L’église Saint-Pierre de Brancion 

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Nous avons visité l’église de Brancion en avril 2004, c’est-à-dire à une période où nous n’avions même pas envisagé de faire une étude sur le premier millénaire. Nous n’avions pas alors développé les méthodes permettant d’évaluer la datation des églises. L’art roman était pour nous quelque chose d’incompréhensible. Par ailleurs, l’église était alors en chantier de restauration des fresques.

Cependant, nous avons été surpris en redécouvrant les photographies prises à ce moment-là, de voir les images des impostes sculptées (images 8 et 9). Dès cet instant,  nous avions vu l’intérêt de ces impostes sculptées.


Le plan de l'image 2 fait apparaître une nef à 3 vaisseaux. Les collatéraux sont très étroits. La nef est prolongée par un transept débordant sur lequel sont greffées trois absides. Sur l'image 3, on peut voir sous le clocher octogonal un massif « barlong » analogue à ceux vus dans les églises romanes « majeures » d’Auvergne. Mais de taille plus réduite. Nous rappelons ce que nous avons dit au sujet de ces massifs « barlongs ». Ce seraient les restes de hauts bâtiments à plan rectangulaire dont le toit à deux pentes aurait été arasé pour laisser la place au clocher.

La partie la plus intéressante est la nef (images 5, 6 et 7). Les piliers sont de type R0001. Les arcs reliant les piliers sont simples. Compte tenu de ce que nous avons dit dans nombre de pages précédentes, la nef primitive devait être charpentée avec des piliers de type R0000. Ultérieurement, elle aurait été voûtée grâce à l’adjonction, côté vaisseau central, de pilastres adossés aux piliers, les transformant en piliers de type R0001.

Les collatéraux ont été voûtés en quart de rond. Sans doute pour contrebuter la poussée des voûtes du vaisseau central (image 7).


Les impostes (images 8 et 9) sont curieuses. Leur modèle est rencontré pour la première fois sur ce site. Elles paraissent banales, à chanfrein vers l’intrados. Par ailleurs, si dans la plupart des cas les impostes sont simplement épannelées ou moulurées, il nous est arrivé d’en rencontrer quelques-unes pourvues d’un décor sculpté. Mais ici, ce n’est pas l’imposte qui est sculptée mais les pierres qui la soutiennent. On y voit deux hybrides à tête de bélier et corps de serpent. La représentation est ici vue pour la première fois (image 8). Sur l'image 9, la représentation est plus classique : ce sont deux orants. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas d’atlantes destinés à porter l’imposte du dessus : leurs paumes de mains, grandes ouvertes, ne leur permettent pas de soulever quelque chose. Les orants sont surtout présents à l’époque paléochrétienne. On ne les retrouve pas à l’époque dite « romane » des XIeet XIIesiècles. La présence des ces orants serait donc un autre signe d’ancienneté.


Cette église est surtout connue pour ses très belles fresques gothiques (XIVesiècle) qui décorent son abside principale. Nous les reproduisons ici à titre « touristique ». Mais, bien sûr, elles n’entrent pas dans le cadre de notre étude. Avec cependant un point à rematquer : les thèmes sont tout à fait différents de ceux rencontrés jusqu’à présent : le Christ pantocrator n’est plus dans une mandorle ; il n’est plus encadré par les symboles des évangélistes relégués en dessous de lui (image 11). Mais surtout, encore en dessous de lui, on voit des images de saints, lesquels sont pratiquement absents dans .les représentations romanes (images 12, 13 et 14). Bien que le christianisme soit considéré comme immuable, il existe des évolutions significatives.

Datation envisagée pour l’église primitive de Brancion : an 750 avec un écart de 200 ans.

Signalons aussi, non loin de là, le village de La Chapelle-sous-Brancion qui possède en son centre une très belle église romane (image 15).