L’église Saint-Vorles de Châtillon-sur-Seine
La page du site Internet Wikipedia
consacrée à l’église Saint-Vorles de Châtillon-sur-Seine
nous apprend ceci : « La
construction de l’église Saint-Vorles débuta ex-nihilo au
début du XIe siècle, à proximité d’un castrum
qui abritait la demeure des évêques de Langres, ainsi
qu’une autre église, plus ancienne, consacrée à Saint
Martin et à la Vierge. Les travaux de l’église
Saint-Vorles furent entrepris sur les ordres du
prestigieux évêque de Langres, Brun de Roucy. Lié à la
famille impériale, son épiscopat dura de 980 à 1016. La
construction de l’église Saint-Vorles fut achevée vers
1016.
L’église du castrum, dédiée à Sainte Marie et à Saint
Martin, fut également placée sous le patronage de Saint
Vorles à partir du IXe siècle, lorsque les
reliques du saint furent amenées à Châtillon en 868 et
exposées dans la dite église. Par la suite, la nouvelle
église Saint-Vorles, bâtie au début du XIe
siècle hors du castrum, reprit les vocables de l’ancienne
église Sainte-Marie et Saint-Martin, et ce, malgré la
présence des reliques de Saint Vorles en son sein.
L’église Sainte-Marie et Saint-Martin disparut peut-être
au moment de la construction du nouvel édifice. Dans tous
les cas, le vocable de la nouvelle église Saint-Vorles fut
indécis, non seulement sous l’épiscopat de Brun de Roucy,
mais aussi durant tout le Moyen-Âge. L’église fut à la
fois nommée Notre-Dame, Sainte-Marie du Château,
Saint-Martin et Saint- Vorles.
Les parties d’origine de l’édifice sont marquées de bandes
lombardes. Également nommées lésènes, les bandes lombardes
sont des décorations formant des rectangles verticaux,
dont les sommets sont bordés d’arcades.
Au XIIe siècle, l’on reconstruisit le petit
clocher oriental sur lequel figure des modillons
bourguignons, qui s’apparentent à une frise crénelée,
sculptée à la base du toit. »
Sur le plan de l'image
1, ont
été indiqués certains corps de bâtiments :
A : le croisillon Sud du transept (image
4).
B : le collatéral Nord de l’ouvrage Ouest (images
6 , 7, 8).
C : le croisillon Sud du transept (image
10).
D : la tour de croisée du transept (image
11).
E : l‘avant-chœur (image
12).
F : le chœur (image 12).
Tous ces corps de bâtiments sont décorés d’arcatures
lombardes.
Il est légitime de penser que les blocs A, C, D, E, F font
partie du même programme de travaux. Il est aussi légitime
d’envisager qu’il existait coté Sud un bloc symétrique
analogue au bloc B et sans doute aussi une liaison entre les
deux. C’est-à dire un ouvrage Ouest complet. À remarquer sur
l'image 5 les
traces sur la tour Ouest du pignon du bloc symétrique du
bloc B.
Hormis la nef, les autres corps de bâtiments apparents sur
le plan de l’image 1 sont
très probablement postérieurs aux blocs A, B, C, D, E, F.
Il faut remarquer que les corps de
bâtiments A, B et C sont différents (images
4, 8 et 10). En ce qui concerne les corps A et C ,
les différences sont minimes : 3 fenêtres au lieu d’une. Il
est possible que les deux fenêtres supplémentaires du bloc C
aient été percées ultérieurement. Par contre, le bloc B est
nettement différent des deux précédents : deux fenêtres
superposées, deux rangs d’arcatures lombardes. Il est
possible que l’ouvrage Ouest et le transept aient fait
l’objet de deux étapes différentes de construction.
Les images 5 et 9
font apparaître le reste de la nef. Cette partie de nef
n’est pas à arcatures lombardes. Toute la difficulté est de
savoir si cette partie est antérieure ou postérieure aux
parties à arcatures lombardes.
Les
images de 13 à 17 montrent l’intérieur de cette
nef. Il s’agit d’une nef voûtée d’arêtes (images
14 et 18). Ce qui a priori signifierait que cette
nef date de la fin du
XIesiècle.. Mais on a déjà vu que des nefs
primitivement charpentées avaient été voûtées
ultérieurement. Il semblerait que ce soit le cas ici. En
effet, les piliers semblent plus archaïques que les voûtes.
Les piliers primitifs devaient être de type R1010.
Ils auraient été transformés en pilier de type R1111.
Les arcs entre piliers ne sont pas doubles mais simples.
Dans une nef romane du XIesiècle, les piliers
sont de type R1111
mais les arcs entre piliers sont doubles. Ce type de
construction pourrait être antérieur à l’an 900.
Les images
19 et 20 du fond de l’église font apparaître une
partie de l’intérieur de l’ouvrage Ouest. Et dans cette
partie, un arc nettement outrepassé, surprenant dans un
endroit où les sarrasins ne sont jamais venus. Mais il
semblerait d’après l'image
21 que cet arc ait été postérieur à un autre arc
enchâssé dans le mur. À moins que l’arc en question ait été
un arc de décharge destiné à protéger l'arc outrepassé. Nous
pensons que les arcs outrepassés sont de peu antérieurs à
l’an mille.
Les impostes qui soutiennent cet arc sont à chanfrein vers
l’intrados, forme que nous avons vue à plusieurs reprises en
Auvergne.
Les images de 24 à 30
sont celles du transept. Il est difficile à partir de ces
images d’estimer une datation.
Deux fresques ont été repérées. L’une, sous l’arc d’une
fenêtre fournit peu de renseignements (image
26). Celle de l'image
30 est plus parlante : on y voit le taureau ailé
et l’aigle, symboles des évangélistes Luc et Jean.. L’œuvre
semble relativement tardive (XIVesiècle).
Datation
Revenons au texte du début issu d’Internet. On nous dit que
« La
construction de l’église Saint-Vorles débuta ex-nihilo au
début du XI e siècle ». Nous aimerions
savoir sur quelles preuves se basent ces assertions. Et
surtout si le mot « ex-nihilo
» qui signifie que l’église aurait été construite à partir
de l’an 1000 est justifié.
La suite du texte fait apparaître des hésitations de la part
des auteurs : « ...
lorsque les reliques du saint furent amenées à Châtillon
en 868 et exposées dans la dite église. Par la suite, la
nouvelle église Saint-Vorles, bâtie au début du XIe
siècle hors du castrum, reprit les vocables de l’ancienne
église Sainte-Marie et Saint-Martin, et ce, malgré la
présence des reliques de Saint Vorles en son sein.
L’église Sainte-Marie et Saint-Martin disparut peut-être
au moment de la construction du nouvel édifice. »
On y voit une église dédiée à Sainte Marie et Saint Martin,
puis à Saint Vorles, puis une nouvelle église Saint-Vorles
qui prend le vocable de Sainte-Marie et Saint-Martin ... Une
église qui a disparu et on ne sait pas où elle est.
Ces tribulations d’une ou deux églises sont dignes d’un
roman policier. La solution serait selon nous qu’il y a eu
une seule église et que c’est l’actuelle église Saint-
Vorles. Une église qui n’aurait pas disparu. Soit elle
aurait changé de temps en temps de vocable. Soit elle aurait
eu un seul vocable, mais plusieurs autels consacrés.
Mais alors pourquoi aurait-on inventé deux églises et toute
cette histoire de changement de vocable ? Tout simplement
parce que cette église est citée avant l’an 1000 et qu’on ne
voulait pas qu’elle soit déclarée antérieure au XIesiècle.
Datation envisagée
: an 850 avec un écart de 200 ans.