L'église Saint-Michel de Lescure-d'Albigeois  

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Concernant cette église, cette page du site Internet du Ministère de la Culture nous apprend ceci :

« Siècle de la campagne principale de construction : XIIe siècle.

Année(s) de(s) campagne(s) de construction : 1158.

Description historique : L'église, entièrement construite en pierre, se compose d'une nef avec bas-côtés, dont le mur qui mène au chœur est percé de deux petites fenêtres ornées chacune de deux colonnes miniatures aux chapiteaux à feuille d'eau
(image 6). L'édifice s'ouvre par un grand portail en arc plein cintre richement orné
(ornementation végétale, têtes humaines et d'animaux ... )
(image 8). Les chapiteaux des colonnes du portail représentent la tentation d'Adam et Ėve, le sacrifice d'Abraham, le mauvais riche. A l'intérieur, au centre de l'église, quatre colonnes soutiennent un commencement de coupole. Bas-côtés et sanctuaire sont voûtés tandis que la nef est couverte par un plafond à planches. »


Peu de choses à dire sur le texte ci-dessus. Hormis le fait que nous nous demandons comment font ses auteurs pour arriver à dater de 1158 l'année de la principale campagne de construction.

Compte tenu de ce que nous connaissons en ce qui concerne les textes relatifs à un grand nombre d'autres églises, nous pensons que, sans être totalement arbitraire, cette date ne reflète pas la réalité. Il faut bien comprendre que les architectes du Moyen-Âge ne dataient pas leurs constructions. Certes, des dates peuvent être dévoilées. Mais c'est d'une façon détournée (achat d'un terrain, paiement de travaux). Par ailleurs, dans le cas présent, la grande précision (1158) est en soi problématique. Certains auteurs ont pu affirmer que la construction d'une église pouvait durer plusieurs siècles. Nous ne pensons pas cela. Certes des travaux importants peuvent être effectués sur une église construite plusieurs siècles auparavant. Mais nous pensons que l'église primitive a été érigée en quelques années. Plus exactement, la construction d'un grand bâtiment est le résultat de l'engagement d'une vie humaine : la vie de celui qui a été le moteur du projet. Celui-ci veut voir son projet réalisé. Ou au moins en voie d'achèvement. En conséquence, tout est fait pour que le projet soit réalisé dans les vingt ans qui suivent la prise de décision. Suivant le dynamisme du personnage principal, les vingt ans peuvent être ramenés à cinq ou six ans. Mais certainement pas à une seule année, l'an 1158.

L'examen de l'architecture de l'édifice permet de voir que cet édifice a subi plusieurs étapes de construction. Observons en particulier le portail Nord visible sur les images 1 et 7. On constate son absence de décoration. Une décoration de colonnettes et de chapiteaux pourtant visible ailleurs sur les fenêtres des croisillons du transept (images 5 et 6). Une décoration que l'on retrouve plus riche encore sur le portail de la façade Ouest (image 8). Et on remarque de même sur cette façade Ouest que, si le portail est richement décoré, les fenêtrez situées tout à côté ne le sont pas.

D'où l'idée que le porche de la façade Ouest et peut-être les croisillons du transept ont été ajoutés à une église construite auparavant, peu riche en décoration. Combien de temps auparavant ? Au moins un siècle ! C'est du moins ce que nous pensons.


Le portail Ouest (image 8) est manifestement roman. Nous le datons du deuxième âge roman, du XIIesiècle. Il devrait donc se situer hors de notre étude sur les monuments du Premier Millénaire que, pour des raisons d'imprécision des datations, nous faisons déborder jusqu'à l'an 1100.

Cependant, nous pensons que la thématique de l'iconographie a évolué au cours des temps et nous essayons de reconstituer cette évolution. Nous ne sommes qu'au début de cette recherche qui s'avère très délicate car des thèmes comme le « Péché Originel » ou les « Oiseaux au Canthare » ont traversé les siècles. Il nous faut essayer d'établir des correspondances. Ce site n'est pas seulement destiné à vous informer, ami lecteur. Grâce au fichier Excel qui lui est associé, il nous sert aussi de base de documentation et de recherche.

Image 10 : le Péché Originel. Le thème est classique. Sa représentation dans le cas présent l'est moins. Le fruit défendu est présenté au moins deux fois : dans la main d'Ėve et dans la gueule d'un monstre placé au coin, en haut.

Image 11 : le Sacrifice d'Abraham. Ici aussi le thème est classique.

Image 12 : Le thème des lions affrontés est fréquent. Mais c'est la première fois que nous voyons les queues entrelacées. Notons que ce chapiteau semble avoir été sculpté sur ses quatre faces. Donc utilisé ici en remploi.

Image 13 : Oiseaux affrontés. Il s'agit peut-être de la scène des « Oiseaux au Canthare ». Notons que ce chapiteau semble avoir été sculpté sur ses quatre faces. Donc utilisé ici en remploi.

Image 14 : Le mauvais riche et le pauvre Lazare. À gauche, le mauvais riche est emporté par un diable. À droite, l'âme toute nue du pauvre Lazare est assise sur les genoux de Dieu le Père.

Image 15 : L'âme de l'avare qui porte une grande bourse devant lui est saisie par deux diables situés de part et d'autre et dévorée par une gueule de monstre au-dessus de lui.

Image 16 : L'âme de la luxure est dévorée par deux dragons situés de part et d'autre.


Image 20 : L'image de « Daniel dans la fosse aux lions » est elle aussi très classique.

Image 21 : Cette scène est assez énigmatique. S'agit-il d'une scène de réconciliation ? Un peu d'humour : elle nous fait penser à la scène des deux barbus qui s'affrontent en disant : « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette. Le premier qui rira recevra une tapette. ».


Datation envisagée pour l'église Saint-Michel de Lescure d’Albigeois : an 1050 avec un écart de 100 ans.