Église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Langonnet 

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Il convient d’abord de remarquer que cette église est placée sous un double patronage : Saint Pierre et Saint Paul. Nous avons remarqué que beaucoup d’églises du premier millénaire étaient aussi placées sous un double patronage : Saint Nazaire et Saint Celse, Saint Just et Saint Pasteur, Saint Gervais et Saint Protais. Il ne faudrait cependant pas en faire une généralité. Grégoire de Tours, qui vivait au VIesiècle, cite des églises dédicacées à un seul saint. Cependant, on peut s’interroger sur cette pratique en lien avec une dualité qui pourrait être : le sacré (Saint Pierre) et le profane (Saint Paul), le maître (Saint Nazaire) et le disciple (Saint Celse). Une dualité que l’on rencontre dans les églises les plus anciennes lorsque l’espace sacré (le chœur) n’est pas situé sur le même axe que l’espace profane (la nef).


Tout comme les deux églises précédentes (Priziac et Ploërdut), celle de Langonnet ne semple pas présenter un quelconque intérêt si on l’examine de l’extérieur (images 2 et 3). Et il est difficile de deviner que l’unique toit à double pente recouvre une nef à trois vaisseaux.

Mais dès qu’on pénètre à l’intérieur, l’existence de trois vaisseaux charpentés ne fait plus de doute (images 4, 5, 6 et 7).


On remarque que la nef est constituée de deux parties nettement différenciées. Côté Ouest, quatre travées sont dotées d‘arcs brisés. Les piliers en forme de palmiers s’élançant vers le ciel sont dépourvus de chapiteaux. Ils sont caractéristiques du gothique flamboyant (XIVeou XVesiècle), et visibles sur les images 9 et 11.

La deuxième partie est typiquement romane : les piliers portent des chapiteaux qui à leur tour portent des arcs en plein cintre (images 9 et 12).

Il faut cependant effectuer un petit rectificatif. Nous avons dit auparavant que les quatre travées côté Ouest étaient dotées d’arcs brisés. Ce n'est pas tout à fait exact. Nous avons quatre arcs brisés (gothiques) au Nord et seulement trois au Sud. Et inversement, ces arcs sont suivis par trois arcs romans au Nord et quatre au Sud.

Une telle disposition n’est en soi pas très gênante. Elle prouve qu’il a pu y avoir interruption de la construction pendant plusieurs siècles. À la reprise des travaux, les architectes ont conservé les plans au sol de l’église antérieure de manière à assurer la continuité de l’édifice.

Il nous faut ajouter une information qui nous semble importante : les arcs en plein cintre sont simples (ou à un seul rouleau). Pas tous cependant : les arcs situés entre la nef et le transept sont doubles (ou à double rouleau) ; arc de gauche de l'image 8, arc de droite de l'image 12. Cette information n’est pas surprenante. Nous pensons en effet que l’arc double consiste une innovation importante par rapport à l’arc simple. C’est d’ailleurs cette idée d’innovation qui nous permet de ranger les édifices à arcs simples dans l’intervalle de datation 500- 800 et ceux à arcs doubles dans l’intervalle 800-1000 (estimations effectuées sous diverses réserves). C’est vers la même date intermédiaire de l’an 800 (avec un écart de 100 ans) que nous situons la création des premiers transepts. Il est donc logique d’envisager la conjecture suivante : la nef romane est édifiée peu avant l’an 800, l’église étant dépourvue de transept. Après l’an 800, on décide de construire un transept et un chœur en utilisant une partie de la nef primitive. Pour effectuer le raccordement entre l’ancienne nef et le nouveau transept, on construit des arcs de raccordement dans une technique plus moderne, l’arc double. Beaucoup plus tard, on prolonge la nef par des travées gothiques.



Les piliers romans


Il existe deux types de piliers. Le premier d’entre eux est représenté par un seul exemplaire : le pilier Nord séparant la nef romane de la nef gothique (à droite sur l'image 12, à gauche sur l'image 13,image 16). Son massif chapiteau est quant à lui représenté sur les images 14, 15 et 21. Ce pilier est énigmatique. Il faudrait l’examiner de plus près pour en déterminer sa structure. Est-ce sa forme originale ? Ou a-t-il été modifié en ajoutant à une structure à plan rectangulaire ou circulaire des colonnettes destinées à le consolider ? En tout cas, il participe de cette originalité que nous avons si souvent rencontrée en Bretagne.

On pourrait en dire autant des autres piliers romans. Ceux-ci sont pourtant un peu moins originaux puisque nous les avons déjà vus à Priziac. Il existe néanmoins une différence avec Priziac. À Priziac, les dalles semi-cylindriques posées verticalement ne sont pas sculptées, alors qu’à Langonnet, elles le sont (images 17, 18, 19, 22, 23, 24).Les chapiteaux situés entre les dalles sont principalement de forme cubique à base circulaire (image 20).

On retrouve à Langonnet ce qu’on avait vu à Priziac : les dalles semi-circulaires ont très probablement été posées après les chapiteaux cubiques. C’est ce que l’on observe sur l'image 22 : si les dalles sculptées avaient été posées en même temps que le chapiteau du milieu, on n’aurait pas pris le soin de sculpter les faces latérales de celui-ci. On aurait donc la même démarche qu’à Priziac : les piliers primitifs étaient de type R1010 (c’est-à dire, à noyau rectangulaire avec des demi-colonnes adossées côtés Est- Ouest). Postérieurement, les piliers auraient été transformés en piliers de type R1111.


L’intérêt porte aussi sur l’iconographie des chapiteaux. Certains des décors sont inusités (images 17, 18, 19). Des chapiteaux historiés sont difficilement compréhensibles (image 13). Celui de l'image 25 montre deux animaux fantastiques. Les représentations d'animaux fantastiques sont fréquentes dans les arts préroman ou roman, mais celle-ci reproduit un modèle inédit.

Trois représentations sculptées ont retenu notre attention. Il y a d’abord celle de l'image 21. Il s’agit d’une crucifixion : le christ en croix est au centre d’une croix pattée. Il est entouré de deux oiseaux. On retrouve dans cette représentation deux symboles paléochrétiens (IVesiècle) : les oiseaux au canthare et la croix pattée. Mais il s’agit de symboles transformés : les oiseaux au canthare avaient une attitude parfaitement symétrique. Quant à la croix pattée d’origine, ses branches sont égales et elle ne porte pas le Christ. Le corps de celui-ci est un épi de blé. Cette représentation pourrait dater du VIIeou VIIIesiècle.

La deuxième sculpture est celle de l'image 23 : une main tient un objet formé d’un faisceau de tiges à gauche et d’une croix pattée à droite.

On retrouve les mêmes objets - le faisceau de tiges étant appelé palme - sur le dessin de l'image 26.

Ces deux représentations (de l'image 23 et de l'image 26) sont elles aussi très originales. Le fait que soient représentées associées dans une même image et liées entre elles deux représentations, l'une manifestement religieuse chrétienne (la croix pattée), et l’autre, apparemment profane (un faisceau de tiges), montre que cette dernière pourrait avoir une signification hautement symbolique. Les chapiteaux des images 19 et 24 qui présentent les mêmes faisceaux de tiges pourraient donc avoir une signification autre que purement décorative. Il reste à voir si de telles décorations existent ailleurs. Notons que certains chapiteaux de l’église de Loctudy sont décorés de croix pattées portant le corps du Christ.


Datation estimée de l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Langonnet : an 750 avec un écart de plus de 150 ans.