La chapelle Saint-Michel de Vicnau à Miramont d'Astarac 

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Nous n'avons aucun renseignement sur cette église dédiée à Saint Michel (images 1 et 2). Elle est actuellement isolée au sommet d'une colline, à quelques kilomètres de Miramont d'Astarac, petit village situé au sommet d'une autre colline, ancienne motte féodale. Cependant, il est probable qu'il n'en a pas toujours été ainsi. En effet, le nom de Vicnau est probablement issu de « vicus novus ». On connaît d'autres agglomérations ayant une étymologie analogue : « Neuvic », « Neuvy », … sans compter les nombreux « Vic ». Un de ces « Vic » n'est d'ailleurs par très éloigné de Vicnau : Vic-Fezensac.

Selon l'encyclopédie en ligne Wikipedia, « le terme (de vicus) désigne une notion collective pour tous les types d'implantation qui n'avaient pas le statut de ville,
“municipium colonia”et “civitas” ou encore de domaine rural, “villa rustica”
. Le terme de vicus désignait pour les Romains tant un “quartier urbain” et une “rangée de maisons” qu'une implantation plus importante que ses fonctions nous feraient qualifier aujourd'hui de “bourg” de “petite ville de province”. »
Par la suite, la page du site Wikipedia cite certains de ces « vici », principalement en Germanie Intérieure, où ils sembleraient avoir été plus particulièrement étudiés.
Les titres des paragraphes sont les suivants ; « I er siècle : du relais au marché de province ; II e siècle : des thermes et amphithéâtre pour l'arrière-garde ; III e siècle : fortifications contre les invasions ». Ces titres sont évocateurs : les « vici » se seraient répandus dans le monde gallo-romain dès le premier siècle et auraient subsisté jusqu'au troisième siècle de notre ère. Nous sommes très réservés quant à ces datations qui semblent obéir au dogme quasi infantile ainsi énoncé : « La bonne civilisation romaine a été détruite au IVe siècle par les méchants envahisseurs barbares ». Aucun des exemples cités sur Wikipedia ne porte le nom de « vicus ».

Notre propre évaluation repose sur une analyse toponymique à partir des suffixes ou préfixes gaulois en « dunum » (colline élevée, forteresse), en « mago » (lieu plat, marché), en « rando » (frontière), et latins en « castra » ou « castellum » (château), « villa » (domaine rural), « vicus » (bourg). Nous pensons qu'il y a eu toute une évolution dans la désignation des lieux : la paix romaine a provoqué un transfert des populations du « dunum » au « mago », l'adoption progressive du latin a induit l'adoption d'un nouveau vocable en « vicus » ou « villa ». À cela s'ajoute un autre qualificatif « novio » (nouveau) que l'on retrouve dans « noviodunum » (Noyon), « noviomagus » (Nimègue), « novilla » (Neuville, Neuilly, Nieul) ou « villanova » (Villeneuve), « novicus » (Neuvy) ou « vicus novus » (Vicnau). Toutes ces transformations ne se sont pas faites d'un coup de baguette magique au premier siècle de notre ère. Il a fallu du temps. D'ailleurs, Grégoire de Tours qui vivait dans la deuxième moitié du VIe siècle, parle d'un de ses prédécesseurs, ayant vécu dans la première moitié du VIe siècle, et qui aurait fondé plusieurs paroisses parmi lesquelles on trouve deux « novilla ».


Passons à l'examen de cette église, et en particulier, à celui de l'intérieur du sanctuaire. L'analyse de l'arcature de fond d'abside constitue l'essentiel de note démarche (image 3). Cependant, il faut auparavant remarquer la présence d'une niche abritant une state de vierge. En fait, cette niche devait être à l'origine une fenêtre axiale (image 4). Cette fenêtre a été obturée. Elle est invisible de l'extérieur (image 2). Elle a été remplacée à l'époque moderne par une autre fenêtre, côté Sud.

Nous devons dire que nous avons hésité avant d'étudier cette chapelle en vue de lui consacrer une page sur notre site. Les chapiteaux, par ailleurs très dégradés, nous semblaient romans, du XIe ou même XIIe siècle, c'est-à-dire en dehors de notre domaine d'étude consacré au premier millénaire. Certes, il nous est arrivé d'étudier des édifices du XIe ou XIIe siècle mais c'était, ponctuellement, dans le but de faire des comparaisons. Ce ne semblait pas être le cas ici.

Plusieurs point dits « de détail » nous ont fait changer d'avis. Il y a tout d'abord l'abside, percée d'une minuscule fenêtre. Nous pensons qu'il y a eu une évolution concernant les fenêtres. Les premières absides romaines étaient dépourvues de fenêtres car il fallait laisser intactes de grandes surfaces de fonds d’abside réservées aux fresques ou aux mosaïques. Inversement, au début du XIIe siècle, plusieurs penseurs insistent afin que la lumière pénètre dans les églises et c'est vers cette époque qu'apparaissent les grandes fenêtres romanes qui ornent les nefs et les chevets. Mais il y a eu, ce nous semble, un « entre-deux », c'est-à-dire un intervalle de temps durant lequel on a timidement construit en fond d'abside une petite fenêtre axiale. Voire deux fenêtres, une axiale et une méridionale. Et ce moment-là pourrait se situer aux alentours de l'an mille (question toujours en suspens).

Mais il y a aussi une autre point « de détail». Un détail qui n'en est pas tout à fait un. Observons en effet l'image 3. Il y a sur cette image quelque chose qui « ne colle pas », qui perturbe un système. Nous avons en face de nous un système de piliers dont certains sont des colonnes demi-cylindriques et d'autres des pilastres à plan rectangulaire. Qui plus est, il existe une autre différence : les colonnes sont surmontées du système chapiteau-tailloir alors que les pilastres sont surmontés d'une simple imposte.

Écartons tout d'abord un petit problème associé aux deux piliers situés à l’entrée du chœur. Nous pensons que ces deux piliers ont été placés à l'époque gothique, sans doute dans le but de soutenir un arc triomphal (qui n'a peut-être jamais été construit). Les rainures verticales creusées de part et d'autre des arêtes des murs qui donnent l'impression de colonnettes adossées sont, selon nous, typiquement gothiques (pilier de droite : image 5). Ces piliers auraient recouvert des pilastres analogues à ceux de l'abside. On a un reste d'imposte à billettes inséré dans le pilier de droite (non visible sur l'image 5, à peine visible sur l'image 3 au niveau du milieu du tableau).

Mais revenons à cette colonnade de fond d'abside. Il faut bien comprendre ceque ce mélange (colonnes et pilastres, chapiteaux-tailloirs et impostes) a de choquant. On aurait tendance à dire : « Après tout, c'était bien leur droit. Pourquoi ne l'auraient-ils pas fait ? ». Oui c'est vrai. C'était bien leur droit, mais nous pensons que ce n’était pas leurs habitudes. Il n'aurait dû y avoir que des colonnes ou que des pilastres.

D'autant que l'examen n'est pas encore terminé. Ainsi sur l'image 6, la base de la colonne est posée sur la banquette alors que la base du pilastre serait insérée dans cette banquette (à vérifier). L'existence même de cette banquette fait d'ailleurs penser à des exemples préromans (image 6).

Il y a enfin les sculptures elles-mêmes qui participent au questionnement. L'ordre dans lequel elles ont été photographiées est celui d'un déroulé de droite à gauche à partir du premier pilier de droite (image 5). On a tout d'abord un système chapiteau-tailloir (images 8 et 9). Puis un pilastre (image 10), deux systèmes chapiteau-tailloir (image 11 puis image 12), un autre pilastre (image 13 et image 14). Et enfin un système chapiteau-tailloir (image 15).

On remarque tout d'abord que les systèmes chapiteau-tailloir sont les mieux travaillés : le grain est plus fin, il y a une plus grande finesse de détails. Sur le chapiteau de l'image 8, on devine un aigle impérial et deux têtes humaines. Ces chapiteaux sont aussi les plus dégradés. Ils dateraient selon nous du XIIe siècle.

Les impostes (images 10, 13 et 14) sont beaucoup plus frustes, beaucoup moins bien exécutées (dans une cavité de l'une d'entre elles, on devine encore les trous de trépan qui auraient dû être effacés : image 13). Notons enfin que les trois faces d'une même imposte ne sont pas identiques (images 13 et 14), particularité que l'on ne trouve pas dans l'art roman. Ces impostes sont selon nous antérieures à l'an mille.


Les indices rapportés ci-dessus sont troublants. Il y a une forte présomption que la colonnade de cette abside ait été réalisée en plusieurs temps. Dans un premier temps, peut-être antérieur à l'an mille, les deux pilastres complétés par d'autres pilastres aujourd'hui disparus, cachés dans les piliers d'entrée de l'abside ou sur l'axe central. Dans un deuxième temps, aux alentours de 1150, les quatre colonnes et leurs chapiteaux. Dans un troisième temps, vers 1250, les piliers d'entrée.de l'abside.

Mais nous n'avons aucune certitude. Et on pourrait nous rétorquer que les indices d'ancienneté que nous avons décelés sont dus à la maladresse des maçons de l'époque ou au remploi de matériaux anciens. Il est possible que des mesures plus précises et un examen plus détaillé encore permettent de résoudre la question. Dans l'attente de ces réponses, nous préférons proposer une datation basse.

Datation envisagée pour la chapelle Saint-Michel de Vicnau à Miramont d'Astarac : an 1100 avec un écart de 100 ans.