L’église Saint-Pierre-de-Rhèdes à Lamalou-les-Bains 

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Nous n’avons pas eu l’occasion de visiter l’intérieur de cette église. Aussi il nous est difficile d’en faire un bilan complet. Une photographie du livre « Languedoc Roman » de la collection Zodiaque offre une vue de cet intérieur. On constate que la nef unique est couverte d’une voûte en berceau brisé sur doubleaux brisés. Le plan de l’édifice, en page 144 du même livre, date les murs de la première moitié du XIIesiècle. Ces deux informations apparaissent un peu contradictoires. La première voûte en berceau brisé semble apparaître dans la première moitié du XIIesiècle à la cathédrale de Béziers mais sa diffusion doit être plus tardive. Cependant la lecture du livre ainsi que nos propres conclusions permettent d’envisager que le voûtement a pu être fait ou refait à une date postérieure.


Le même plan (image 8) ne fait pas apparaître de différence de datation entre, d’une part, l’abside et, d’autre part, le reste de l’édifice. Pourtant une telle différence doit exister. L’abside (images 15, 17 et 19) est à arcatures lombardes alors que le reste de l’édifice (images 1, 5, 15, 19) est dépourvu d’arcatures. Et, dans ce cas, les bordures du toit sont pourvues d’une corniche à billettes (image 12). On remarque que cette corniche épouse la forme des piliers faisant office de contreforts. Disposition et décoration à billettes que l’on retrouve à Saint Jacques de Béziers dans la partie que nous avons estimée de fondation carolingienne (c’est-à-dire offerte par Charlemagne ou un de ses successeurs). Mais le rapprochement n’est pas suffisamment concluant pour envisager une datation de cette partie de Saint-Pierre-de-Rhèdes.


Un rapprochement plus important doit être effectué à partir du plan même de l’édifice (image 8). Ce plan fait apparaître l’existence de trois niches insérées dans la maçonnerie de l’abside, respectivement, au Nord, à l’Est et au Sud. On retrouve ces trois niches à Saint-Pierre de Lespignan (voir sur ce site : en fait il reste deux des 3 niches), à Saint-Quenin dans le Vaucluse (prochainement sur ce site). Nous estimons que ces deux édifices sont antérieurs à l’an mille. Une valeur symbolique pourrait être associée à la présence de ces trois niches : le symbole de la Trinité, « un seul Dieu en trois Personnes ».


D’autres indices permettraient d’envisager une datation antérieure au XIIesiècle.

Il y a d’abord la présence d’incrustations de basalte sur les fenêtres (images 6, 11 et 14). A remarquer que ces incrustations sont absentes sur les fenêtres du chevet. Les incrustations de basalte qui surlignent les fenêtres seraient antérieures au XIIesiècle (au XIIesiècle, le « sourcil » des fenêtres est proéminent de façon à protéger la fenêtre des infiltrations).

Il y a ensuite la présence de croix pattées sur les tympans des portes. Celle de l'image 4 devait être incrustée de basalte. L’autre croix pattée (image 7) présente la caractéristique d’être vue en oblique. M Daniel Favard de la SAHCHH (Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons de l’Hérault) explique ainsi cette disposition : la croix pattée oblique du portail sud symboliserait le mouvement de rotation du soleil. La croix pattée du portail ouest symboliserait la fixité du soleil lorsqu’il disparaît de l’horizon. On peut discuter à l’infini sur cette opinion. Imaginer par exemple que ce n’est pas le mouvement du soleil qui est seulement concerné mais celui de la voûte céleste. Mais il faut reconnaître qu’une telle explication donne un sens à une représentation qui apparaissait a priori en être dépourvue.

Toujours est-il que la croix pattée, ici représentée deux fois, est typiquement wisigothique.


Le linteau du portail (images 7, 10 et 11) présente une série de dessins incrustés apparentés à de la calligraphie. Les caractères ont été désignés par les chercheurs comme étant « coufiques ». Ce qui signifierait qu’ils sont d’origine musulmane. D’autres ont émis des doutes sur cette origine musulmane et ont pensé qu’ils pouvaient être « gothiques ». Il existe un moyen de réconcilier tout le monde en redéfinissant le mot « gothique ». Le mot « gothique » a été utilisé pour définir l’art des XIIIeet
XIVesiècles. Mais auparavant, le mot « Gothie » a été employé jusqu’à l’an 1000, pour désigner le territoire de l’archevêché de Narbonne, dernier reste de l’ancien royaume Wisigoth. Et on sait que la civilisation arabe a été fortement influencée par les wisigoths.

On est donc en droit de se poser la question : ces caractères dits « coufiques » seraient ils en fait « wisigothiques » ? La seule façon de répondre à cette question serait d’identifier chacun des caractères. Mais nous n’avons pas les connaissances pour opérer une telle identification.


Sous l’arc de gauche de l’arcature lombarde de l'image 17, on discerne une représentation sculptée (image 18). Il s’agit d’un personnage aux bras levés dans l’attitude d’orant. Dépourvu de cheveux, il tient dans sa main gauche (à droite pour nous) une gourde et ce qui semble être une croix pattée hampée, et, dans sa main droite une crosse ou un bâton de pèlerin. Un énigmatique panneau carré est placé sous son bras. Quel est ce personnage ? un pèlerin? Ou quelqu’un de plus important ? Remarquons de plus que son vêtement est une sorte de robe évasée. Nous avons déjà vu ce type de vêtement à Lapeyre (voir dans Aveyron la page « autres églises ») ainsi qu’à Sainte-Marie de Roubignac (voir dans Hérault la page « Octon ») et nous avions envisagé à chaque fois que la représentation pouvait être antérieure à l’an 1000.

Remarquons enfin que les pieds du personnage sont coupés. Cette pierre sculptée était-elle primitivement un tympan de forme demi-circulaire outrepassé ?


L'image 21 montre une porte de type préroman (l’arc supérieur s’appuie sur les extrémités du linteau).


Conclusion : nous sommes en présence d’un édifice difficile à dater. Des éléments comme la sculpture du « pèlerin » sont très probablement antérieurs à l’an 1000, mais ils ont pu avoir été récupérés dans un monument précédent. Les arcatures lombardes du chœur semblent postérieures aux corniches de la nef, mais il est possible que ces arcatures lombardes aient été posées sur une partie plus ancienne. Dans tous les cas, la datation du XIIesiècle nous semble trop tardive. Une datation aux alentours de l’an 1000 nous semble mieux convenir, avec des dates différentes pour chacune des parties telles que nef, chevet, voûtes.