Église Saint-Pierre de Ploërdut
Vue
de
l’extérieur,
l’église
Saint-Pierre
de
Ploërdut
n’attire
pas
l’attention.
Seul
élément
notable
dans
sa
façade
Ouest
(image
1),
en
bas
à
droite,
une
construction
à
l’architecture
étonnante,
un
ossuaire
datant
probablement
du
XVIesiècle.
Mais
pour
le
reste,
rien
ne
laisse
apparaître
une
quelconque
originalité.
En
particulier
l’existence
d’une
nef
à
trois
vaisseaux
cachée
sous
un
toit
à
deux
pentes.
Cette
nef
est
visible
sur
les
images
3
et
4.
On
constate
l’alternance
des
piliers
cylindriques
et
cruciformes..
Notons
qu’une
telle
alternance
n’existait
pas
dans
l’église
précédente
de
Priziac.
Il
y
avait
bien
deux
types
de
piliers,
mais
leur
disposition
ne
répondait
pas
à
une
organisation
précise.
Ici,
c’est
bien
le
cas,
comme
en
témoigne
le
plan
de
l'image
24.
Cependant
ce
plan
révèle
un
détail
qui
nous
semble
important
:
les
piliers
ne
sont
pas
dans
un
parfait
alignement.
On
peut
penser
à
une
maladresse
du
constructeur.
Ce
qui
pourrait
être
le
cas
des
piliers
du
bas
(côté
Sud).
Mais
côté
Nord,
l’écart
est
trop
important
pour
être
justifié
par
une
maladresse.
Cet
écart
serait
plutôt
dû
à
une
reprise
des
travaux.
La
complexité
de
l’édifice
apparaît
encore
plus
grande
si
on
observe
sur
le
plan
de
l'image
24
les
traces
des
arcs
reliant
les
piliers
:
on
a
soit
deux
traces
parallèles,
soit
quatre
traces
parallèles.
L’existence
de
deux
traces
parallèles
signifie
qu’on
est
en
présence
d’arcs
simples
;
pour
quatre
traces,
ce
sont
des
arcs
doubles.
Les
arcs
simples
sont
visibles
sur
les
images
10,
12
(arc
de
gauche),
13,
17,
18,
20,
23.
Les
arcs
doubles
se
trouvent
quant
à
eux
sur
les
images
7,
8,
12
(arc
de
droite),
14,
15,
16.
Sur
le
plan
de
l'image
24,
on
peut
voir
que
les
arcs
simples
sont
situés
à
l’intérieur
du
transept,
entre
la
nef
et
le
transept
et
dans
les
trois
premières
travées
de
la
nef
côté
Ouest.
Par
contre,
on
trouve
les
arcs
doubles
dans
quatre
travées
centrales
de
la
nef.
Cette
distribution
n’est
peut-être
pas
tout
à
fait
au
hasard.
Le
décrochage
ou
écart
constaté
précédemment
sépare
les
trois
premières
travées
de
la
nef
des
quatre
suivantes.
Quant
à
la
travée
située
entre
nef
et
transept,
dotée
d’arcs
simples,
on
sait
que
nombre
de
transepts
ont
été
bâtis
sur
des
nefs
construites
auparavant.
Le
problème
se
complique
davantage
encore
si
on
observe
de
plus
près
les
piliers
cruciformes.
Observons
celui
situé
à
l’extrême
gauche
dans
l'image
6.
Nous
avons
l’habitude
de
rencontrer
des
piliers
cruciformes
de
type
R1111
:
sur
un
pilier
à
plan
rectangulaire,
on
adosse
des
colonnes
demi-cylindriques
ou
des
pilastres
rectangulaires.
Et
ce,
sur
chacune
des
faces.
Ce
n’est
pas
le
cas
ici,
car
le
noyau
de
base
n’est
pas
à
plan
rectangulaire
mais
circulaire.
Ce
sont
des
piliers
de
type
C1111.
On
trouverait
ce
type
exceptionnel
de
pilier
à
Perros-Guirec.
Remarquons
par
ailleurs
que
pour
le
pilier
de
l'image
6,
ainsi
que
pour
celui
de
l'image
12,
la
colonne
adossée
située
côté
vaisseau
central
ne
porte
rien.
Soit
elle
a
été
placée
là
pour
des
raisons
purement
esthétiques,
soit
le
projet
pour
lequel
elle
a
été
installée
n’a
pas
été
réalisé.
On
se
demande
néanmoins
quel
aurait
pu
être
ce
projet.
Certe,
de
telles
colonnes
isolées
existent
dans
diverses
églises,
mais
ces
colonnes
servaient
à
porter
les
doubleaux
des
voûtes
et
leurs
chapiteaux
sont
à
une
plus
grande
hauteur,
au-dessus
des
arcs.
Il
faudrait
refaire
l’étude
de
cet
édifice
en
s’efforçant
de
déterminer
les
dimensions
exactes
des
piliers.
Nous
pensons
sans
certitude
avérée
que,
primitivement,
tous
les
piliers
étaient
à
base
circulaire
de
mêmes
dimensions
(hormis
peut-être
celui
de
l'image
13).
Il
faudrait
aussi
photographier
systématiquement
tous
les
chapiteaux,
tailloirs
ou
impostes,
identifier
les
points
d’ancrage
des
arcs
qui,
au
vu
des
images
12,
17,
18,
20,
semblent
décalés
par
rapport
aux
chapiteaux
ou
tailloirs
qu’ils
surplombent,
comme
s’il
y
avait
eu
un
tremblement
de
terre
qui
avait
fait
bouger
l’ensemble.
L’étude
des
chapiteaux
et
tailloirs
se
révèle
tout
aussi
complexe.
Leur
caractère
fruste
caractérise
une
haute
datation,
mais
à
cause
de
ce
caractère
trop
fruste,
il
nous
est
difficile
d’évaluer
cette
datation.
Peut-être
y
arrivera-t-on
un
jour
après
avoir
effectué
un
grand
nombre
de
comparaisons
?
Nous
ne
sommes
d’ailleurs
pas
certains
que
toutes
les
pierres
sculptées
soient
contemporaines.
Ainsi
les
images
14,
15,
17,
18,
20
et
21
montrent
que,
au-dessus
de
chaque
pilier
cylindrique,
est
posé
non
seulement
un
chapiteau,
mais
aussi
un
tailloir.
Par
contre,
sur
le
pilier
cylindrique
de
l'image
23,
on
ne
découvre
qu’un
chapiteau.
On
se
trouve
en
présence
d’une
situation
très
complexe.
Hypothèses
d’interprétation
Nous
pensons
qu’à
l’origine
tous
les
piliers
devaient
être
cylindriques,
portant
des
chapiteaux
cubiques
à
base
circulaire.
Ces
piliers
devaient
porter
comme
à
Priziac,
une
structure
légère,
peut-être
en
bois.
Ultérieurement,
on
aurait
décidé
de
prolonger
la
nef
de
trois
travées
vers
l’Ouest.
Pour
ces
aménagements,
on
aurait
utilisé
des
arcs
en
plein
cintre.
Plus
tard
encore,
on
aurait
remplacé
les
constructions
édifiées
sur
les
quatre
travées
médianes
par
d’autres
installées
sur
les
arcs
doubles,
plus
performants
que
les
arcs
simples.
Ces
divers
«
rafistolages
»
expliqueraient
les
défauts
de
points
d’ancrage
des
arcs.
Et
aussi
les
raisons
ayant
conduit
à
poser
des
tailloirs
au
dessus
des
chapiteaux.
Nous
ne
sommes
pas
du
tout
certains
d’être
parvenus
à
la
bonne
explication.
Nous
pensons
d’ailleurs
que
la
réalité
est
plus
complexe
et
que
d’autres
recherches
tant
sur
les
photographies
que
sur
des
parties
non
explorées
(clocher,
combles,
sacristies
diverses)
pourraient
permettre
de
peaufiner
ces
raisonnements,
voire
même
d’y
apporter
des
contradictions.
Cependant,
nous
sommes
persuadés
qu’une
analyse
analogue
à
celle
que
l’on
vient
de
faire
mettant
en
évidence
non
pas
les
qualités
de
l’ouvrage,
mais
ce
qui
apparaît
comme
ses
défauts,
défauts
exigeant
des
explications,
est
seule
susceptible
d’apporter
des
éléments
nouveaux.
Il
faut
comprendre
que,
non
seulement
en
ce
qui
concerne
cette
église,
mais
aussi
en
ce
qui
concerne
l’ensemble
des
édifices
du
premier
millénaire
ou
considérés
comme
tels,
nous
sommes
en
présence
d’un
gigantesque
puzzle.
Il
y
a
deux
façons
de
reconstituer
un
puzzle.
La
première
consiste
à
examiner
chaque
pièce
de
carton
dans
les
moindres
détails
et
à
vérifier
si
ces
détails
correspondent
à
d’autres
vus
ailleurs.
La
deuxième
consiste
à
prendre
des
ciseaux
et
couper
chaque
pièce
en
petits
carrés
égaux
de
façon
à
éliminer
tous
les
contours
irréguliers
puis
à
assembler
ces
carrés
pour
former
un
grand
rectangle.
L’ensemble
ainsi
constitué
a
l’allure
d’un
magnifique
patchwork
qui
ne
ressemble
en
rien
au
puzzle
initial.
Le
lecteur
avisé
aura
sans
doute
deviné
que
c’est
la
première
méthode
que
nous
préférons.
Il
comprendra
aussi
que,
tout
comme
la
reconstitution
d’un
puzzle
peut
provoquer
une
sensation
de
plaisir
à
celui
qui
s’y
emploie,
la
tentative
d’explication
et
de
reconstitution
de
monuments
du
premier
millénaire
peut
provoquer
une
sensation
analogue
détachée
du
sentiment
d’orgueil
du
donneur
de
leçons.
Datation
Dans
un
premier
temps,
nous
avions
envisagé
au
vu
des
arcs
doubles
que
cette
église
datait
du
dernier
quart
du
premier
millénaire.
L’existence
d’arcs
simples
et
le
fait
qu’il
y
ait
eu
de
nombreuses
transformations
fait
remonter
cette
datation.
Nous
proposons
l’an
750
avec
un
écart
de
200
ans.
Les
chapiteaux
et
tailloirs
seraient
quant
à
eux
plus
tardifs
(an
850
avec
un
écart
de
150
ans).