Le chevet de la cathédrale d’Alet
Le chevet de la cathédrale d’Alet fait partie d’un ensemble
constitué d’au moins trois chevets (Alet, Saint-Jacques de
Béziers, Saint-Quenin de Vaison-la-Romaine) dont les
caractéristiques sont très surprenantes. En effet, les
décors de ces trois chevets font immédiatement penser à des
décors antiques ou imités de l’antiquité.
Surpris de découvrir de tels décors, la plupart des
spécialistes en ont déduit que ces décors (et, bien sûr les
monuments qui les portaient) avaient été édifiés au
Moyen-Âge (au XIIesiècle plus précisément) en
imitation de motifs ou de monuments antiques dont les restes
devaient abonder dans la région.
Nous aurons l’occasion de combattre cette théorie dans la
page que nous devons prochainement écrire sur Saint-Jacques
de Béziers. Il faut pas ailleurs savoir que c’est l’analyse
de Saint-Jacques de Béziers qui nous a permis de remettre en
question l’ensemble des théories concernant le Premier
Millénaire. Le site actuel sur le Premier Millénaire n’est
qu’une conséquence de cette étude.
Le chevet d’Alet (image
1) ressemble à beaucoup de chevets d’églises
romanes. Il s’en détache néanmoins par plusieurs aspects.
Tout d’abord le pourtour extérieur de ce chevet s’apparente
aux murs extérieurs de certains temples romains. Ceux-ci ne
sont pas toujours entourés de colonnes. Il arrive souvent
qu’il y ait une paroi entre les colonnes (ou si l’on préfère
qu’il y ait des parois planes encadrées par des colonnes
demi-cylindriques). Par ailleurs à la différence des
constructeurs romans, les constructeurs des temples
gréco-romains donnent une grande importance à la partie
située juste sous la bordure du toit. On y trouve là des
pièces maitresses comme les architraves qu’il fallait bien
mettre en valeur. Ici la corniche du toit très épaisse
garnie de denticules et d’oves rappelle celles que l’on peut
voir sur les monuments romains (image
2).
Observons à présent les chapiteaux (images
3 et 4).
Ces chapiteaux s’apparentent à des chapiteaux corinthiens, à
feuillages. Mais ils n’ont en fait rien de corinthien. Le
chapiteau corinthien est, en effet, très codifié : il faut
trois rangées de feuilles d’acanthes et non, comme-ici,
deux. Ces chapiteaux s’apparenteraient plutôt à des
chapiteaux barbares, à entrelacs (ici les entrelacs sont peu
apparents). Une autre remarque peut être faite. On constate
que ces chapiteaux ne sont pas taillés dans une seule pierre
mais dans deux superposées. La continuité du tracé de
sculpture n’est pas toujours assurée. On a déjà rencontré
une telle anomalie à la tour de Charroux, œuvre que nous
avions attribuée au Premier Millénaire.
Dernière remarque : les trois chapiteaux (deux seulement
sont ici visibles) sont tous les trois identiques. Cette
particularité caractérise les monuments antiques : les
chapiteaux d’un édifice sont reproduits à l’identique sur
tout l’édifice. Inversement, dans l’architecture romane, les
chapiteaux sont tous différents.
Toutes ces raisons militent pour une ancienneté du chevet
d’Alet, plus proche semble-t-il de l’Antiquité IVesiècle
de notre ère) que du Moyen-Âge (XIe- XIIesiècle).
L’intérieur du chevet d’Alet avec ses
niches ménagées dans les parois est un peu différent de
celui de Saint-Jacques de Béziers.
On peut voir sur le côté Nord de l’abside un reste de porte
qui aurait pu constituer l’entrée d’une absidiole (image
6). L’arc est outrepassé par dépassement des
impostes. Il est semblable à d’autres arcs situés à
l’intérieur de l’abside principale (image
8).
Sur cette image, on remarque à l’intérieur de la niche
délimitée par cet arc et au dessus de la fenêtre, une
ornementation en forme de demi-disque, une sorte de tympan
dans lequel un carré est posé en relief.
En fait l’ornementation est le résultat d’un plaquage en
stuc. On retrouve ce plaquage dans la même image sur l’arc
de droite.
Et on retrouve un plaquage en stuc dans l'image
9 sur une arcade. Le décor de feuillage est un peu
semblable à celui des chapiteaux extérieurs. A la différence
cependant que, tout à fait en haut, on devine une tête de
quadrupède (un âne ?). De nouveau cela fait penser à un
décor d’inspiration barbare.
Dernières observations : la corniche qui
court en haut des murs de l’abside principale est, tout
comme pour Saint-Jacques de Béziers, directement issue de
l’antiquité
(image 10).
Le chapiteau qui soutient l’arc triomphal côté sud est
typiquement corinthien (image
11). L’autre, côté nord, est très dégradé, mais il
semble lui être identique. Il nous semble que,
primitivement, les deux chapiteaux étaient détachés de la
paroi (image 12).
En conclusion, le chevet d’Alet pourrait remonter au Veou
VIesiècle de notre ère.