L'abbaye de Santa Maria di Casalpiano à Morrone del Sannio
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Nous n'avons pas visité ces églises. Les images ci-dessous
ont pour source Internet.
C'est en recherchant sur des sites Internet italiens
décrivant des églises romanes que nous avons découvert
l'existence d'une église en ruines dont il ne subsistait que
le chevet (images 4 et 5).
Moyennement intéressés par cette découverte, nous avons
continué à rechercher des images. Et nous avons eu la
surprise de rencontrer deux autres constructions : une
église à nef triple charpentée (image
9), une construction à plan centré (image
7). Il existait très peu d'images de ces édifices.
Nous avons néanmoins pu voir qu'ils se trouvaient très
proches les uns des autres (image
1). Ce qui a été confirmé par une vue par satellite
du complexe architectural (image
2). Nous avons alors décidé de les étudier
séparément et, comme nous avons l'habitude de le faire, sans
consultation préalable des informations historiques
éventuellement fournies par Internet. Nous procédons
toujours ainsi. Nous essayons d'évaluer en fonction des
seules données architecturales, indépendamment des sources
historiques sujettes à caution. Mais bien sûr, en fin
d'analyse architecturale, il y a toujours consultation des
sources historiques.
L'église
ruinée (probablement Saint-Apollinaire)
Les ruines sont visibles sur l'image
1 (à droite), l'image
2 (en haut) et les images
3, 4 et 5. La nef de cette église était à trois
vaisseaux (les traces de ces vaisseaux sont nettement
visibles). Le vaisseau principal devait être porté par des
piliers cylindriques (il en reste un accolé au mur du chevet
côté Sud). Et, très probablement, ces piliers portaient des
arcs simples. Les trois vaisseaux devaient être charpentés.
Jusqu'à présent, nous avions tendance à considérer que les
nefs à piliers cylindriques étaient plus anciennes que les
nefs à piliers rectangulaires. Mais depuis notre recherche
sur l'Italie et le grand nombre de nefs à piliers
cylindriques que nous y avons vues, nous pensons que le
choix du pilier cylindrique pourrait être culturel. Ce
serait le choix de la romanité.
Datation envisagée
pour l'église ruinée de l'abbaye de Santa Maria di
Casalpiano à Morrone del Sannio : an 900 avec un écart de
150 ans.
Le
baptistère
C'est spontanément que nous avons appelé « baptistère » ce
bâtiment à plan carré et noyau central probablement doté de
deux étages (rez-de-chaussée et premier étage). Il est déoré
d'arcatures lombardes (semble-t-il, de première génération).
Datation envisagée
pour le baptistère de l'abbaye de Santa Maria di Casalpiano
à Morrone del Sannio : an 900 avec un écart de 150 ans.
Datation envisagée à partir de la présence d'arcatures
lombardes. Il est cependant possible que ces arcatures
lombardes soient un ajout tardif. Ce qui pourrait faire
remonter la datation d'un siècle.
L'église
Sainte-Marie
C'est le troisième édifice concerné, visible en bas de l'image 6, en
arrière-plan sur l'image7
et sur les images 8 et 9.
La nef est à trois vaisseaux charpentés. Les piliers
porteurs du vaisseau principal sont rectangulaires, de type
R0000. Les arcs
reliant les piliers sont simples.
Les murs gouttereaux sont décorés d'arcatures lombardes.
Datation envisagée
pour l'église Sainte-Marie de l'abbaye de Santa Maria di
Casalpiano à Morrone del Sannio : an 900 avec un écart de
150 ans. Datation envisagée à partir de la présence
d'arcatures lombardes. Il est cependant possible que ces
arcatures lombardes soient un ajout tardif. Ce qui pourrait
faire remonter la datation d'un siècle.
L'ensemble formé par ces deux églises et un baptistère est
probablement ce qu'on appelle « un groupe cathédral ». Les
groupes cathédraux étaient formés de plusieurs églises, dont
un baptistère et une cathédrale dédiée à la Vierge Marie.
Les évêques, plus nombreux que maintenant, étaient
reponsables de communautés locales ou ethniques (latins,
goths, lombards). Le fait que l'on ne connaisse pas de nom
d'évêque ayant exercé à Morrone di Sannio ne signifie pas
qu'il n'y en a pas eu. Par contre, si tel est le cas
(c'est-à-dire, si c'est un groupe cathédral), alors la
datation de l'an 900 apparaît un peu tardive.
Nous avions fini de collecter nos images
lorsque nous sommes tombés un peu par hasard sur un site
Internet donnant plusieurs plans des fouilles
archéologiques. Le premier plan n'est pas reproduit ici mais
on peut facilement le retrouver à partit du plan 2 (image
7). Il suffit de garder les parties jaunes et
d'exclure les parties noires représentant des tombes. La
légende de ce premier plan était « Casalpiano au I C) ».
Donc, dans le second plan (image
7), seules les tombes du Haut Moyen-Âge ont été
ajoutées. La légende de ce second plan est « Casalpiano au
VIe .C) ». Pour le troisième plan (image
8), on obtient « Casalpiano entre le XIIIe
et le XVe siècle) ». Le quatrième plan (non
représenté) « Casalpiano après 1531) ». Et enfin «
Casalpiano aujourd'hui» (imaqe
9).
Inutile de dire que quand nous avons consulté ces plans,
nous sommes tombés des nues. Les mêmes monuments que nous
avions datés de l'an 900 avec un écart de 150 ans étaient
quant à eux datés « entre le XIIIe et le XVe
siècle », c'est-à-dire, de l'an 1400 avec un écart de 100
ans. Soit 500 ans d'écart. Ce qui est énorme.
Il est évident que l'une au moins des deux évaluations est
erronée. Et malgré le caractère apparemment scientifique mis
en valeur par le plan des fouilles archéologiques, nous
pensons que c'est la seconde évaluation qui est la plus
douteuse. Il est pour nous impensable que durant la période
ayant vu l'émergence des grandes églises gothiques en
France, on ait pu construire en Italie des églises aussi
primitives. Rappelons que la construction gothique n'est pas
le résultat d'une esthétique (l'art gothique) mais d'une
évolution des techniques architecturales, une évolution dans
le sens d'un progrès (surélévation des murs, augmentation de
la dimension des fenêtres, etc.).
Nous avons donc cherché à approfondir la question et nous
avons trouvé sur plusieurs sites Internet un long texte
écrit par Gianfranco de Benedittis dont voici quelques
extraits (en écriture italique) entrecoupés de commentaires
de notre part.
Gianfranco de Benedittis commence par parler de l'occupation
du site par des romains (ce qui correspond au plan de
fouilles intitulé « Casalpiano au I.C) » (traits jaunes).
Puis il écrit ceci : « Nous
savons déjà, cependant, que les structures du bâtiment
disparaissent avant le VIe siècle d.C.; pour
nous donner cette donnée précieuse est la découverte d’une
nécropole sûrement utilisée au VIe siècle. Les
tombes sont placées un peu partout selon une orientation
précise (est-ouest) pour couvrir au moins la moitié de la
villa, en particulier celle des mosaïques.
Jusqu’à présent, plus de cinquante tombes ont été
découvertes concernant des hommes, des femmes et des
enfants. L’environnement est celui de la culture latine.
Les données qui pourront être tirées de l’étude de la
nécropole sont très nombreuses, mais prennent une
signification particulière : chronologique (?). Deux faits
historiques importants ont en effet concerné le Sannio
durant cette période : les Ostrogoths et la guerre
gréco-gothique, le premier du début du Ve
siècle, le second du milieu du VIe siècle. Les
matériaux découverts jusqu’à présent ne sont pas de nature
à faire décider pour l’une ou l’autre épisode, mais la
seconde semble le plus probable. [...] »
Gianfranco de Benedittis poursuit ensuite son discours en
précisant les événements de chacune des périodes qu'il vient
de citer : la prise de Rome par Alaric au début du Ve
siècle, et la guerre entre goths et byzantins au milieu du
VIe siècle.
Nous retrouvons dans cette description de Gianfranco de
Benedittis une attitude répandue chez les historiens
consistant à pressurer au maximum le peu de renseignements
dont ils disposent. Car c'est bien cela ! Ces deux
événements sont les seuls dont nous ayons connaissance. Et
ici, ils sont mis en exergue pour justifier des
constructions (ou plutôt l'absence de constructions).
Imaginons que dans 1500 ans, les historiens de cette époque
veuillent étudier notre civilisation actuelle sur une
période d'une durée de 150 ans (correspondant à ce que l'on
a ici : le début du Ve siècle - la moitié du VIe
siècle). Donc imaginons que ces historiens de l'an 3500
veuillent étudier la période comprise entre l'an 1870 et
l'an 2021. Et qu'ils ne disposent que de deux documents
parlant brièvement de deux guerres l'une entre 1914 et 1918
et l'autre entre 1939 et 1945. De ce fait, ils ignoreront
l'existence de guerres en 1870, des guerres coloniales, de
la guerre d'Indochine, de la guerre d'Algérie. Et aussi des
pandémies de 1918 et de 2020. Et cela pour la seule France.
Mais, plus que cela ! ils ignoreraient les vastes périodes
de paix, beaucoup plus importantes que les périodes de
guerre La phrase bien connue « les peuples heureux n'ont pas
d'histoire » doit être comprise dans ce sens : l'histoire
des malheurs est exacerbée, l'histoire des bonheurs est
idéalisée, nimbée de mystères et occultée. Si donc, en l'an
3500, les historiens procèdent comme nos historiens actuels,
ils décriront avec un luxe de détails plus ou moins imaginés
les péripéties des grandes guerres et ignoreront que durant
la même période de 150 ans, la hauteur des habitations
appelées gratte-ciels a été multipliée par près de dix.
Et la suite du discours de Gianfranco de Benedittis confirme
notre point de vue : « Que
se passera-t-il ici ensuite, nous ne pouvons pas le
supposer; Nous devons attendre mille ans pour avoir de
nouvelles sur Casalpiano. ». Son évaluation est
fondée sur les seules sources écrites. Il continue : «
En août 1017, le presbyter Pierre offre en effet à l’abbé
Atenolfo di Monte Cassino sa part de l’église de S. Maria
di Casalpiano.
En octobre de la même année, Martin, lui aussi moine et
prêtre, offre toujours à l’abbé Athénophos la partie qui
lui est propre de l’église de S. Maria di Casalpiano et de
l’église de S. Apollinare à Casalpiano (Bloch, pp. 276 -
277). ».
Le paragraphe suivant se révèle des plus intéressants. « Les
données d’archives nous permettent d’affirmer qu’avant
même l’an mille, il existait deux églises dans la région,
mais aussi que le nom de lieux Casalpiano est haut
médiéval; il permet également d’entrevoir ici la présence
d’une de ces petites colonies également appelées fonds,
vici, curtes ou loci; […] En
l’état de ce règlement, nous ne sommes pas en mesure de
l’affirmer, même s’il faut supposer qu’il s’agissait d’une
série de bâtiments avec leurs annexes : entrepôts, dépôts
d’outils, fours, écuries et plus encore, et aussi, comme
nous l’avons vu, deux églises.
Là où se trouvait S. Apollinare, on ne peut le dire avec
précision; les données archéologiques à cet égard ne sont
pas nombreuses, [...] ». Gianfranco de Benedittis
nous révèle l'existence de données d'archives, probablement
antérieures à l'an mille, révélant l'existence de deux
églises à Casalpiano. L'une d'entre elles, Sainte-Marie est
probablement à l'emplacement de l'église actuelle. Pour
l'autre, il ne sait pas très bien la situer.
Il poursuit : « Les
structures romanes de Sainte-Marie et de sa chapelle, avec
la décoration typique à arcs suspendus, tout en leur
simplicité, renvoient au roman molisan, style qui trouve
sa plus grande diffusion entre le XIII et le XIV siecle.
(Trombetta, p. 505). [...] ». Suit une vaste
comparaison entre le monastère de Santa Maria di Casalpiano
et S. Eustachio di Pantasia, à l’ouest de San Giuliano di
Puglia, monastères distants de 25 kilomètres. À vrai dire,
nous n'avons pas compris grand chose à ces explications si
ce n'est qu'il existait un lien entre ces communautés. Il
semblerait que Gianfranco de Benedittis manifeste ici d'une
très grande érudition mais sans grand rapport avec la
datation de l'édifice.
Nous avions défini le bâtiment à plan centré comme étant un
baptistère, Gianfranco de Benedittis soutient ce point de
vue : « On
ne peut guère dire grand-chose sur le baptistère, dont la
chronologie est interprétée de façon variée; s’il est
certainement construit avant le clocher, auquel il est
soumis (qu'il soutient) [...] ».
En ce qui concerne l'église ruinée, voilà ce qui nous est
dit :
«
Il en va de même pour la ruine monumentale qui se trouve à
côté de Sainte-Marie. L’immense église, avec son chevet
encore intact, ne présente pas d’éléments décoratifs
particuliers de nature à nous permettre de la situer
définitivement. Ses colonnes trapues et ses chapiteaux,
essentiellement lisses, ne nous aident pas. Laisse
cependant perplexe le choix de l’appeler haut médiéval ou
antérieur à l’église romane. Ses dimensions, la hauteur
des structures feraient pencher pour son placement dans un
environnement gothique. Les éperons placés à côté de
Sainte-Marie comme sur la paroi latérale de la ruine
donnent cependant à penser que le bâtiment n’a pas duré
longtemps et que les interventions effectuées n’ont donné
aucun résultat. Peut-être que les données qui pourront
être récupérées à l’avenir à partir des fouilles
archéologiques pourront nous éclaircir définitivement le
problème chronologique de cet intéressant monument.
[...] »
La lecture de ce texte, dont les conclusions sont
comparables à celles des plans des
images 10, 11 et 12, permet de comprendre ce qui a
dû se passer. Les archéologues ont fait leur travail le plus
consciencieusement possible. Il est probable que certains
d'entre eux ont émis des objections comme en témoigne
l'allusion, « laisse
cependant perplexe le choix de l’appeler haut médiéval ou
antérieur à l’église romane. Ses dimensions, la hauteur
des structures feraient pencher pour son placement dans un
environnement gothique. ». Mais nous pensons que
Gianfranco de Benedittis a imposé son opinion, opinion que
nous combattons. En conséquence, il est probable que
l'église Saint-Apollinaire citée dans les textes et
vainement cherchée dans les ruines, n'est autre que l'église
ruinée étudiée au début de cette page.