Autres églises de l’Hérault susceptibles de dater du 1er Millénaire : Page 6/6 

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Cette page référencie les 7 édifices suivants : Soumont : Église paroissiale Saint-Baudile, Soumont : Prieuré Saint-Michel de Grandmont, Sussargues : Église paroissiale, Thézan-lès-Béziers : Église paroissiale, Pézènes-les-Mines : Chapelle Notre-Dame d’Ourgas, Villeneuve-lès-Béziers : Église paroissiale Saint-Étienne, Villeneuve-lès-Maguelone : Église paroissiale Saint-Étienne.


Soumont : Église paroissiale Saint-Baudile

L’église de Soumont présente de nombreuses traces de modifications permettant d’envisager une datation du début du XIesiècle, voire même du premier millénaire.

Il y a d’abord, à l’extérieur, la présence à côté du grand portail qui pourrait dater du XIesiècle, d'une petite porte murée (image 1). Au-dessus de ces deux portes, on voit que la façade de l’église a fait l’objet d’une réfection (image 2). En poursuivant note examen en direction de l’Est, on voit les restes d’une arcature lombarde (image 3). Puis la façade redevient lisse. Revenant à l’arcature lombarde, on constate que la colonne centrale a été en partie détruite par le percement d’une fenêtre. Si on a percé une fenêtre c’est pour éclairer davantage l’église. Ce qui signifie que l‘église primitive était sombre : ce qui est un signe d’ancienneté de cette église primitive.


Le chevet (image 4) est constitué par deux absides, la deuxième étant en retrait. En fait, le plan (non représenté ici) est celui de deux nefs accolées, chacune étant terminée par une abside.

L’abside de la nef principale (image 4) a la même largeur que la nef. Elle était dotée d’une grande fenêtre qui était probablement à double ébrasement. Les traces de cette fenêtre sont visibles. Elle a été en partie colmatée. Il reste une autre fenêtre de dimensions plus réduites.

La nef principale est voûtée sur doubleaux. On constate cependant que certains doubleaux ne sont pas en plein cintre mais « en anse de panier ». Il est possible que cette particularité soit dûe à une sorte de « tassement de la voûte » ou à un écartement des murs porteurs.

L'image 6 fait apparaître le caractère nettement « outrepassé » de ces doubleaux. Et les questions qui découlent de cette observation restent sans réponse.


Observons à présent l'image 7 du mur intérieur Sud de la nef principale. On y voit de gauche à droite 4 travées de largeurs inégales. La première de ces travées est limitée sur sa droite par un pilier portant un chapiteau, et, au-dessus, un doubleau. Puis vient la deuxième travée qui est limitée sur sa droite par un pilier portant cette fois-ci une imposte. Et, au-dessus un doubleau. Mais, tout à côté, on voit une autre imposte qui ne porte pas de doubleau (voir aussi l'image 8). Puis la troisième et la quatrième travée limitées sur leur droite par des piliers à impostes. Tout cela est un peu surprenant et invite à émettre des hypothèses.

Notre hypothèse est la suivante : cette nef serait la conséquence d'au moins 2 constructions successives. Dans un premier temps, on construit une nef contenant au moins deux travées : la troisième et la quatrième. Ces nefs n’auraient pas été voûtées mais charpentées. Des piliers à impostes séparent les travées.

Dans un deuxième temps, on construit une deuxième nef dans le prolongement de la première nef. Cette deuxième nef contient au moins les deux premières travées décrites précédemment. Elle est aussi limitée par des piliers. Si bien que le pilier de droite de la deuxième nef (nef de gauche) est accolé au pilier de gauche de la première nef.

Lorsqu’on décide de voûter les nefs, on construit les doubleaux sur les impostes ou les chapiteaux installés sur les piliers. Mais, à la jonction des deux nefs, on estime qu’il n’est pas nécessaire de poser un doubleau sur chacun des piliers voisins. On en pose donc qu’un sur le pilier de la nouvelle construction… ce qui fait que l’imposte de droite reste isolée ne portant pas de doubleau.

L'image 9 montre le mur séparant les deux nefs. Nous pensons que, primitivement , les deux nefs devaient être entièrement séparées comme c’est le cas au Prieuré Saint-Michel de Grandmont (voir ci-dessous). Plus tard, elles auraient communiqué entre elles grâce aux arcs que l’on voit actuellement. Cependant, nous n’avons pas suffisamment d’arguments pour étayer cette hypothèse.




Soumont : Prieuré Saint-Michel de Grandmont

Cette abbaye est située à 2 ou 3 kilomètres du village. Elle aurait été fondée au début du XIIesiècle par des moines de l’ordre grandmontain issu du Poitou.

Une visite de l’abbaye permet de découvrir un ensemble monastique presque complet.

Et, à première vue, il n’existe pas de contradiction entre les textes et l’architecture des bâtiments : la petite abbatiale est voûtée en berceau brisé (sans l’emploi de doubleaux), avec une abside percée de 3 grandes fenêtres (image 12). Sa construction peut être attribuée à la deuxième moitié du XIIesiècle. Les galeries du cloître
(image 11) datent probablement de la même période, leur voûtement en croisée d’ogives étant sans doute postérieur.

Cependant, le tableau apparemment lisse se lézarde quelque peu. En effet, on peut voir aux pieds même de l’église des tombes creusées dans le roc ou à coffrage de dalles
(images 12, 13, 14 et 15 ). Ce type de tombes est caractéristique du premier millénaire (datation délicate, du Veau VIIIesiècle). Leur étude par les archéologues est en cours. Mais quoiqu’il en soit, leur présence en ce lieu, en nombre suffisamment important fait envisager l’existence d’un lieu de culte à immédiate proximité : lieu de culte chrétien ? lieu de culte païen ? Il est difficile de se prononcer. L’autel païen situé à l’entrée du monastère (image 10) provient-il de ce lieu ou d’ailleurs ? Nous ne le savons pas.

Toujours est-il que cette présence de sarcophages remet en question une idée couramment admise : l’installation des moines s’effectue dans un lieu désertique. Dans bien des cas, cette installation a pu se faire dans un lieu occupé auparavant afin de lui donner un nouveau souffle, une nouvelle vie.


Sussargues : Église paroissiale

Nous n’avons pu visiter l’intérieur de cette église. Il s’agit d’une église formée d’un seul corps de bâtiment à plan rectangulaire. Le chevet est donc plat. Il serait intéressant de savoir si, à l’intérieur, il existe une séparation nette entre la nef et le chœur. Les images 16 et 19 et les agrandissements respectifs desimages 17 et 20 font apparaître une colonnade faisant penser aux arcatures lombardes. Cette colonnade intervenant en support des bordures du toit a pu inspirer le système des arcatures lombardes. Ce système nous apparaît donc comme très primitif. L’auteur du livre, «Églises romanes oubliées du Bas-Languedoc », Pierre A. Clément, qui a pu visiter, cette église, donne le commentaire suivant : « Ce décor monumental paraît inspiré d’un édifice antique. Une ordonnance aveugle de pilastres révélant les mêmes intensions décoratives existe encore à Nimes dans le niveau haut de la Tour Magne et de la Porte de France. La seule reproduction similaire à l’époque romane est l’alternance de colonnettes et de pilastres qui couronnent la façade le l’église Sainte-Marthe à Tarascon. » Puis plus loin : « Ce décor et l’ordonnance de colonnettes incitent à situer la construction de Saint-Martin de Sussargues vers 1150 ». Assurément l’auteur a bien effectué son travail d’exploration. Ce qui gène un peu est la conclusion. Car un millier d’années sont censées séparer deux réalisations comparables.


Cette église a la forme caractéristique d’un temple romain. Et qui plus est, l’auteur compare sa décoration à celle d’un monument réputé romain comme la Tour Magne. Quelle devrait être la conclusion logique ? Sans avoir visité cet édifice, notre conclusion est qu’ils doivent être contemporains. Et c’est la conclusion la plus logique qui soit. Cependant si Mr. Clément, ou tout autre personne ayant la même opinion que lui, nous apportent la preuve irréfutable que l'église de Sussargues est bien datée de 1150, nous sommes tous disposés à faire amende honorable.

Ceci étant, afin de dater cet édifice, il faudrait effectuer des comparaisons plus poussées. Et surtout éviter de dater cet édifice à partir de la datation de la Tour Magne. Car si Mr. Clément a fait une erreur sur l ‘église de Sussargues, d’autres que lui ont pu en faire une sur celle de la Tour Magne. On assiste en effet à une sorte de grand écart de datation des monuments de France : presque tous les monuments romains sont datés du premier siècle et presque tous les monuments romans sont datés du douzième siècle.

Nous remettons en question la datation des monuments romans. Il faudrait peut être songer à remettre en question celle des monuments romains.


Pézènes-les-Mines : Chapelle Notre-Dame d’Ourgas

Nous n’avons pu visiter l’intérieur de cette église, qui pourrait présenter un chevet carré.




Villeneuve-lès-Béziers : Église paroissiale Saint-Étienne

Un dessin daté de la première moitié du XIXesiècle représente l’église de Villeneuve-lès-Béziers (image 22). On constate que le chevet est à arcatures lombardes. Cependant, en étudiant de plus près ce dessin, on constate que l’on est pas tout à fait en face d’arcatures lombardes. En effet les « arcatures lombardes » sont constituées d’une série d’arcs s’appuyant sur des consoles proches du bord du toit. Suivant un rythme régulier de plusieurs arcs, les consoles sont remplacées par des pilastres ou lésènes s’élevant à partir de la base du mur. Or, sur ce dessin, les pilastres sont séparés par un ou deux arcs : le nombre d’arcs est insuffisant et le rythme n’est pas régulier. En admettant que le dessin reproduise la réalité vue par l’artiste, ce type de construction pourrait être antérieur aux arcatures lombardes. Ce chevet pourrait être un « chaînon manquant » entre les chevets à série de grands arcs comme la Madeleine de Béziers décrite dans ce site, et les chevets à arcatures lombardes.

Dans l'image 23, on voit ce qu’il reste de ce chevet. Les arcs qui surmontaient les pilastres ont disparu mais il reste encore, immédiatement sous la génoise du toit, les impostes, à décor de billettes, qui les supportaient (image 24). Et l'on voit même, à l’extrême droite de cette image, les restes de la console à décor de chouette qui portait les deux petits arcs visibles sur l'image 22.


Même s’il ne date pas à coup sûr du premier millénaire, le clocher de Villeneuve-lès-Béziers présente un grand intérêt. L'image 25 permet d’identifier 7 étages. Le premier étage visible sur la photo est percé d’une simple fenêtre. Le deuxième étage est décoré d’arcatures lombardes. Le troisième étage était percé d’une grande baie géminée qui a été obturée (image 26). On y repère les restes d’une décoration polychrome. Le IVeétage est percé de grandes baies gothiques en arc brisé.

Passons maintenant à l’étage suivant (image 27). Et là, c’est la surprise ! Ce cinquième étage est roman. Son plan est octogonal. La fenêtre qui nous fait face est protégée par un arc en plein cintre et les chapiteaux qui soutiennent cet arc portent des décors typiquement romans. De part et d’autre, on retrouve les mêmes baies mais obturées par des maçonneries de forme pyramidale.

On est là en face d’un gros problème : comment se fait-il qu’une structure gothique (le quatrième étage) soit installée sous une structure romane (le cinquième étage) qui l’a précédée ?

La réponse est simple : le quatrième étage n’est pas gothique! Ou du moins pas entièrement : son noyau est roman.

Ce noyau roman du quatrième étage (peut-être à plan octogonal) était en léger décrochement par rapport au troisième. Afin de consolider cet étage, et les étages supérieurs, on a plaqué sur chacune de ses façades des murs à l’époque gothique et ajouté les petits pyramidons aux quatre coins pour consolider l’étage supérieur. En conséquence, les deux chapiteaux romans que nous avons sous les yeux ne sont certainement pas uniques. Beaucoup d’autres doivent être cachés sous les maçonneries gothiques.




Villeneuve-lès-Maguelone : Église paroissiale Saint-Étienne

Peu de choses à dire sur cette église de Villeneuve-lès-Maguelone que nous n’avons pas eu l’occasion de visiter. On constate seulement la présence d’arcatures lombardes au chevet (image 30). D’après le plan (image 28) et la vue de la façade Sud (image 29), on envisage que la nef primitive ait été à trois vaisseaux … ce qui ferait remonter sa datation de plusieurs siècles. Mais seul un examen approfondi des piliers pouurait permettre de conclure.




Thézan-lès-Béziers : Église paroissiale

Lorsque nous avons visité il y a quelques années l’église paroissiale de Thézan, nous n’avons pas suffisamment pris conscience de son originalité et de l’intérêt que pouvait présenter son étude approfondie. Nous sommes en présence d’un édifice très complexe et nous nous avouons incapables de retrouver à partir de ces quelques photos le plan de l’édifice primitif qui, lui, devait être très simple. Et, en conséquence, en l’état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons reconstituer son histoire. Une histoire qui, au vu des nombreuses transformations, doit remonter au premier millénaire.