Cathédrale de Saint-Pons 

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L’abbaye de Saint-Pons était florissante au Moyen-Âge. Elle est même devenue siège d’un évêché, son abbatiale devenant, du même coup, cathédrale.

Les guerres de religion ont porté un sérieux coup à cette cathédrale. Pas seulement la guerre en elle-même, mais la désaffection des lieux de culte qui s’en est suivie. Cette désaffection a entraîné un démembrement progressif de la cathédrale et des autres églises de Saint-Pons.
Le phénomène n’est d’ailleurs pas spécifique à Saint-Pons : on estime que près du tiers des cathédrales françaises ont énormément souffert des guerres de religion. La région englobant les Cévennes a été particulièrement touchée : outre Saint-Pons, les cathédrales de Rodez, Vabre, Mende, Lodève, Alès, ont été détruites à plus de 50%.


Que reste-t-il donc de la cathédrale primitive de Saint-Pons. Pas grand-chose !

Le plan de l'image 1 identifie plusieurs parties :

En traits pointillés, des parties disparues comme le cloître et les bâtiments abbatiaux.

Il y a aussi parmi les parties disparues le chevet avec une abside et deux absidioles (sous la partie colorée en rouge).


Il y a en plus sur ce plan la partie en grisé installée sur le mur Nord intitulée  « Porche du XVesiècle ». Ce porche abrite un portail nettement antérieur (XIesiècle ?) privé des colonnes ou piédroits qui supportent les archivoltes. La seule représentation sculptée est celle du Soleil et de la Lune, petits personnages portant respectivement un disque solaire et un croissant lunaire (image 6).


Enfin toujours sur le plan de l'image 1, on distingue la partie colorisée en rouge montrant les transformations du XVIIesiècle se superposant au chevet primitif. Ces transformations n’on sans doute pas été conduites à leur terme car le sanctuaire qui devait se trouver à l’Est a été aménagé à l’Ouest, contre les murs de l’ouvrage Ouest transformé en sacristie.


Ce plan de l'image 1 nous donne une fausse idée de la cathédrale de Saint-Pons, car on aurait tendance à s’imaginer que tout ce qui reste, c’est-à-dire les murs en trait plein, date du Moyen-Âge. C’est en tout cas ce que l’on voit sur la légende du plan du livre Languedoc Roman. Cette légende mentionne « fin du XIIesiècle » pour l’ensemble des murs. Or un simple examen de ce plan permet de constater que les murs latéraux Nord et Sud sont différents (et donc construits à des époques différentes) : les fenêtres sont à ébrasement intérieur coté Nord et à double ébrasement côté Sud.

Pour nous le mur Nord (image 2) est le plus ancien des deux. Le mur Sud qui existait auparavant a dû être refait au XVIIesiècle, voire au XVIIIesiècle, lorsqu’il a été décidé de conserver l’ancienne nef en la recouvrant par la belle voûte que l’on voit actuellement.

L’élément qui emporte notre conviction est la petite fenêtre obturée de la tour Nord (image 5). Son linteau monolithe taillé en arc de cercle est typiquement préroman.


Les images 7 et 16 permettent d’avoir une idée très imparfaite de l’édifice primitif dont la nef devait comporter 3 vaisseaux. Cette séparation en trois parties est repérable sur l'image 7 : la partie centrale contient à sa base la grande arcade protégeant les deux archivoltes des portails (tympans des images 8 et 9) et, au dessus, les trois baies situées sous les oculi. On retrouve la même disposition à l’intérieur (image 16).

Il ne reste rien des piliers qui soutenaient cette partie centrale. Y compris sur le côté intérieur de la façade occidentale (image 16). Mais il faut dire que l’ouvrage Ouest ou narthex de l’édifice primitif a été fortement restauré au XVIIesiècle. Les seuls chapiteaux encore en place (images 17 et 18) sont romans (XIe ou XIIesiècle).


Nous sommes sortis un peu déçus par la visite de cette église. Cependant en rejoignant la porte d’entrée, nous avons jeté un coup d’œil distrait sur les chapelles gothiques. Et nous avons eu la surprise de découvrir… un arc outrepassé ! (images 12 et 13). Cet arc se trouve sous la tour Nord. Un arc analogue se trouve sous la tour Sud, mais l’outre-passement est moins sensible (image 14). Par ailleurs,, toujours sous la tour Nord, on peut voir un autre arc outrepassé qui est situé du côté de l’absidiole aujourd’hui disparue (image 15). Cet arc s’élevant à une grande hauteur, on peut envisager que l’absidiole attenante était d’une hauteur analogue. Les églises à abside et absidioles élevées sont rares dans la région (Sauveplantade en Ardèche, Leyre en Aragon). Elles sont plus fréquentes dans le Sud de l’Italie, dans les Pouilles.

Toujours est-il que l’existence d’arcs outrepassés témoigne d’une grande ancienneté. On trouve de tels arcs à Saint-Michel-de-Cuxa (Pyrénées Orientales). Ils sont invariablement datés du XIesiècle. Mais nous avons l’outrecuidance de penser qu’ils sont nettement plus anciens, de création wisigothique. C’est du moins ce qui est envisagé pour des monuments analogues situés de l’autre côté des Pyrénées. Pour paraphraser Montesquieu : « étrange datation qu’une montagne borne ! » .

L’évolution de la cathédrale de Saint-Pons semble être la suivante : une première nef à trois vaisseaux est construite au cours du Premier Millénaire.

Dans une deuxième étape, un transept est construit supprimant une abside de dimensions modestes qui prolongeait le vaisseau vaisseau central. Sur ce transept sont greffées une abside et deux absidioles. Le transept daterait aussi du Premier Millénaire (vers la fin).

Dans une troisième étape, l’ouvrage Ouest est construit dans le prolongement de la nef (XIeou XIIesiècle).