Octon : la chapelle Notre-Dame de Roubignac au hameau des Vallarèdes  

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L’église Sainte-Marie de Roubignac est isolée dans la campagne en bordure de la coulée basaltique de l’Escandorgue. On trouve à proximité divers hameaux dont certains sont en ruine. Elle a dû servir d’église paroissiale jusqu’au XVIIIesiècle, voire XIXesiècle, car l’église est entourée d’un cimetière aujourd’hui abandonné.

Cette chapelle apparaît à première vue comme tout à fait quelconque. Son plan est très simple : une nef à seulement deux travées, prolongée par un chevet à plan demi-circulaire. De même le chevet (image 1) et les murs latéraux de la nef (image 2) ne semblent présenter aucune ornementation.

Il faut cependant remarquer le soin apporté à la construction : les blocs parallélépipédiques sont disposés en couches horizontales régulières et, hormis la fenêtre axiale de forme rectangulaire agrandie probablement au XIXesiècle, on ne voit pas trace de reprises.


Cependant certains indices permettent d’envisager une datation ancienne de cet édifice. Il y a tout d’abord dans le cimetière un sarcophage de l’antiquité tardive
VIe- VIIesiècle (image 4). Mais il y a aussi le fait que l’abside est polygonale et que, primitivement, l’église devait être très peu éclairée par de trop rares fenêtres. Et encore on observe que la bordure de toit est constituée d’une corniche sans utilisation de modillons (images 5 et 6). Le décor de ces corniches est formé de moulures pour la nef, d’imitation d’une corde pour le chevet. Il faudrait effectuer beaucoup d’autres observations sur d’autres édifices, mais il semblerait que ce type de bordure de toit ait précédé le système à arcatures lombardes ou celui à modillons.


Venons-en maintenant à l’élément le plus intéressant : le portail (image 7) contenant un tympan très caractéristique (image 8). La représentation est très archaïque. Mais la scène représentée est exceptionnelle. C’est sans doute le seul tympan où sont représentés la croix entre deux individus. Bien sûr, on peut trouver des scènes de crucifixion où sont représentés Jean et Marie. Mais ici ce n’est pas une scène de crucifixion : le croix est une croix pattée. Il s’agit d’une scène dans laquelle deux orants vénèrent la croix chrétienne. Il semblerait que ces orants soient auréolés.

On trouve la représentation d’orants sur des sarcophages paléochrétiens du IVesiècle. La croix pattée quant à elle est aussi datable des débuts de l’ère chrétienne.

Constatons aussi que ce tympan est en fait un linteau-tympan, une pierre unique faisant office à la fois de linteau et de tympan. C’est la préfiguration du système linteau + tympan que l’on retrouvera dans les grands portails romans.

Cette pierre devrait donc dater du Premier Millénaire. Il est même possible que la datation soit haute (VIeou VIIesiècle). Cependant, dans un tel cas, le portail aurait été situé sur la façade Ouest. Il est possible que le portail ait été détruit à l’Ouest et reconstruit côté Sud. Seul le tympan aurait fait l’objet d’un déplacement.


Les chapiteaux du portail ont pu être l’objet de remplacements ou de substitutions en fonction de leur état de conservation. Celui de l'image 9 ressemble à des modèles romans (XIe- XIIesiècle). On voit sur l‘image 10 un homme entre deux lions : s’agit-il de Daniel entre les lions ? Si oui, on peut envisager une haute datation car la représentation de Daniel est relativement fréquente au Haut Moyen-Âge.

La chapiteau de l'image 11 montrant des sortes de palmiers est quant à lui très mystérieux.

La nef de l’église (image 12) était très probablement primitivement charpentée.


Concernant les chapiteaux de la nef (images de 15 à 18), nous sommes obligés d’avouer notre ignorance. Certains comme ceux des images 15 et 16 pourraient être romans XIe– XIIeSiècle). Mais les deux suivants posent question par leur archaïsme et la difficulté d’interpréter les scènes sculptées.


Les deux chapiteaux du chevet sont tout aussi énigmatiques. Pour le premier (image 18), des feuilles pendantes en forme de pelles vues nulle part ailleurs (mais nous sommes loin de tout connaître). Pour le second (images 19 et 20), des entrelacs qui pourraient signer une origine préromane.

La sculpture sur le clocher (image 21) n’a été placée ici que à titre informatif. Au XIVesiècle, il était fréquent de décorer les clochers de sculptures incrustées (on connaît les gargouilles mais il y en avait d’autres). Celle-ci ne doit pas échapper à la règle.


Conclusion

Il apparaît que cette église doit être très ancienne (du Premier Millénaire), mais elle a subi des transformations (voûtement de la nef et peut-être cul-de-four de l’abside). Sa datation est délicate.