Abbatiale Saint-Sauveur-de-Chirac à Bourgs-sur-Colagne
Un panonceau situé à l'entrée du site
nous apprend ceci : « Édifiée
à la fin du XIesiècle, l'église du prieuré
clunisien du Monastier (Monasterium) a été consacrée en
février 1095 par le pape Urbain II, venu prêcher à
Clermont la première croisade. Dès 1062, Aldebert de
Peyre, évêque de Mende, et son frère Astorg, baron de
Peyre, donnent à l'abbaye Saint-Victor de Marseille une
partie de leurs biens dépendant de la seigneurie de
Chirac, près de la Colagne, pour édifier un prieuré. En
1079, le prieuré est achevé et les premiers moines, venus
de Saint-Victor de Marseille, s'installent. De 1090 à
1095, une église priorale (l 'église actuelle) est
construite pour la célébration de leurs offices.
L'édifice, un des joyaux de l'époque romane, a subi les
assauts des bandes anglaises lors de la guerre de Cent
ans, malgré les fortifications dont certaines sont encore
visibles, décidées grâce au soutien d'Urbain V. Ensuite,
les Guerres de Religion entre 1576 et 1598, avec la troupe
huguenote conduite par Mathieu Merle, ont ruiné la partie
haute de la façade occidentale, la voûte centrale,
l'abside et les deux absidioles … ».
Cette description apparaît d'une grande précision. Et le
témoignage, irréfutable. Cependant, une certaine pratique en
la matière nous rend plus prudents. Bien souvent, les textes
authentiques sont interprétés et les hypothèses sont
transformées en certitudes. Il existe très certainement - ou
il a existé - des textes ayant relaté certains événements.
Comme, par exemple, la consécration d'un autel par Urbain II
ou la donation de 1062. Il faudrait pouvoir retrouver
l'ensemble de ces textes et les traduire correctement. Une
consécration d'autel ne correspond pas forcément à une «
pendaison de crémaillère », une donation ne correspond pas
forcément à un début de construction d'édifice. Et une
interprétation un peu abusive de textes anciens par un
premier traducteur est acceptée sans réserve et conçue comme
une vérité révélée par ses successeurs.
Essayons d'examiner cette église d'un
point de vue purement architectural sans faire de référence
à des textes.
La façade Ouest (image 1) présente deux étapes de travaux : en bas une partie
romane, en haut une partie gothique.
La fenêtre de l'image 2,
encadrée de colonnettes, est pour nous, caractéristique d'un
deuxième art roman (première moitié du XIIesiècle).
D'après le plan de l'image
3 ainsi que les images suivantes, la nef est à
trois vaisseaux. Les piliers sont rectangulaires de type R1111. Les arcs
reliant ces piliers sont en plein cintre et doubles. Nous
pensons que cette dernière observation est caractéristique
d'une église postérieure à l'an 800 (images
4 et 5).
Existe-t-il des éléments permettant
d'envisager que cette église puisse être antérieure à l'an
mille ? Nous pensons que, aux alentours de l'an 1000 (date
considérée avec une grande marge d'erreur), la pratique du
voûtement des églises a commencé à se généraliser.
En conséquence, tout le problème est de savoir si l'église,
charpentée dans un premier temps, a été voûtée par la suite.
Auquel cas elle pourrait être antérieure à l'an mille. Nous
avons rencontré de telles situations assez fréquemment. Mais
pour celle-ci, c'est plus difficile à prouver.
Une des façons de le prouver consiste à observer les
pilastres ou les demi-colonnes adossées aux piliers (images 8 et 9). Nous
remarquons que du côté des voûtes, les pilastres adossés
sont à plan rectangulaire. Alors que des côtés Est et Ouest,
ce sont des demi_colonnes adossées. Cela étant, nous ne
sommes pas certains que cette disposition prouve que cette
église ait été charpentée dans un premier temps, puis voûtée
ensuite.
Remarquons que les chapiteaux sont imités du corinthien. On
voit des masques humains émerger des feuillages (images
10, 11 et 12).
Datation envisagée
pour cette église : an 1050 avec un écart de 100 ans.