La chapelle Sainte-Anne de l’Île de Batz
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relative
à
cette
église
donne
des
indications
sur
son
histoire
:
«
L’église
romane
est
bâtie
à
l'emplacement
du
monastère
fondé
par
Pol
Aurélien,
l’un
des
sept
Sains
Fondateurs
de
la
Bretagne,
...
Selon
la
légende
rapportée
dans
la
Vie
de
Saint
Pol
Aurélien,
...
un
dragon
faisait
régner
la
terreur
sur
l’île.
Le
comte
Withur
(Gwithur),
un
cousin
du
saint,
prie
celui-ci
de
l’en
débarrasser.
Saint
Pol
passa
son
étole
autour
du
cou
du
dragon,
le
conduisit
jusqu’à
l’extrémité
Nord
de
l’île
et
le
jeta
dans
la
mer
au
lieu
dit
«
Toul-ar-Serpan
»
(le
«
trou
du
serpent
»).
L’étole
miraculeuse
est
actuellement
conservée
dans
l’église
paroissiale,
mais
cette
étoffe
orientale
brodée,
bien
que
très
ancienne,
date
en
fait
du
VIIIesiècle.
En
remerciement,
le
comte
donna
l’île
à
Saint
Pol
qui
y
construisit
un
monastère.
Après
avoir
été
évêque
de
Saint-Pol-de
Léon,
il
se
retire
dans
son
monastère
de
l’Île
de
Batz
où
il
serait
mort
centenaire
le
12
mars
(date
de
sa
fête)
594,
selon
le
chanoine
Aubert.
Ce
monastère
subsista
jusqu’aux
invasions
vikings
qui
le
détruisent
en
878
et
font
de
l’île
une
de
leurs
bases
d’où
partent
les
raids
vers
le
continent.
Les
reliques
du
saint
sont
transférées
au
monastère
Saint-Florent
de
Fleury-sur-Loire.
Après
la
victoire
de
Trans
sur
les
Normands
en
939,
le
duc
Alain
Barbetorte
refonde
l'église
de
Batz.
Marc
Déceneux
attribue
la
construction
de
l'église
au
mécénat
du
comte
de
Rennes
Juhel
Béranger,
qui
tient
sa
cour
non
loin,
à
Lanmeur,
pendant
le
dernier
quart
du
Xesiècle.
Ce
serait
une
opération
politique
liée
à
la
rivalité
avec
la
dynastie
cornouaillaise
en
plein
essor,
visant
à
s’associer
au
prestige
du
saint
fondateur.
Si
c’est
le
cas,
elle
aurait
été
édifiée
à
la
fin
du
Xesiècle
(comme
la
crypte
de
Lanmeur),
mais
cette
datation
haute
ne
fait
pas
l’unanimité,
d’autres
historiens
y
voyant
un
édifice
du
XIesiècle.
»
Dans
la
page
consacrée
à
l’église
de
Lamber,
nous
aurons
l’occasion
de
connaître
une
partie
de
la
légende
de
Saint
Pol
Aurélien,
racontée
par
Gurmnoroc,
moine
de
Landévennec.
Nous
découvrons
ici
une
autre
partie
de
cette
légende.
L’histoire
du
saint
maîtrisant
un
dragon
ne
doit
pas
nous
surprendre.
Le
dragon
est
un
animal
fantastique
commun
à
des
peuples
parfois
très
éloignés
les
uns
des
autres.
Dans
le
Sud
de
la
France,
c’est
le
Drac.
On
a
aussi
la
Tarasque
de
Tarascon.
En
Scandinanvie,
il
décore
les
poupes
des
navires
appelés
drakkars.
Chez
les
Celtes,
le
dragon
ne
serait
autre
que
le
cheval
solaire
qui
porte
le
soleil
pendant
le
jour
et
qui,
durant
la
nuit,
repart
vers
l’Est
en
emportant
les
âmes
des
damnés.
De
même,
nous
ne
devons
pas
être
surpris
par
le
fait
qu’un
saint
qui
vivait
au
début
du
VIesiècle
ait
pu
capturer
un
dragon
avec
une
étole
du
VIIIesiècle.
Le
culte
des
reliques
et,
en
conséquence,
le
désir
d’en
posséder,
date
probablement
des
débuts
du
christianisme
(en
ce
qui
concerne
les
reliques
chrétiennes).
Mais
il
semblerait
que
durant
la
période
VIIIe-
IXesiècle,
ce
culte
des
reliques
se
soit
développé
avec
une
plus
grande
intensité.
Ce
serait
une
période
«
d’invention
de
reliques
».
Ce
mot
«
invention
»,
qui
est
en
général
utilisé
pour
ce
genre
de
pratique,
signifierait
«
découverte
»
de
reliques.
Mais
nous
pensons
de
plus
en
plus
que,
en
ce
qui
concerne
les
reliques
de
cette
période,
le
mot
«
invention
»
doit
être
pris
dans
son
sens
original
:
«
création
artificielle
».
Durant
cette
période,
la
possession
de
reliques
prestigieuses
devient
une
nécessité
pour
les
abbayes
afin
d’attirer
de
vastes
foules
de
pèlerins
et
de
financer
la
construction
de
grandes
abbatiales.
La
datation
qui
nous
est
proposée
ne
nous
surprend
pas
non
plus.
Elle
correspond
en
tous
points
aux
datations
proposées
par
les
historiens
de
l’art
depuis
plus
d’une
centaine
d’années.
Un
principe
de
datation
que
nous
ne
cessons
de
critiquer
dans
tout
notre
site.
Ce
principe
se
résume
en
une
phrase
:
«
Avant
l'an
mille,
rien,
après
l’an
1000,
tout
».
Nous
avons
appelé
ce
principe
de
datation
des
historiens
modernes,
les
«
Terreurs
de
l’An
Mille
».
Ainsi,
nous
pensons
que
les
historiens
qui
s’opposent
à
Marc
Déceneux
(«
mais
cette
datation
haute
ne
fait
pas
l’unanimité,
d’autres
historiens
y
voyant
un
édifice
du
XIesiècle.
»)
sont
terrorisés
à
l’idée
de
franchir
la
barrière
de
l’an
mille.
Marc
Déceneux,
quant
à
lui,
nettement
plus
courageux,
a,
lui,
franchi
cette
barrière.
Mais
son
effort
reste
modeste
:
«
Marc
Déceneux
attribue
la
construction
de
l'église
au
mécénat
du
comte
de
Rennes
Juhel
Béranger
...
pendant
le
dernier
quart
du
Xesiècle.
».
Ami
lecteur,
comprenez-bien
que
nous
ne
cherchons
pas
à
installer
une
polémique,
mais
à
rétablir
une
vérité
à
partir
de
raisonnements
logiques.
Notre
hypothèse
est
que
les
moines
de
l'Île
de
Batz
ont
voulu
tout
d’abord
combattre
une
religion
basée
sur
un
culte
solaire.
Puis
orienter
la
dévotion
populaire
vers
une
relique.
Dans
le
cas
présent,
la
relique
n’est
pas
un
simple
tissu.
C’est
une
étoffe
importée
d’Orient.
Sa
richesse
est
destinée
à
frapper
l’imagination.
La
vénération
de
cette
relique
doit
permettre
d’enrichir
l’abbaye.
Et
de
construire
ou
reconstruire
une
abbatiale
qui
doit
servir
de
reliquaire
à
cette
relique.
Mais
il
faut
bien
comprendre
que
pour
qu’une
dévotion
soit
maintenue,
il
faut
qu’il
y
ait
des
signes
ostensibles
de
son
importance.
Après
la
guerre
de
1914-1918,
on
a
construit
partout
en
France
des
monuments
aux
morts
de
cette
guerre.
Ces
monuments
du
souvenir,
on
les
a
construits
dans
les
années
qui
ont
suivi
cette
guerre.
Parce
qu’il
restait
des
témoins.
Il
ne
viendrait
à
l’idée
de
personne
d’en
construire
maintenant.
Car,
une
actualité
chassant
l’autre,
on
en
construit
pour
des
guerres
plus
récentes
:
39-45,
Indochine,
Algérie,
etc.
Le
moine
Gurmnoroc
nous
fait
part
de
cette
légende
en
884.
L’existence
de
l’étole
miraculeuse
semble
avérée
pour
cette
date.
Pour
cette
relique,
il
faut
un
écrin
qui
ne
peut
être
qu’une
église.
Il
est
possible
que,
en
884,
cette
église
ait
été
déjà
construite
ou
en
construction.
Mais
si
elle
ne
l’est
pas,
il
est
nécessaire
que
sa
construction
soit
imminente
(dans
moins
de
50
ans).
Faute
de
quoi
la
relique
risque
d’être
oubliée.
Car
on
ne
lui
a
pas
donné
l’importance
qu’elle
méritait.
Nous
estimons
donc
que
la
basilique-écrin
de
cette
relique
devait
être
construite
avant
l’an
940.
Le
raisonnement
précédent
a
été
établi
à
partir
de
considérations
logiques
sur
la
base
de
documents
écrits.
Un
tel
raisonnement
ne
suffit
pourtant
pas
pour
estimer
correctement
une
datation.
Seule
l’architecture
du
bâtiment
permet
d’obtenir
des
données
objectives
bien
qu’assez
imprécises.
Le
plan
(image
12)
de
cette
chapelle
Sainte-Anne
est
celui
d’une
basilique
à
nef
à
trois
vaisseaux.
Le
vaisseau
principal
est
porté
par
des
piliers
à
section
rectangulaire
(de
type
R0000).
Ce
qui
signifie
que
la
nef
n’était
pas
voûtée
mais
charpentée
(image
5).
Qui
plus
est,
les
arcs
reliant
les
piliers
étaient
des
arcs
simples.
Ce
qui
apparaît
clairement
sur
l'image
6.
Une
des
questions
que
nous
nous
posons
est
celle
du
transept.
Ce
transept
a-t-il
été
construit
en
même
temps
que
la
nef
ou
après
la
construction
de
celle-ci
?
Il
nous
est
difficile
de
le
savoir.
Les
arcs
du
transept
sont
portés
par
des
impostes.
Il
semblerait
que
ceux
de
la
nef
ne
le
soient
pas.
Le
transept
est
débordant
(plus
large
que
la
nef).
Les
premiers
transepts
se
situaient
dans
le
prolongement
des
nefs.
Nous
sommes
donc
en
présence
d’une
deuxième
génération
de
transepts.
Une
troisième
ou
quatrième
génération
de
transepts
est
constituée
par
les
transepts
«
hauts
»
.
C’est-à-dire
des
transepts
tels
que
les
croisillons
soient
de
même
hauteur
que
le
vaisseau
central.
Nous
serions
ici
en
présence
d’un
transept
«
bas
».
Donc
de
deuxième
génération.
Nous
estimons
que
ce
type
de
transept
a
été
créé
vers
la
fin
du
premier
millénaire.
C’est
la
date
que
nous
proposons
pour
l’ensemble
de
l’église
Sainte-Anne
qui,
malgré
l’absence
d’impostes
sur
les
piliers
de
la
nef,
apparaît
relativement
homogène.
Voici
donc
notre
estimation
de
datation
pour
la
chapelle
Sainte-Anne
:
an
900
avec
un
écart
de
75
ans.