La basilique du Sacré-Cœur de Paray-le-Monial 

• France    • Bourgogne - Franche-Comté    • Article précédent    • Article suivant   


La basilique du Sacré-Cœur constitue un des monuments les plus importants de l’art roman. Cependant, nous n’avons pas envisagé de l’étudier plus particulièrement. La raison en est que notre site est consacré aux édifices du Premier Millénaire. Et cette église ne semble pas a priori faire partie de ces édifices.

Bien sûr, il nous arrive de prendre des libertés avec cette règle que nous nous sommes donnés. D’une part, même si le Premier Millénaire est censé s’arrêter à l’an mille, cet an mille constitue une frontière floue. Une frontière d’autant plus floue que notre étude porte principalement sur l’architecture des bâtiments, une architecture dont l’évolution est lente et contrastée.

D’autre part, même si souvent nous émettons des doutes en ce qui concerne les estimations de datations effectuées à partir des textes anciens, nous estimons que plus les textes sont récents, plus ils deviennent fiables. C’est le cas, en particulier, nous le pensons, des églises romanes de Bourgogne. Il y a là une conjonction d’informations faisant envisager que ces grandes églises romanes ont été construites aux alentours de l’an 1100. Si on adopte cette évaluation pour ces églises romanes, on peut, par comparaison des architectures, estimer la datation d’édifices plus anciens.

Nous allons d’ailleurs faire l’expérience de cette démarche sur la basilique du Sacré-Cœur.

En effet, un examen superficiel nous avait fait penser que cette église était essentiellement romane. Nous pensons à présent que certaines parties pourraient être préromanes.


Le très intéressant site Internet Bourgogne romane qui a recensé la quasi totalité des églises romanes de Bourgogne nous apprend ceci sur l’histoire de l’abbaye de Paray-le-Monial : « Il existait au Xe siècle une paroisse rurale sur la colline des Grenetières à Paray, dont la chapelle Notre-Dame du cimetière est le vestige. Un prieuré bénédictin est fondé en 973 par Lambert, comte de Chalon et seigneur de Paray, avec la collaboration de Mayeul, abbé de Cluny. Il occupait le Val d’Or (Aurea Vallis), site probable d’une villa romaine avec un temple ancien. Une première église priorale fut construite, Paray I, dédiée à Saint Sauveur, la Vierge Marie et Saint Jean Baptiste. Elle fut consacrée en 977. Les reliques de saint Grat, évêque de Chalon du VIIe siècle, furent apportées par Lambert en 979. Des reliques de saint Blaise et de saint Laurent suivront plus tard. Pendant une cérémonie au monastère de Saint-Marcel-lès-Chalon, le 5 mai 999, le monastère devint prieuré clunisien par une donation de Hugues, le fils de Lambert, évêque d'Auxerre et comte de Chalon. Le monastère, qui devient l’un des plus importants prieurés du berceau clunisien, est en plein développement et au début du XIe siècle, une nouvelle priorale est construite par l’abbé Odilon de Cluny. Cette église romane, qu’on appelle Paray II, possédait une nef unique, un transept avec absidioles orientées, et un chœur profond à trois absides. Le tout était non voûté et sera consacré en 1004 (selon Courtépée). Un prieuré avec cloître existait déjà à côté. Un narthex à deux tours fut ajouté plus tard au XIe siècle pour compléter l’église. C’est la seule partie qui est encore debout de Paray II aujourd’hui. Vers 1090, est décidée une nouvelle reconstruction de la priorale par le grand abbé Hugues de Cluny. Cette grande basilique romane qui subsiste de nos jours, Paray III, est bâtie dans le style de la grande abbatiale Cluny III, dont la construction a commencé en 1088. Vers 1100, une anecdote racontant l’histoire de saint Hugues guérissant un jeune novice blessé pendant la construction d’un clocher, confirme le chantier du chœur et du transept. La construction de la nouvelle priorale se poursuit rapidement dans les années 1090-1110 et une consécration est mentionnée en 1109. C’est l’année de la mort de l’abbé Hugues et on pense que la construction s’est interrompue à cette occasion. La construction de la nef, achevée tardivement dans le XIIe siècle, a été raccordée avec le narthex préexistant au lieu d’atteindre la longueur prévue. L’église romane a alors trouvé la forme qu’elle conservera ensuite à travers les siècles. »

Nous aurons l’occasion de reparler de ce texte un peu plus loin. Pour le moment, contentons nous d’admirer l’architecture de cette église (images 1, 3, 4, 5).

Les images 7, 8 et 9 montrent une nef à trois vaisseaux. Les piliers sont de type R1112. Les arcs entre piliers sont doubles et brisés. Les collatéraux sont voûtés d’arêtes sur doubleaux brisés. Le vaisseau central est quant à lui voûté en berceau brisé sur doubleaux brisés. Nous aurons l’occasion de revenir à ce type d’architecture lorsque nous aborderons celle de Vézelay.


Nous n’avons pas étudié le reste de cette église aux chapiteaux pourtant très intéressants. Nous nous sommes surtout intéressés à la façade Ouest (images 1 et 10). Voici ce que dit le site Internet déjà mentionné ci-dessus : « La façade de la basilique appartient au narthex qui se trouve devant la grande nef. Ce narthex ou porche des années 1080 est la partie la plus ancienne de la basilique. C’est un ajout tardif de la priorale Paray II. Il a été restauré au XIXe siècle, mais il reste un exemple intéressant du narthex bourguignon à deux étages, qui apparaît à Tournus ou à Vézelay, sous des formes différentes. Sa façade occidentale s’ouvre par trois arcades du porche au rez-de-chaussée, sous les baies et contreforts de l’étage, dont le fronton est moderne. La première travée du narthex supporte les deux clochers différents qui dominent la façade. Le clocher Sud est encore de la fin du XIe siècle et possède deux étages supérieurs aux baies géminées de petite ampleur avec doubles colonnettes et chapiteaux frustes. Les trois étages supérieurs du clocher Nord sont du début du XII e siècle et ses doubles baies sont richement décorées dans le style du Brionnais : colonnettes torsadées, demi-colonnes, corniches, arcatures, tailloirs à billettes et des chapiteaux fantastiques.

Le narthex se compose de deux étages avec une nef de deux travées flanquée de collatéraux. L’étage inférieur a six voûtes d’arêtes avec des doubleaux en plein cintre retombant sur deux piliers centraux. Ils ont été refaits en 1856 par Millet avec quatre colonnettes et une colonne centrale de granit. Leurs chapiteaux, également refaits, sont sculptés de feuillages, de lions affrontés et de magots accroupis. Le plein cintre règne aux arcades aux simples impostes de la façade. Le portail Ouest, du XIIe siècle, est soigneusement décoré. Il est flanqué de deux colonnes décorées d’entrelacs de vannerie et de chevrons brisés, surmontées de chapiteaux sculptés de pommes de pin et de feuilles d’acanthe. Les tailloirs aux billettes en damier reçoivent les voussures décorées de chevrons brisés et de rangs de perles. Le tympan nu est souligné par des feuilles d’acanthe. »

Lorsque nous avons revu les images du rez-de-chaussée, nous avons été surpris d’y découvrir que, au milieu de piliers rectangulaires (image 11), on rencontrait des piliers fasciculés (image 12). Ce qui paraissait totalement incongru. Le commentaire ci-dessus fournit la réponse. Ces piliers ont été refaits par l’architecte Millet en 1856.

Grâce à ce site Internet, nous découvrons le premier étage de cet ouvrage Ouest ou narthex (image 15) et son décor d’impostes (images 16, 17 et 18).


Datation

Nous rappelons quelques unes de nos convictions :

• les historiens de l’art qui ont essayé de dater des monuments antérieurs à l’an 1200 se sont inspirés presque essentiellement des textes écrits.

• ces textes écrits sont en général très imprécis.

• plus les textes sont anciens, plus ils sont rares.

• certaines situations ont été exagérément interprétées. Exemples : fondation d’une abbaye = début de construction de son abbatiale ; consécration de l’abbatiale = fin   
  des travaux.

• il n’y a pas eu de réflexion concernant l’architecture des édifices.

• ces essais de datation par les textes écrits ont été le fait d’historiens du XIXesiècle ou de la première moitié du XXesiècle et n’ont pas été remis en question depuis. 
  Les auteurs actuels, dont celui du site Internet mentionné ci-dessus, les ont repris intégralement en faisant confiance à ces prédécesseurs prestigieux.


Concernant l’abbatiale de Paray-le-Monial et le texte ci-dessus, nous avons constaté diverses incohérences.

La première concerne le nombre d’abbatiales : trois en un siècle ; ça fait vraiment beaucoup.

La deuxième concerne le narthex. Selon le site Internet, il est daté de l’an 1080. Dix ans plus tard, « durant la décennie 1090-1110 » on construit la nouvelle priorale. Le seul examen du plan (image 2) et la vue extérieure de l’édifice (image 1) montrent que l’on est en présence de deux corps de bâtiments fondamentalement différents. Il paraît extraordinaire que 10 ans avant la construction de la nouvelle abbatiale, on n’ait pas envisagé de plan de celle-ci et prévu de construire le narthex en fonction de ce plan.

Par ailleurs, nous retrouvons dans ce texte l’idée récurrente : « avant l’an mille (à quelques décennies près) on n’a pas connaissance d’écrit sur cette basilique ... donc il ne s’est rien passé ». Nous combattons cette idée. On nous dit qu’un prieuré bénédictin a été fondé en 977. Mais une fondation ne se fait pas ex-nihilo. Il y a eu quelque chose avant 977. Et ce quelque chose est peut-être Paray 1, voire Paray 2.

Il faut comprendre que ce narthex (image 10) a été construit en deux temps. Les deux tours jumelles ont été ajoutées postérieurement. Ceci pourrait peut-être expliquer la datation de 1080, les historiens de l’art ayant estimé au vu de ces tours que l’abbatiale et le narthex devaient être contemporains.

Pour retrouver le narthex original, il faut accéder à la page suivante concernant Perrecy-les-Forges. Le narthex de celle-ci a une seule tour, à gauche. Il suffit alors de conserver la partie de droite, puis son symétrique. On obtient alors le narthex original de Perrecy. Image qui peut être reproduite pour Paray.

Nous estimons que ce narthex doit être antérieur d’au moins un siècle à la basilique.

Datation envisagée pour la basilique du Sacré-Cœur (moins le narthex) : an 1100 avec un écart de 50 ans.

Datation envisagée pour le narthex : an 950 avec un écart de 100 ans.


Chargement...