L'église Saint-Genès de Châteaumeillant 

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Cette église Saint-Genès de Châteaumeillant (Cher) nous est apparue d'une telle singularité que nous avons voulu lui consacrer de nombreuses images de cette page, en tout 54. Nous ne sommes d'ailleurs pas arrivés à les interpréter toutes correctement.


Les images 1 et 3 de l'extérieur de l'édifice font apparaître un appareil régulier très caractéristique d'un art roman relativement tardif, que nous situerions dans la première moitié du XIIesiècle (an 1125 avec un écart de 50 ans). Cette datation est confirmée par l'examen de la porte Sud (image 2) et d'une fenêtre (image 4) . Il est dans notre intention d'étudier l'évolution des baies comme nous l'avons fait pour l'évolution de l'architecture. Nous pensons en effet que l'examen des fenêtres peut se révéler instructif. Concernant cette église, les fenêtres encadrées par des colonnes portant l'arc supérieur dateraient, elles aussi, de l'an 1125 avec un écart de 50 ans.


La façade Ouest (image 5) se révèle plus énigmatique. Il semblerait qu'il y ait eu sur cette façade deux étapes de travaux. La partie supérieure avec ses fenêtres encadrées de colonnes pourrait, comme celles de la façade Sud, dater de la première moitié du XIIesiècle. On constate cependant que ces fenêtres semblent encadrer des ouvertures plus anciennes. Nous envisageons donc que l'actuelle façade a pu être superposée à une façade plus ancienne. Le porche actuel, de faible épaisseur, serait donc plus récent que le portail qu'il protège. Cette impression est confirmée par l'image 6. Nous avons déjà vu ce type de décor situé au dessus du linteau. Il ne s'agit pas a priori d'un tympan. La porte est surmontée d'un linteau monolithe en bâtière. Lequel linteau est protégé par un arc en plein cintre. Entre les deux, il y a un vide qui est comblé par une marquéterie de pierre. Nous pensons que ce type de décor a précédé le système linteau droit - tympan. Nous datons provisoirement des structures de ce type de l'an 950 zavec un écart de 100 ans.

Les chapiteaux cubiques qui encadrent la porte (images 7 et 8) seraient aussi plus anciens que les autres (images 7, 8 et 9 ).


Le plan de l'image 10 est quant à lui révélateur de deux étapes de travaux (au moins. Nous verrons qu'il peut y en avoir d'autres non visibles sur ce plan). Observons d'abord le chevet. Il s'agit d'un chevet de type clunisien. Ces chevets sont formés de chapelles à abside semi-circulaire disposées en étages de part et d'autre de l'abside principale. Mais en examinant de plus près ce plan, on s’aperçoit que l'abside principale et les deux absides qui l'encadrent sont situées dans le prolongement des vaisseaux de la nef. D'où l'idée suivante, une idée apparue au cours de visites de nombreux autres édifices : primitivement, il n'y avait pas de transept. Le plan de l'église était celui d'une nef à trois vaisseaux clos, côté Est, par trois absides. Ultérieurement, il a été décidé de construire le transept actuel en supprimant plusieurs travées de la nef antérieure ; mais en conservant l'abside principale et les deux absidioles. Pour vérifier cette hypothèse, il faudrait mesurer avec précision l'écart entre les piliers. On observe sur le plan que cette distance entre piliers est constante pour les quatre premières travées de nef, un peu plus grande pour la Vetravée(la plus proche du transept) nettement plus grande pour la travée du transept et un peu plus petite pour les travées de chœur.


L'intérieur de l'église (à partir de l'image 11) fait montre d'une plus grande complexité. D'une part, les chapiteaux de la nef (à partir de l'image 24) témoignent d'un archaïsme dans l'art roman. Mais d'autre part, les arcs doubles et brisés de l'image 14 sont caractéristiques d'un art roman nettement plus évolué, voire même d'un art gothique.

Tout aussi surprenante est l'agencement des ouvertures à l'Est du transept. En effet, si on analyse les images 15, 16, 17, 18 on repère à droite du vaisseau central 3 ouvertures protégées par des arcs. Nous numéroterons ces ouvertures de gauche à droite en commençant par celle du vaisseau central. On a donc le vaisseau central
(baie 1, à gauche dans l'image 15, au milieu dans l'image 16) surmonté d'un arc double brisé. Puis l'entrée du premier collatéral Sud du chœur (baie 2, à gauche dans l'image 17). Cette entrée est surmontée d'un arc double en plein cintre porté par des chapiteaux. Il y a ensuite l'entrée du deuxième collatéral Sud du chœur (baie 3, au centre dans l'image 17 et image 18). Cette entrée est surmontée d'un arc simple en plein cintre porté par des impostes (et non des chapiteaux). Et enfin, l'entrée d'une chapelle greffée directement sur le croisillon Sud du transept (baie 4, à droite dans l'image 17). Cette entrée est surmontée d'un arc double brisé porté par des chapiteaux.

Nous estimons que la variété de ces constructions d'arcs n'est pas dûe à la fantaisie d'un seul architecte, mais à plusieurs étapes de travaux conçues par des architectes différents et s'étant déroulées sur plusieurs siècles.

Ainsi la baie 3 (arc en plein cintre sur impostes) pourrait correspondre à une première étape de travaux (le chevet aurait été construit en premier). La partie inférieure de la nef avec ses chapiteaux d'art roman « archaïque » aurait été construite au cours d'une deuxième étape de travaux. Les grands arcs brisés de la nef auraient été édifiés plus tard en remplacement d'autres arcs jugés plus primitifs. Il faut cependant dire que ce ne sont là que des hypothèses qui doivent être mises en concurrence avec d'autres hypothèses. L'ensemble mérite une analyse nettement plus poussée que celle que nous venons de faire. Avec un retour sur le terrain et un examen des parties que nous n'avons pu visiter comme, par exemple, les combles.


Les images de 20 à 22 font apparaître l'agencement et la beauté de ce sanctuaire de type « clunisien ». Il ne s'agit pas d'un chœur à déambulatoire (c'est pour cela que dans la désignation des images nous avons mis des guillemets au mot « déambulatoire »). Cependant, sa disposition permet la tenue de grandes assemblées autour de l'autel principal et évite la construction d'une grande abside à plan semi-circulaire. Nous pensons que ce type de chevet a précédé le chevet à déambulatoire. Nous le datons donc de l'an 1075 avec un écart de plus de 50 ans.


Nous avons voulu montrer 21 chapiteaux de l'image 24 à l'image 44. La raison en est que nous n'arrivons pas à identifier la plupart d'entre eux. Il faut comprendre que, pour un grand nombre d'églises à chapiteaux historiés, certaines représentations sont récurrentes, même si on a de la difficulté à les interpréter correctement : la sirène, le singe cordé, les lions dévorant, les oiseaux au canthare, etc. Mais il existe des églises ne respectant pas le schéma classique. C'est le cas pour celle-ci. La plupart des scènes sont énigmatiques. Certes, on devine plus qu'on reconnaît le « Péché Originel » dans les images 32 et 35. Ou « l'homme dévoré par des lions » dans l'image 29. Mais même ces scènes identifiables sont insérées dans des décors difficilement interprétables.

Y a-t-il eu à un moment donné, dans cette partie de l'Europe, une période iconoclaste au cours de laquelle les artistes ont été contraints de reproduire des images non réalistes ? Certaines communautés monastiques ont-elles réalisé une auto-censure ? Peut-être certains de nos lecteurs connaissent-ils l'interprétation de ces images ?


Nous terminons cet article par quelques images sur lesquelles nous avons décelé des traces d'étapes de construction. Il y a d'abord sur les images 51 et 52 les grands arcs qui semblent en partie recouvrir les petits arcs reposant sur la colonne intermédiaire. Il est possible que cette superposition soit purement fortuite. Mais nous devons envisager qu'il y ait eu deux étapes de travaux. Sans trop savoir laquelle a précédé l'autre.

L'image 53 révèle quand-à-elle un pilastre qui cache en partie l'arc et le chapiteau situés en arrière. Nous pensons qu'il a été placé ultérieurement mais nous ne savons pas pour quelle raison. Sur l'image 54, on peut voir une colonne portant un chapiteau. Mais au-dessus de ce chapiteau, rien d'autre. Alors qu'il devrait y avoir autre chose au-dessus: une autre colonne ou un arc doubleau. Alors est-ce le reste d'un essai inachevé ? Ou le reste d'une ancienne abside détruite par la construction de l'abside actuelle ?


Datation envisagée pour l'église Saint-Genès de Châteaumeillant : an  an 975 avec un écart de 50 ans.