
absidal, au-dessus d’une bande décorée d'un damier,
fresque datant peut-être du XIIIe-XIVe
siècle représentant le Christ entre deux saints (San
Secondo et San Brunone ou San Siro ou San Gerolamo selon
diverses interprétations) offrant respectivement une
église et une ville. [...] »
Nous n'avons pas visité cette église. Les images ci-après
sont extraites d'Internet.
Les images 1 et 2 de
la façade occidentale montrent bien qu'il y a eu deux étapes
de travaux et que, conformément à ce qui est écrit
ci-dessus, cette façade a été surélevée en briques avec
ajout d'un petit clocheton aux alentours du XVIIe
siècle. Il faut cependant noter que cette surélévation ne
concerne que la façade, et non le toit, qui pourrait être
d'origine (avec cependant des séquences de restauration : un
toit est la partie d'un édifice la plus exposée aux
intempéries et donc la plus fragile : réfection au moins
tous les 200 ans) (image 1).
Les images 3 (du
mur Nord), 4 et 6
(du chevet), et 7
(de la façade Sud et du chevet), font apparaître une église
richement décorée à l'extérieur.
Parmi les images que nous avons pu
recueillir, nous avons sélectionné celles qui nous
apparaissaient les plus intéressantes sans trop connaître
leur localisation, ce qui peut être préjudiciable à leur
datation. Nous ne pensons pas que tous les décors sont
contemporains. Ainsi les sculptures de l'absidiole Sud (image 6) nous semblent
récentes. Par contre, les linteaux dits « échancrés »
(partie inférieure en forme d'arc) des
images 7, 8 et 9, nous semblent nettement plus
anciens. Leur datation pose question. Le site Internet «
Chiese Romaniche e Gotiche del Piemonte »
propose celle du XIIe siècle mais le style, à
entrelacs « carolingiens », est plus proche du VIIIe
siècle que du XIIe siècle. Comprenons bien ceci :
si ces linteaux étaient exposés dans des musées, ils le
seraient avec l'étiquette « VIIe -VIIIe
siècle ». Une autre remarque doit être faite en ce qui
concerne les images 8 et
9 : il y a discontinuité de décor entre le
linteau et les piédroits qui le soutiennent. Ce qui fait
envisager qu'il a pu y avoir réemploi. Et en conséquence,
une plus grande ancienneté, ou du linteau, ou des piédroits,
ou même des deux, la structure des baies ayant été changée.
On retrouve les mêmes caractéristiques
stylistiques sur certains décors des arcatures. Observées
superficiellement, ces arcatures semblent correspondre à ce
que nous avons appelé « arcatures lombardes ». Mais un
examen plus attentif montre que ces arcatures ne sont pas
formées d'une succession d'arcs mais de linteaux échancrés
(ou blocs creusés en forme d'arc). Voici quelques
signalements sur le caractère préroman de certains de ces
décors.
Image 13 : oiseau
picorant des feuillages (arbre de vie ?) et entrelacs «
carolingiens ».
Image 15 :
linteaux échancrés difficilement lisibles et masque.
Image 16 :
entrelacs de feuillages et entrelacs « carolingiens ».
Image 17 :
entrelacs « carolingiens » et masque.
L'image 14 présente
une scène d'accouplement humain. L'aspect est très primitif
mais ce pourrait être un graffiti postérieur.
Il faut aussi noter pour cette église quelque chose de tout
à fait nouveau pour nous : la dissymétrie des entrelacs.
Nous avons en effet parlé « d'entrelacs carolingiens » à
leur sujet. Mais les entrelacs carolingiens sont
caractérisés par l'aspect régulier, répétitif et symétrique
des décors. Or, dans le cas présent, cet aspect n'est pas
vérifié, hormis pour le linteau de l'image
17 pour lequel la légère dissymétrie peut
éventuellement être attribuée à la maladresse du sculpteur.
Mais, dans le cas des images
7, 8, 9, 18, le caractère non répétitif des motifs
semble avoir été réfléchi et programmé. On devine la volonté
d'imprimer un mouvement au décor, de le dynamiser.
La nef est à trois vaisseaux (images
19 et 20). On est immédiatement surpris par la
dimension des chapiteaux qui apparaissent nettement plus
larges que les arcs qu'ils portent. Serait-il possible que
ces arcs et murs aient été ajoutés plus tard en remplacement
d'une construction primitive ? Il y aurait alternance de
piliers à section cylindrique et à section carrée (avec des
angles biseautés).
La nef primitive devait être charpentée. Elle a reçu par la
suite (XIVe siècle) de grands arcs brisés
s'appuyant directement sur les parois des murs gouttereaux
du vaisseau central. On retrouve dans le décor des
chapiteaux certains des thèmes favoris vus ailleurs :
La sirène. C'est la
représentation classique de la sirène à deux queues.
Celle-ci est représentée sur deux chapiteaux (images
22 et 24) avec de légères différences : l'une
saisit sa queue, l'autre non. Nous pensons que ces
sculptures de sirènes sont issues d'un même modèle, l'homme
émergeant des feuillages, de la crypte de Saint-Bénigne à
Dijon.
Les oiseaux au canthare
: deux oiseaux symétriques s'abreuvant à un même vase (ici
l'arbre de vie est très stylisé : image
23).
Les animaux affrontés
: deux corps d'animaux ou d'hybrides se rejoignent aux
angles pour former une seule tête. Pour l'image
26, ce
sont des corps de chevaux (représentation peu fréquente).
Pour l'image 27, ce sont des corps de
sphinx (représentation peu fréquente sous cette forme :
remarquer la dissymétrie). Pour l'image
28, ce
sont deux ânes mais les têtes ne se rejoignent pas dans les
coins.
Datation
envisagée pour l'église San Secondo de Cortazzone
: an 900 avec un écart de 200 ans.