La basilique Notre-Dame de Beaune  

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La page Internet consacrée à la basilique Notre-Dame de Beaune nous apprend ceci :

« La basilique Notre- Dame est un ensemble canonial datant de la deuxième moitié du XIIesiècle, situé à Beaune en Côte d’Or.

La basilique collégiale Notre-Dame de Beaune fait partie des dernières grandes églises romanes de Bourgogne. Sa construction fut entreprise au milieu du XIIe siècle sur le modèle clunysien et fut achevée au début du siècle suivant, en conservant une remarquable unité stylistique.

Les chanoines entreprirent de faire bâtir l'édifice au milieu du XIIe siècle et la construction, d'Est en Ouest, ne s'acheva qu'au début du XIIIesiècle. Les bâtiments canoniaux datent de la fin du XIIesiècle, le porche du milieu du XIIesiècle.

Après l'incendie de 1272, des travaux furent entrepris ; les parties hautes de l'abside furent reconstruites au niveau de l'arcature aveugle : les fenêtres romanes furent remplacées par d'immenses fenêtres gothiques à remplages et des arcs-boutants établis sur les contreforts romans du déambulatoire ; les corniches et les fenêtres du déambulatoire furent remaniées, les toitures et la tour du transept modifiées. »



Si vous êtes habitué à la lecture de notre site sur le premier millénaire, vous êtes sans doute surpris, ami lecteur, de voir la description et les images d’une église qui, a priori, ne semble pas dater du premier millénaire. Nous nous en expliquerons. Pour le moment, contentons nous d’observer certaines images.

Ainsi l'image 2 de l’extérieur de la nef révèle des fenêtres supérieures en plein cintre, que l’on pourrait qualifier de romanes. Les fenêtres inférieures sont quant à elles gothiques. Comme les parements des murs encadrant ces fenêtres sont différents, on doit envisager que les collatéraux sont plus récents que le vaisseau central. Très probablement, ces collatéraux ont fait l’objet d’une réfection à la période gothique.

On constate sur l'image 3 que le toit du croisillon Sud (bâtiment de droite) recouvre en partie l’arcature du clocher. Très probablement, à l’origine, le faîte du toit de ce croisillon Sud ne devait pas dépasser la base de cette arcature.

À l’intérieur de la nef (images 5, 6, 7, 8), on observe des piliers cruciformes de type R1112. Les arcs reliant les piliers sont doubles et brisés. On observe aussi que les corniches qui courent le long du mur contournent les pilastres soutenant les doubleaux de la voûte. Cela signifie que l’ensemble de la structure architecturale résulte d’un plan unique. C’est-à-dire que l’on ne voit pas ce que l’on a rencontré à de nombreuses reprises : une église d’abord charpentée puis, plus tard, voûtée.

L’architecte qui a conçu le plan de cet édifice a imaginé dès le début une nef à vaisseau central voûté en berceau brisé sur doubleaux brisés.


Il faut bien comprendre que la nef de la basilique Notre-Dame de Beaune est plus proche d’une nef gothique que d’une nef romane. La seule réelle différence existant entre cette nef et une nef gothique est selon nous la voûte en berceau brisé. Alors que dans la nef gothique, la voûte est sur croisée d’ogives (La présence d’arcs-boutants n’est pas pour nous vraiment caractéristique d’une nef gothique).

Donc, avec cette église, nous sommes en présence d’un ouvrage de transition entre l’art roman et l’art gothique. Mais plus proche selon nous de l’art gothique que de l’art roman.

Le site Internet indique la datation du milieu du XIIesiècle pour le début des travaux. C’est bien la date de début des travaux que nous devons prendre et non la date de fin des travaux. Pourquoi la date de début des travaux et non celle de fin des travaux ? Parce que c’est la date où l’on commence à réaliser le plan conçu par l’architecte. Pour nous, c’est la date de conception du plan qui importe.

Donc, d’après ce site Internet, le plan aurait été réalisé vers 1150. Cette date est-elle réaliste ? Nous pensons que oui, car elle correspond à celles d’autres églises de la région Bourgogne : Vézelay et Autun.

Bien sûr, nous reviendrons à cette question lorsque nous étudierons les églises de Vézelay et d’Autun. Mais d’ores et déjà, nous pouvons dire que dès l’année 1150, l’art
n‘est plus tout à fait roman.

Cette constatation devrait inciter les chercheurs à se poser à nouveau la question de la datation de l’art roman. Souvent on entend parler « d’art roman du XIIe », plus rarement « d’art roman du XIesiècle ». Or, la constatation que nous venons de faire nous invite à penser que le XIIesiècle doit être partagé en deux périodes : avant 1150, c’est l’art roman, après 1150, c’est l’art gothique. Bien sûr, la date de 1150 doit être envisagée avec une certaine souplesse d’estimation.


Datation envisagée pour la basilique Notre-Dame de Beaune : an 1150 avec un écart de 50 ans.

Les chapiteaux des images 10, 11 et 12 sont, eux aussi, des chapiteaux de transition entre l’art roman et l’art gothique.

Question : comment se fait-il que cette église soit identifiée comme romane, alors qu’elle serait plutôt gothique ? Nous pensons que cette estimation doit être attribuée au chauvinisme parisien. Il est bien connu que l’art gothique a été inventé en Île-de-France au XIIIesiècle. Et il est donc hors de question qu’il ait été inventé cinquante ans plus tôt en Bourgogne.



Ajout le 6 janvier 2025

Nous avons à nouveau visité cette église en septembre 2024. Nous n'avons pas grand chose à ajouter aux commentaires faits précédemment ; seules quelques remarques avec à l'appui les images suivantes :

Image 13. Vue de la nef permettant de constater les différences entre les fenêtres à arc en plein cintre de la nef et les fenêtres à arc brisé du chœur. On remarque aussi que les collatéraux sont voûtés d'arêtes sur arcs doubleaux brisés.

Image 14. Vue transversale de la nef. On remarque que l'arc de gauche, côté chœur et donc à l'Est, est brisé, alors que celui de droite, côté entrée et donc à l'Ouest, est en plein cintre. C'est un peu surprenant dans la mesure où, traditionnellement, l'arc brisé est plus récent que l'arc en plein cintre, et la construction du côté Est est antérieure à celle du côté Ouest. Nous n'avons pas de réponse à cette contradiction qui nécessiterait un examen plus détaillé. Notons cependant que la différence entre ces deux types de construction (arc en plein cintre et arc brisé) signifie qu'il y a eu probablement deux campagnes de travaux sur la nef.

Images 15 et 16. Ces deux chapiteaux sont situés à l'entrée du chœur. Nous ne les avions pas repérés lors de notre première visite. Nous pensons que ces deux chapiteaux devaient faire partie du premier chœur dont on dit qu'il a été incendié en 1272. Ils sont d'un style archaïque du premier art roman voire préroman. Le premier porte un décor géométrique incisé. Un Arbre de Vie stylisé orne le second. Cet examen nous donne l'occasion de revenir sur les chapiteaux des images 10, 11 et 12. Nous avions écrit auparavant : « Les chapiteaux des images 10, 11 et 12 sont, eux aussi, des chapiteaux de transition entre l’art roman et l’art gothique. » . Nous pensons à présent que ces chapiteaux ne sont pas « de transition entre l’art roman et l’art gothique. » mais bien gothiques car les thèmes représentés ne sont pas romans et la finesse d'exécution est caractéristique du gothique.

Image 17. De très belles tapisseries sont disposées dans le jubé. Elles relatent des épisodes de la Vie de la Vierge : ici, la Fuite en Égypte. Elles seraient datées de l'an 1500. Bien sûr, elles se situent hors de notre cadre d'étude, le premier millénaire. Nous en parlons ici pour leur intérêt touristique car il ne faudrait pas passer dans cette église sans les voir. Nous en parlons aussi à cause des multiples détails qu'elles détiennent qui peuvent permettre de mieux comprendre le Moyen-Âge. Ainsi sur l'image 18, vue détaillée de l'image 17, on observe, à gauche de la Vierge, deux colonnes portant des statues. Le fait que ces statues s'inclinent est sans doute un signe de dévotion des religions païennes vis-à-vis de la Vierge. Mais nous avons une vision différente de la religiosité au temps des romains. Elle s'exprimait non pas sur des colonnes en pleine nature pais au sein de temples. Autre observation; dans la ville située au fond, les toits sont recouverts d'ardoises. Les toits qui devaient exister durant les périodes précédentes préromane et romane étaient probablement recouverts de tuiles, de lauzes ou de bardeaux de bois.


Datation : nous ne modifions pas la datation proposée précédemment, an 1150 avec un écart de 50 ans.



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