Le prieuré Notre-Dame-de-l’Auder d'Ambialet
La page du site Internet Wikipedia
consacrée à cet édifice nous apprend ceci :
« Ambialet
est situé sur une barre rocheuse très dure qui a
interrompu le cours de la rivière Tarn, l'obligeant à
faire une courbe de trois kilomètres pour revenir à
quelques mètres de son point de départ (images
1 et 2).
La presqu'île ainsi formée est une crête rocheuse pentue.
C'est au sommet de cette crête que le prieuré a été érigé.
Un monastère a été construit sous l'égide des vicomtes
d'Albi. En 1057, le monastère devient prieuré en étant
remis aux bénédictins de l'abbaye Saint-Victor de
Marseille, en même temps que l'église paroissiale
d'Ambialet. Frotaire II, évêque de Nîmes, et son neveu
Raymond-Bernard Trencavel, vicomte d'Albi, cèdent «le mont
qu'on appelle de la Voute» près du castrum d'Ambialet,
hérité de ses parents à Dieu et «à l'autel de sainte Marie
situé en ce lieu dans une église d'antique fondation». En
1079, le pape Grégoire VII confirme à l'abbé Bernard les
possessions de Saint-Victor de Marseille... »
Pour la plupart des historiens de l'art,
et ce, au moins jusqu'à une date récente, il n'existe pas
d'église antérieure à l'an 1000. Hormis quelques chapelles
de très petites dimensions. Pour faire bonne mesure, les
mêmes historiens, afin d'éviter de passer sous la barre de
l'an mille, prennent quelques précautions et préfèrent
remonter la barre de quelques dizaines d'années en estimant
qu'il n'existe pas d'église antérieure à l'an 1050.
Le texte ci-dessus nous apprend que l'église Sainte-Marie
d'Ambialet existait en 1057. Et de plus, il révèle que cette
église est « d'antique
fondation ». Ce mot, « d'antique
fondation », paraît très imprécis quant à la
datation. En fait, cette imprécision même nous fournit une
indication : celui qui l'a écrit ne connaît pas lui-même sa
datation. Cele signifie qu'il n'a pas assisté à sa
construction. Pas plus que les témoins de la génération
précédente et même ceux de la génération antérieure. On peut
donc envisager que cette église a été construite au moins 75
ans avant la date de 1057. L'église serait donc préromane.
Est-ce que notre analyse de
l'architecture confirme cette hypothèse ?
Constatons d'abord sur l'image
5 que cette église est pourvue d'un transept bas.
Ce que nous appelons « transept bas » est un transept obtenu
en accolant au vaisseau central deux ailes de bâtiments.
Cette opération, effectuée dans la plupart des cas
rencontrés sur la travée la plus proche du chœur, supprime
la partie des collatéraux de cette travée. Le plus souvent
aussi, cette opération s'est effectuée sur une nef déjà
construite. Il semble que ce soit le cas ici car le transept
est le seul endroit du bâtiment où l'on voit des chapiteaux
surmontant des demi-colonnes adossées aux piliers (images
13 et 14). Partout ailleurs, ce sont des impostes
surmontant des pilastres à section rectangulaire. Voir aussi
le plan de l'image 15.
Examinons l'image
17 d'une travée. On repère, face à nous, deux
grands arcs. Celui du dessous protège une grande baie
permettant d'accéder au collatéral situé en arrière. Cet arc
est un arc double. C'est-à-dire qu'il est formé d'une double
rangée de claveaux. Celui du dessus est accolé contre la
paroi. Il soutient une partie de la voûte. Au-dessous de la
partie supérieure de cet arc, s'ouvre une grande baie. Nous
pensons que l'église primitive n'était pas voûtée mais
charpentée. L'église était à plan basilical. À un moment
donné (probablement avant l'an mille), on a décidé de la
voûter. Pour ce faire, on a décidé de réduire la largeur du
vaisseau central en accolant sur les parois deux larges
pilastres supportant à leur tour l'arc supérieur. Puis, par
dessus les pilastres, on en a placé d'autres plus étroits
destinés à porter des arcs doubleaux transversaux à la
paroi. Et on a posé sur ces arcs la voûte en plein cintre.
Cette opération a eu pour effet d'obstruer les fenêtres
supérieures qui ont été ré-ouvertes plus tard dans le but
d'éclairer la nef. On retrouve la même idée de voûtement
postérieur à la construction initiale dans les
images suivantes 18,
19 et 20.
L'image 21 reproduit
un détail de l'image 20. Il s'agit de l'arc
inférieur. On constate qu'il est double. On constate aussi
qu'il est nettement outrepassé.
Datation
envisagée
Cette datation nous pose un sérieux problème.
Nous estimons en effet que l'arc double (comme celui de l'image 21) constitue un
progrès technique par rapport à l'arc simple. Nous situons
l'invention de l'arc double après l'an 800 (avec une grande
marge d'erreur).
Mais par ailleurs nous pensons que l'arc outrepassé (comme
celui de l'image 21)
est une invention des wisigoths. Ceux-ci auraient quitté
cette région bien avant l'an 800 (avec une grande marge
d'erreur).
Nous sommes donc confrontés à un fort dilemme. Il est
cependant possible que l'arc double qui nous semble ici très
primitif ait été inventé avant l'an 800.
Datation envisagée
pour le prieuré Notre-Dame-de-l’Auder d'Ambialet : an 700
avec un écart de 200 ans.