L’église Saint-Hilaire de Semur-en-Brionnais
L’excellent site Internet Bourgogne
romane nous apprend ceci : «
Le promontoire fortifié de Senemurum ou Sinemurus est
mentionné à la fin du IXe siècle. La seigneurie
de la famille puissante des Semurs, châtellenie du comte
de Chalon, y avait son siège. [...] Hugues de Semur, le
grand abbé constructeur de Cluny, naquît au château en
1024. Au XIe siècle, la paroisse et son église
se trouvent en contrebas, à Saint-Martin-la-Vallée, hameau
conservant encore son église romane. Dans la ville haute,
où existait peut-être déjà une chapelle castrale dédiée à
Saint-Hilaire, fut construite une nouvelle église
paroissiale au XIIe siècle. Elle fut commencée
vers 1125-1130 par le baron Geoffroy V de Semur,
petit-neveu de saint Hugues. Les travaux furent
interrompus vers 1159, après le pillage du bourg par
Guillaume I, comte de Chalon. L’église est achevée à la
fin du XIIe siècle pendant une deuxie campagne
de construction. [...] La ville est pillée à plusieurs
reprises : en 1364 par les troupes anglaises du Prince de
Galles, puis en 1477 par l’armée royale. Pendant les
Guerres de Religion, en 1576, Semur fut brûlée par les
Calvinistes. L’église fut incendiée, la voûte romane de la
nef fut détruite et remplacée par un lambris. [...]
Pendant la première moitié du XIXe siècle, de
grandes restaurations furent exécutées, auxquelles
assistait l’architecte Eugène Millet : la voûte de la nef
fut refaite et le clocher et les pignons du transept
remaniés. L’église est classée Monument Historique en
1862. D’autres restaurations ont suivi : toitures en 1939
et en 1978, destruction des badigeons en 1942 et
consolidation de la nef en 2002. »
Le lecteur assidu de notre site se sera
aperçu depuis longtemps que nous effectuons une sévère
critique vis-à-vis des évaluations faites par nos
prédécesseurs. Mais cette critique ne s’effectue que lorsque
ces évaluations portent sur des monuments antérieurs à l’an
mille. Les historiens de l’art avancent en effet l’idée que
ces monuments, pourtant mentionnés dans des textes
authentiques, ont tous disparu. Mais lorsque les
informations concernent des monuments postérieurs à l’an
mille, elles deviennent plus crédibles. Et ce pour deux
raisons. La première de ces raisons est que les historiens
de l’art, libérés de leur « terreur de l’an mille »,
deviennent plus objectifs. La deuxième raison vient du fait
que plus les constructions sont récentes, mieux elles sont
renseignées.
Concernant les renseignements donnés ci-dessus et bien que
des affirmations telles que : « Elle
fut commencée vers 1125-1130 par le baron Geoffroy V de
Semur, petit-neveu de saint Hugues. Les travaux furent
interrompus vers 1159, après le pillage du bourg par
Guillaume I, comte de Chalon. L’église est achevée à la
fin du XIIe siècle pendant une deuxie campagne
de construction. », ne semblent pas étayées par
des sources écrites (hormis l’existence d’un pillage en
1159), l’analyse nous semble globalement bonne.
Lorsque nous avons examiné cette église
pour la première fois, nous avons noté que les pignons du
transept et de l’avant-chœur sont plus élevés que les toits
(image 3). D’où
l’idée que ces toits ont été rabaissés à une date inconnue.
Le texte d’Internet fournit un élément de réponse : « [...]
Pendant
la première moitié du XIXe siècle, de grandes
restaurations furent exécutées, auxquelles assistait
l’architecte Eugène Millet : la voûte de la nef fut
refaite et le clocher et les pignons du transept remaniés.
»
Autre question : sur les images
7 puis 8, les pilastres adossés à l’abside
principale sont censés servir de contreforts. Mais si
c’était le cas, il n’y aurait pas de chapiteau au-dessus du
pilastre. Voici ce que nous envisageons : l’abside primitive
devait être analogue à celles de Saint-Jacques de Béziers ou
de la cathédrale d’Alet (Aude). Elle aurait été légèrement
surélevée et la bordure du toit aurait été totalement
changée.
Lesimages 9, 10 et 11
sont celles du portail Ouest. La finesse du détail des
sculptures fait envisager une datation de la fin du XIIesiècle.
Le tympan de l'image 10 représente
le Christ Pantocrator entouré des symboles des Évangélistes.
Nous pensons que ce type de représentation, inspiré de
l’Apocalypse de Saint-Jean, est antérieur de plus d’un
siècle à l’an mille. Le seul fait de le voir dans une
sculpture du XIIesiècle montre la rémanence du
symbole qui lui est attaché.
Le linteau de l'image 11 représente
des épisodes de la vie de Saint Hilaire. Cela est aussi
caractéristique du XIIesiècle. À partir des
années 1125 (plus ou moins 25 ans), les thèmes sculptés
changent. Les thèmes traditionnels (animaux affrontés,
sirènes, etc.) disparaissent au profit d’autres scènes plus
explicites (vies de saint, scènes bibliques, ...).
L'image
14 montre que la nef est triple. Les piliers sont
de type R1112. Les
arcs reliant les piliers sont doubles et brisés. Les
collatéraux sont voûtés d’arêtes. Le vaisseau central est
voûté en berceau plein cintre sur doubleaux plein-cintre (image 13).
Ce type d’architecture correspond à ce que nous avons déjà
vu à Beaune ou Autun. La datation des années 1130 et 1140
est donc envisageable pour le début de construction. Nous
rappelons que c’est le début de construction qui est
important, car c’est à cette période, ou plus exactement,
juste avant, qu’on définit un plan de construction et qu’on
s’y tient.
La chapiteau de l'image 16
représente des masques crachant des feuillages. Ce
qui est caractéristique de l’art roman. Mais ce chapiteau
est typiquement gothique. Et même gothique flamboyant.
Il en est de même pour le pilastre de l'image
17 ainsi que pour la console qui le soutient. L'image 18 est celle
d’une autre console représentant un atlante souriant.
(datation estimée : XVesiècle).
Datation envisagée
pour l’église Saint-Hilaire de Semur-en-Brionnais : an 1125
avec un écart de 50 ans.