La chapelle Sainte-Anne de l’Île de Batz
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La page du site Internet Wikipedia relative à cette église
donne des indications sur son histoire : « L’église
romane est bâtie à l'emplacement du monastère fondé par
Pol Aurélien, l’un des sept Sains Fondateurs de la
Bretagne, ...
Selon la légende rapportée dans la Vie de Saint Pol
Aurélien, ... un dragon faisait régner la terreur sur
l’île. Le comte Withur (Gwithur), un cousin du saint, prie
celui-ci de l’en débarrasser. Saint Pol passa son étole
autour du cou du dragon, le conduisit jusqu’à l’extrémité
Nord de l’île et le jeta dans la mer au lieu dit «
Toul-ar-Serpan » (le « trou du serpent »). L’étole
miraculeuse est actuellement conservée dans l’église
paroissiale, mais cette étoffe orientale brodée, bien que
très ancienne, date en fait du
VIIIesiècle.
En remerciement, le comte donna l’île à Saint Pol qui y
construisit un monastère. Après avoir été évêque de
Saint-Pol-de Léon, il se retire dans son monastère de
l’Île de Batz où il serait mort centenaire le 12 mars
(date de sa fête) 594, selon le chanoine Aubert. Ce
monastère subsista jusqu’aux invasions vikings qui le
détruisent en 878 et font de l’île une de leurs bases d’où
partent les raids vers le continent. Les reliques du saint
sont transférées au monastère Saint-Florent de
Fleury-sur-Loire.
Après la victoire de Trans sur les Normands en 939, le duc
Alain Barbetorte refonde l'église de Batz.
Marc Déceneux attribue la construction de l'église au
mécénat du comte de Rennes Juhel Béranger, qui tient sa
cour non loin, à Lanmeur, pendant le dernier quart du
Xesiècle. Ce serait une opération politique
liée à la rivalité avec la dynastie cornouaillaise en
plein essor, visant à s’associer au prestige du saint
fondateur. Si c’est le cas, elle aurait été édifiée à la
fin du Xesiècle (comme la crypte de Lanmeur),
mais cette datation haute ne fait pas l’unanimité,
d’autres historiens y voyant un édifice du XIesiècle.
»
Dans la page
consacrée à l’église de Lamber, nous aurons l’occasion
de connaître une partie de la légende de Saint Pol Aurélien,
racontée par Gurmnoroc, moine de Landévennec. Nous
découvrons ici une autre partie de cette légende. L’histoire
du saint maîtrisant un dragon ne doit pas nous surprendre.
Le dragon est un animal fantastique commun à des peuples
parfois très éloignés les uns des autres. Dans le Sud de la
France, c’est le Drac. On a aussi la Tarasque de Tarascon.
En Scandinanvie, il décore les poupes des navires appelés
drakkars. Chez les Celtes, le dragon ne serait autre que le
cheval solaire qui porte le soleil pendant le jour et qui,
durant la nuit, repart vers l’Est en emportant les âmes des
damnés.
De même, nous ne devons pas être surpris par le fait qu’un
saint qui vivait au début du VIesiècle ait pu
capturer un dragon avec une étole du VIIIesiècle.
Le culte des reliques et, en conséquence, le désir d’en
posséder, date probablement des débuts du christianisme (en
ce qui concerne les reliques chrétiennes). Mais il
semblerait que durant la période VIIIe- IXesiècle,
ce culte des reliques se soit développé avec une plus grande
intensité. Ce serait une période « d’invention de reliques
». Ce mot
« invention », qui est en général utilisé pour ce genre de
pratique, signifierait « découverte » de reliques. Mais nous
pensons de plus en plus que, en ce qui concerne les reliques
de cette période, le mot « invention » doit être pris dans
son sens original : « création artificielle ». Durant cette
période, la possession de reliques prestigieuses devient une
nécessité pour les abbayes afin d’attirer de vastes foules
de pèlerins et de financer la construction de grandes
abbatiales.
La datation qui nous est proposée ne nous surprend pas non
plus. Elle correspond en tous points aux datations proposées
par les historiens de l’art depuis plus d’une centaine
d’années. Un principe de datation que nous ne cessons de
critiquer dans tout notre site. Ce principe se résume en une
phrase : « Avant l'an mille, rien, après l’an 1000, tout ».
Nous avons appelé ce principe de datation des historiens
modernes, les « Terreurs de l’An Mille ». Ainsi, nous
pensons que les historiens qui s’opposent à Marc Déceneux («
mais
cette datation haute ne fait pas l’unanimité, d’autres
historiens y voyant un édifice du XIesiècle.
») sont terrorisés à l’idée de franchir la barrière de l’an
mille. Marc Déceneux, quant à lui, nettement plus courageux,
a, lui, franchi cette barrière. Mais son effort reste
modeste : « Marc
Déceneux attribue la construction de l'église au mécénat
du comte de Rennes Juhel Béranger ... pendant le dernier
quart du Xesiècle. ».
Ami lecteur, comprenez-bien que nous ne cherchons pas à
installer une polémique, mais à rétablir une vérité à partir
de raisonnements logiques. Notre hypothèse est que les
moines de l'Île de Batz ont voulu tout d’abord combattre une
religion basée sur un culte solaire. Puis orienter la
dévotion populaire vers une relique. Dans le cas présent, la
relique n’est pas un simple tissu. C’est une étoffe importée
d’Orient. Sa richesse est destinée à frapper l’imagination.
La vénération de cette relique doit permettre d’enrichir
l’abbaye. Et de construire ou reconstruire une abbatiale qui
doit servir de reliquaire à cette relique.
Mais il faut bien comprendre que pour qu’une dévotion soit
maintenue, il faut qu’il y ait des signes ostensibles de son
importance. Après la guerre de 1914-1918, on a construit
partout en France des monuments aux morts de cette guerre.
Ces monuments du souvenir, on les a construits dans les
années qui ont suivi cette guerre. Parce qu’il restait des
témoins. Il ne viendrait à l’idée de personne d’en
construire maintenant. Car, une actualité chassant l’autre,
on en construit pour des guerres plus récentes : 39-45,
Indochine, Algérie, etc. Le moine Gurmnoroc nous fait part
de cette légende en 884. L’existence de l’étole miraculeuse
semble avérée pour cette date. Pour cette relique, il faut
un écrin qui ne peut être qu’une église. Il est possible
que, en 884, cette église ait été déjà construite ou en
construction. Mais si elle ne l’est pas, il est nécessaire
que sa construction soit imminente (dans moins de 50 ans).
Faute de quoi la relique risque d’être oubliée. Car on ne
lui a pas donné l’importance qu’elle méritait.
Nous estimons donc que la basilique-écrin de cette relique
devait être construite avant l’an 940.
Le raisonnement précédent a été établi à
partir de considérations logiques sur la base de documents
écrits. Un tel raisonnement ne suffit pourtant pas pour
estimer correctement une datation. Seule l’architecture du
bâtiment permet d’obtenir des données objectives bien
qu’assez imprécises.
Le plan (image 12)
de cette chapelle Sainte-Anne est celui d’une basilique à
nef à trois vaisseaux. Le vaisseau principal est porté par
des piliers à section rectangulaire (de type R0000).
Ce qui signifie que la nef n’était pas voûtée mais
charpentée (image 5).
Qui plus est, les arcs reliant les piliers étaient des arcs
simples. Ce qui apparaît clairement sur l'image
6.
Une des questions que nous nous posons est celle du
transept. Ce transept a-t-il été construit en même temps que
la nef ou après la construction de celle-ci ? Il nous est
difficile de le savoir. Les arcs du transept sont portés par
des impostes. Il semblerait que ceux de la nef ne le soient
pas.
Le transept est débordant (plus large que la nef). Les
premiers transepts se situaient dans le prolongement des
nefs. Nous sommes donc en présence d’une deuxième génération
de transepts. Une troisième ou quatrième génération de
transepts est constituée par les transepts « hauts » .
C’est-à-dire des transepts tels que les croisillons soient
de même hauteur que le vaisseau central. Nous serions ici en
présence d’un transept « bas ». Donc de deuxième génération.
Nous estimons que ce type de transept a été créé vers la fin
du premier millénaire.
C’est la date que nous proposons pour l’ensemble de l’église
Sainte-Anne qui, malgré l’absence d’impostes sur les piliers
de la nef, apparaît relativement homogène.
Voici donc notre estimation de
datation pour la chapelle Sainte-Anne : an 900 avec
un écart de 75 ans.