La chapelle Saint-Cyprien et le cimetière de Soubès 

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Voici un texte écrit par Jean-Claude Rivière concernant cet édifice : « L’église Saint-Cyprien, attestée au XIIesiècle sous le vocable S. Cypriani de Sobers, était primitivement dédiée aux saints martyrs Corneille et Cyprien. À la collation de l’abbé de Saint Sauveur de Lodève, elle avait été échangée contre Saint-Géniès-des- Fours (à Saint-Michel-d’Alajou) par l’évêque en 1204. Église paroissiale, elle bénéficia des largesses des seigneurs de Soubès qui, au XVesiècle, y firent des aménagements somptueux pour qu’elle reçoive leurs sépultures. À la même époque, une tribune est construite. En 1631, lors de sa visite pastorale, Plantavit signale que « le service divin se fait depuis environ trois ans en l’église de la Magdelaine sise dans le village de Soubès...». Il ne relève pas de désordre dans l’établissement, uniquement le besoin de réfection du clocher. L’abandon relatif, l’usure du temps, les exactions révolutionnaires feront pourtant qu’un siècle et demi plus tard, en l’an 1811, le nouveau
« seigneur », Combette de la Fajolle, ait dû intervenir pour empêcher sa destruction. Par pétition auprès de l’évêque de Montpellier, les Soubésiens, arguant de son état de ruine, avaient demandé sa destruction pour exploiter les carrières de tuf. Finalement, elle va être reconstruite au milieu du XIXesiècle.

De l’édifice du XIIesiècle, il ne reste que peu de traces dans l’architecture. La porte Sud paraît avoir subi un remontage et une diminution de sa hauteur
(image 2), l’abside (image 1) est une reconstruction, la couverture a été refaite et le grand clocher a totalement disparu. On peut pourtant retrouver au Nord, près du chœur, un arc de décharge (images 3 et 4), qui avec celui situé près de la porte, au Sud (image 5), restituent le décor des gouttereaux typique de ce premier art roman. Une ouverture au Sud, une autre aveuglée au pignon Ouest, constituent d’autres vestiges. On peut même, en étudiant les assises des murs Nord et Sud , y distinguer une première phase de construction, directement posée sur le tuf, suggérant un premier édifice préroman. […] »


Il y a très peu de choses à ajouter au texte de Monsieur Rivière, qui, apparemment a consacré beaucoup de temps à l’étude de cet édifice. Plus de temps que nous en tout cas, qui n’avons pas détecté la première phase de construction à partir des « assises des murs Nord et Sud », directement posées sur le tuf.

Nous avons cependant trois remarques à faire.

La première concerne la tribune qui, selon M. Rivière, aurait été construite au XVesiècle. On peut voir sur l'image 6 que le mur oriental de cette tribune recouvre en partie deux colonnes demi-cylindriques adossées respectivement aux murs Sud et Nord de la nef (l'image 7 révèle la configuration côté Nord). L’existence des restes de ces deux colonnes engagées nous conduit à penser que ces deux colonnes ont précédé la tribune. Elles devaient porter des chapiteaux qui, à leur tour, supportaient, soit les poutres d’un toit en charpente, soit les arcs doubleaux d’un vaisseau voûté. À cause de la fenêtre romane (images 8 et 9), nous envisageons plutôt la deuxième hypothèse.

La partie de phrase, « un arc de décharge qui avec celui situé près de la porte, au Sud , restituent le décor des gouttereaux typique de ce premier art roman » nous amènent à émettre deux autres observations.

D’une part, Monsieur Rivière parle de « décor ». Le mot « décor » évoque une notion d’esthétique. Or, nous pensons que même si, actuellement, l’esthétique est privilégiée par les amoureux de l’art roman, à l’époque, cette esthétique devait être secondaire par rapport à la technique. Les « arcs de décharge » mentionnés par Monsieur Rivière n’avaient pas pour fonction de décorer, mais de décharger.

Notre hypothèse non encore vérifiée est que, primitivement, cette partie de nef était charpentée. Les arcs de décharge auraient été accolés contre les murs afin de les fortifier et de pouvoir installer au-dessus des voûtes.

Les mots « premier art roman » sont à l’origine de l’autre observation. D’après la définition du Petit Larousse, l’art roman se serait développé aux XIeet XIIesiècles. Nous estimons que, à partir du milieu du XIIesiècle, il y a passage de l’art roman à l’art gothique. Et donc, on peut considérer que le deuxième art roman s’est déroulé durant la première moitié du XIIesiècle. Par suite, le premier art roman, daterait du XIesiècle.

Notons cependant que Monsieur Rivière ne date pas cet édifice du XIIesiècle. Il nous dit seulement que  « l’église Saint-Cyprien, (est) attestée au XIIesiècle ... », et envisage même qu’une partie pourrait être préromane.


Venons-en à la fenêtre située dans la partie Sud-Ouest du bâtiment (images 8 et 9). Les fenêtres dies « romanes » doivent faire partie d’une étude prochaine. Nous pensons en effet qu’elles doivent être caractéristiques de périodes. Nous devons définir des « taxons ». C’est à dire des éléments caractéristiques permettant de classer les fenêtres. Ainsi, le taxon de celle-ci pourrait être : « fenêtre à ébrasement côté intérieur et à simple ressaut côté extérieur ». Nous attendons d’avoir effectué une étude plus fine et plus globale avant de proposer une datation pour celle-ci.

À l’occasion de fortes intempéries, une stèle discoïdale (actuellement déposée chez un particulier) qui se trouvait dans le cimetière à proximité de l’église a été dégagée
(images 10 et 11). On y voit, à l’avers (image 10), une croix latine légèrement fleurdelisée (évasée sur le bout des branches), entourée d’une couronne de trèfles. Et au revers (image 11) une fleur de lys entourée de triangles.

Les stèles discoïdales sont sources de mystères. Le premier d’entre eux est celui de leur datation. On pourrait penser que certains décors, comme la fleur de lys, permettraient de les dater (la fleur de lys est plus fréquente dans des décors du XIVeou XVesiècle), mais cela ne suffit pas car d’autres symboles viennent déjouer les pronostics.

L’autre mystère réside dans leur répartition dans l’espace : comment se fait-il que l’on trouve des stèles discoïdales dans des zones géographiques très délimitées (le lodévois, le pays basque) et pas ailleurs ?

Il y avait dans cette chapelle un tableau (image 12) représentant Saint-Cyprien. Il peut être daté de la fin du XVIIIe- début XIXesiècle. Son intérêt principal est de représenter la chapelle telle qu’elle existait au cours de cette période. Malheureusement, cette représentation n’est pas apparente sur l’image que nous présentons. Le tableau a été restauré grâce à l’intervention de l’association SPES. Il est actuellement déposé dans l’église paroissiale de Soubès, plus protégé de l’humidité qui affecte l’église Saint-Cyprien.

Datation envisagée pour l’église primitive de Saint-Cyprien : an 1025 avec un écart de plus de 100 ans.
Remarque : cette évaluation s’effectue à partir d’éléments visibles comme la fenêtre du mur Sud. Il est possible que l’église primitive soit bien antérieure.