Roujan : la chapelle Saint-Nazaire  

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La chapelle Saint-Nazaire est une église à chevet carré, de dimensions réduites (image 1 : l’automobile permet d’estimer ces dimensions). Les églises à chevet carré étudiées dans les années 60 sont estimées pour la plupart d’entre elles du Premier Millénaire et, concernant Saint-Nazaire, des sépultures datées du Haut Moyen-Age ont été découvertes dans le champ voisin. Son plan (image 2) présente aussi des caractéristiques anciennes. On constate en effet que les deux parties de l’édifice, la nef et le chœur, ne sont pas dans la même direction. Ce trait caractéristique se retrouve dans beaucoup d’églises à chevet carré. On peut envisager que c’est dû à la maladresse des maçons, incapables de construire dans une direction unique. Cependant cette bizarrerie se retrouve dans des constructions bien appareillées (ici par exemple le parallélisme des murs est conservé). En conséquence il faut envisager une autre explication. En voici une : aux premiers temps de l’ère chrétienne, les églises étaient souvent consacrées à deux saints : Pierre et Paul , Just et Pasteur, Gervais et Protais, Nazaire et Celse. Il est possible que chacune des deux parties de l’édifice ait été consacrée à un seul des deux saints qui n’étaient peut être pas fêtés le même jour.


L’élément le plus singulier de cette chapelle n’est autre que le portail (images 7 et 9). Bien que d’apparence très simple, il comporte beaucoup de détails un peu inusités et semble ne pas avoir d’équivalent dans la région.

Il y a d’abord cet arc nettement outrepassé posé au dessus des piliers. On trouve certes des arcs outrepassés dans l’Hérault, mais ils sont rares, et l’outrepassement n’est peut-être pas aussi net qu’ici.

Sur la clé de l’arc, on note la présence d’une sorte de chrisme dont le rho a été remplacé par une croix. Cependant il ne faudrait pas en déduire que ce signe, faiblement incisé, est de tradition ancienne. Le travail d’incision peut être récent, à la suite d’une dédicace ou d’un travail de rénovation.


Il faut plutôt remarquer le pilier et l’imposte de l'image 10. L’imposte (images 10 et 11) présente à sa base un motif en forme de cylindre presque totalement détaché du bloc, motif vu nulle part ailleurs. Et ce qui est aussi remarquable, c’est que cette imposte est tournée vers l’extérieur, perpendiculairement au plan contenant l’arc (en règle générale, les impostes sont tournées vers l’intrados de l’arc).

Autre remarque : en dessous de l’imposte, il y a une pierre de forme triangulaire (la définition exacte est « prisme à base triangulaire »). Cette pierre peut être considérée comme un chapiteau. Ce chapiteau est porté par un pilier. Ce pilier est à section quadrangulaire. Une rainure est creusée dans les coins et en remontant cette rainure, on constate qu’elle se poursuit sur le chapiteau. En comparant ce porche avec celui de la page précédente (Sainte-Marie de Roubignac à Octon) on constate de fortes différences : à Sainte-Marie de Roubignac le pilier est cylindrique et il ne fait pas corps avec le chapiteau. Quant au tailloir qui surmonte le chapiteau, il est adapté au chapiteau. En somme, ici, à Saint-Nazaire de Roujan, on a un pilier qui n’est pas un pilier, un chapiteau qui n’est pas un chapiteau, une imposte (ou tailloir) qui n’est pas une imposte et donc un porche qui n’est pas un classique porche roman.


On retrouve à l’intérieur la disposition habituelle des églises à chevet carré : deux nefs séparées entre elles par un arc triomphal (image 12). Cet arc triomphal (image 15) semble avoir été refait. Il est possible qu’à l’origine il ait été outrepassé. Il l’est de fait, actuellement par dépassement des impostes. Celles-ci (images 13 et 14) sont simplement moulurées. On trouve le même type d’imposte à San Juan de la Pena en Aragon avec un arc outrepassé. Ainsi que dans d’autres églises à chevet carré de l’Hérault où elles soutiennent un arc triomphal.


Datation

Par sa ressemblance avec d’autres églises à chevet carré datées du premier millénaire, par son porche non apparenté avec les porches ou portails romans traditionnels , cette église date très probablement du premier millénaire.

Nous ne sommes pas cependant en mesure de fournir une datation plus précise dans un intervalle d’une durée de six siècles, de l’an 400 à l’an 1000. Nous pensons seulement qu’il y a eu plusieurs périodes de construction : au cours d’une première période (an 600 avec un écart estimé de 200 ans), il y aurait eu construction d’une nef charpentée, d'un chœur peut-être voûté en plein cintre, ainsi qu’une porte sur la façade Ouest. Au cours de la deuxième période (an 850 avec un écart estimé de 150 ans), on aurait assisté à la construction du porche de la façade Sud. Il y aurait eu aussi à une certaine période la pose de voûtes et, auparavant, le doublement des murs dû à la nécessité de contrôler la poussée des voûtes.

Mais il ne s’agit là que d’hypothèses devant être vérifiées par d’autres observations sur cette église ou d’autres églises de la région. Nous rappelons que la datation de ces églises à chevet carré est extrêmement délicate vu le petit nombre d’éléments que nous avons à notre disposition.


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