Diverses églises du Doubs susceptibles de dater du Ier millénaire
Les édifices étudiés dans cette page
concernant le département du Doubs n’ont pas été visités.
Leurs images, en général des copies d’écran Internet,
servent à expliquer et à justifier les datations. Ces images
ne peuvent remplacer une visite in situ.
Remarque :
Ce site n’est pas seulement destiné à fournir des
informations à un visiteur éventuel. Il sert aussi à usage
interne en vue de faciliter nos propres recherches. En
conséquence, on ne s’étonnera pas que l’étude de certains
monuments s’écarte parfois du cadre préalablement fixé : le
premier millénaire en Europe. Ainsi, il peut nous arriver d
‘analyser des monuments que nous estimons postérieurs à l’an
1000, mais antérieurs à l’an 1100, voire 1150, en vue
d’effectuer des comparaisons stylistiques ou
architectoniques.
Les quatre églises décrites dans cette page sont : la
cathédrale Saint-Jean de Besançon, l’église
Notre-Dame de Besançon, l’église
Saint-Antoine de Lizine, l’église
Saint-Bénigne de Pontarlier.
La
cathédrale Saint-Jean de Besançon
La cathédrale Saint-Jean de Besançon est assez bien
documentée. La page qui lui est consacrée sur le site
Internet Wikipedia nous apprend qu’elle a été « construite
dès le IIIesiècle puis reconstruite plusieurs
fois, notamment au IXeet au XIesiècle.
Elle contient des parties romanes, gothiques et baroques
... L’édifice est un des rares en France à comprendre deux
chœurs opposés ; il recèle… la « Rose de Saint Jean », un
autel circulaire du XIesiècle et
entièrement réalisé dans un marbre blanc (voir les images 5 et 6) ...
La
cathédrale carolingienne : Au
début du IXesiècle, l’édifice est totalement
remanié et orienté différemment ... Le nouvel édifice, de
style carolingien, est l’œuvre de l’archevêque Bernoin qui
le consacre un 21 avril entre 811 et 838. Cette cathédrale
comprend trois nefs, pas de transept et deux absides
opposées. ... Ces deux absides opposées rapprochent le
bâtiments des autres cathédrales construites à l’époque en
Germanie et notamment à Cologne (image
2) ...
L’édifice comportait
également une autre particularité notable : l’abside
principale, encadrant l’autel Saint-Étienne, ainsi que le
trône épiscopal, étaient tournés vers l’Ouest, si bien que
les célébrations étaient faites face au peuple, usage que
la cathédrale conserva jusqu’au début du XIXesiècle.
L’abside secondaire, située à l’autre extrémité, était
quant à elle tournée vers l’Est et formait la chapelle
dite de Sainte-Marie.
Ces dispositions si
particulières permettent d’envisager qu’existaient au
préalable deux églises, particularité architecturale que
l’on retrouvait par exemple au groupe cathédral de Genève.
Le premier édifice devait accueillir les fonctions
principales, alors que la deuxième cathédrale avait des
fonctions épiscopales ou alors recevait des fonctions
particulières, comme celles de Pâques. Un baptistère et
une résidence pour l’évêque venaient compléter le tout. Au
moment où les deux bâtiments sont détruits pour construire
une nouvelle cathédrale au IXesiècle dédiée
à Saint Jean, les deux anciens vocables ont été conservés
pour les autels (Saint-Étienne pour le maître-autel,
Sainte-Marie pour l’autel du contre-chœur). Cette
particularité (chœur et contre-chœur) est une
caractéristique du milieu rhénan.
La
cathédrale du XIesiècle
: Hugues de Salins (1031-1066) réalisa d’importants
travaux au sein de la cathédrale et la consacra de nouveau
le 23 septembre 1061. Il ne reste actuellement rien de la
cathédrale telle que l’a remaniée Hugues de Salins, si ce
n’est quatre hauts-reliefs représentant les symboles des
quatre évangélistes, mais dont l’origine est encore
sujette à controverse ... ».
Vient ensuite une très longue explication sur la querelle
des chapitres. Puis on reparle de constructions :
« La
reconstruction du XIIesiècle : « Le 5 mai 1148, le pape
Eugène III dédicaça l’église en aspergeant les murs d’eau
bénite, marquant le terme d’une reconstruction du
bâtiment. Le pape consacra également huit autels ... Si le
plan de la nouvelle reconstruction reprenait en gros celui
de l’ancienne cathédrale, il était bien évident que ce
n’était pas le fruit du hasard : en effet, l’archevêque
Anséri pensait affirmer la continuité historique de la
maison mère, et ce, de manière tangible afin d’éviter de
nouveaux conflits au sein du clergé de Besançon. Ce
nouveau bâtiment reconstruit durant le second quart du XIIesiècle nous est parvenu en grande partie,
bien que le chevet oriental ait été reconstruit durant le
XVIIIesiècle.
Les
chapiteaux : les chapiteaux de la cathédrale
Saint-Jean apparaissent, tout comme son architecture, un
cas unique en Franche-Comté ... 115 chapiteaux sont
actuellement visibles malgré la reconstruction du XIIesiècle.
Les
transformations du XIIIesiècle : En
1212, la charpente de style roman de la cathédrale fut
entièrement détruite par un incendie, où seuls les murs
furent épargnés ... le sinistre allait être le point de
départ d’une campagne de rénovation et dès 1212, Amédée de
Drameley organise les travaux ... »
Il faut tout d’abord insister sur le grand intérêt de ces
textes. Et ce, malgré certaines réserves que nous
apporterons par la suite.
Le premier des faits positifs est l’explication concernant
l’architecture des églises dites « carolingiennes ». Elles
devraient nous être utiles pour l’étude de ces églises. Nous
retrouvons ici l’existence des « groupes cathédraux », que
nous avons identifiés en plusieurs endroits. La datation au
début du IXesiècle de ces églises à absides et
contre-absides semble aussi correspondre à ce que l’on
connaît. Il faut néanmoins observer que les cathédrales
rhénanes sont plutôt appelées « ottoniennes » que
« carolingiennes ». Ceci signifierait que, pour les
historiens de l’art qui les désignent ainsi, leur datation
serait postérieure d’un siècle et demi à la précédente. En
tout cas, les informations concernant une construction
probable au début du IXesiècle s’avèrent
primordiales.
Nous sommes à l’inverse plus réservés quant à l’analyse qui
suit. Si on résume le texte, il y a eu à partir du IVesiècle
plusieurs églises. Ces églises ont disparu, fondues en une
seule église au début du IXesiècle. Puis cette
église aurait été remplacée par une autre au XIesiècle,
ayant le même plan que la précédente. Laquelle aurait été
remplacée par une autre au XIIesiècle.
Toujours avec le même plan que l’église du IXesiècle.
Et de nouveau après 1212, on refait le tout. Plus
exactement, semble-t-il, la toiture. Et après cela, pas de
changement de plan : une église avec des parties romanes,
gothiques et baroques.
Il y a là quelque chose d’incongru. Il y aurait eu trois
églises successivement construites en 4 siècles, du IXeau
XIIesiècles. Avec les deux premières églises
entièrement détruites (hormis les 115 chapiteaux de l’église
du XIesiècle !). Et après cela, durant 8
siècles, pas de destruction mais des réaménagements. `
Il est tout aussi difficile d’admettre qu’une église soit, à
plusieurs reprises, reconstruite dans le même plan que
l’édifice original. Certes, cela existe dans des pays
d’extrême Orient comme le Japon. Mais dans ces pays, la
reconstruction dans les mêmes plans et les mêmes matériaux
résulte d’une volonté religieuse. La reconstruction au bout
d’un certain nombre d’années est presque prévue dès la
construction. Pour les pays d’Europe Occidentale, une
construction est prévue pour durer. Pas pour changer tous
les 100 ans. Il nous semble évident que si les architectes
avaient prévu de construire au XIesiècle,
après la destruction de l’église précédente, ils auraient
effectué la construction à partir d’un autre plan. En
particulier, ils auraient fait un transept.
Nous pensons que la construction du XIIesiècle
n’est sans doute qu’un réaménagement. La phrase : « Le 5 mai 1148, le pape
Eugène III dédicaça l’église en aspergeant les murs d’eau
bénite, marquant le terme d’une reconstruction du bâtiment
» doit être nuancée. Nous savons que la dédicace d’un
bâtiment ne doit pas être assimilée à l’inauguration d’un
bâtiment neuf. Le déplacement exceptionnel d’un pape devait
être l’occasion de dédicacer nombre d’autels ou d’édifices
construits longtemps auparavant.
Il y a donc très probablement une, voire deux destructions
de trop. Nous pensons que l’église actuelle est construite
sur les bases de l’édifice du IXesiècle. Avec
peut-être conservation des murs extérieurs. Il est possible
que les piliers aient été entièrement refaits au XIesiècle.
Ces piliers semblent être de type R1111.
Mais nous pensons que ces piliers étaient à l’origine
(c’est-à-dire au XIesiècle) de type
R1010. Transformés en piliers R1111,
ils auraient servi à porter des toits charpentés, puis plus
tard, des voûtes en croisée d’ogives (image
3).
La « Rose de Saint Jean » est une table d’autel circulaire à
cupules. Les images 5 et
6 font apparaître un agneau pascal portant un
chrisme et, au-dessus du chrisme, une colombe.
L’Agneau Pascal portant une croix pattée se trouve sur des
mosaïques de Ravenne datées du VIIeou VIIIesiècle.
Ici l’Agneau Pascal porte un chrisme. Mais le chrisme et la
croix pattée sont contemporains (peut-être une période un
peu plus étendue dans le cas du chrisme ?). En tout cas,
nous n’avons pas vu de telles tables d’autel au
XIesiècle.
Nous pensons, au vu du nombre de témoignages écrits
susceptibles d’avoir été conservés, qu’une étude très
approfondie de l’architecture de cette église est
nécessaire.
Datation envisagée pour la cathédrale Saint-Jean de
Besançon : an 850 avec un écart de 100 ans.
L’église
Notre-Dame de Besançon
L'image 8 permet
d’identifier sur la nef à trois vaisseaux des piliers de
type R1010 reliés
par des arcs simples. Les vaisseaux étaient charpentés.
Ultérieurement, des pilastres ont été accolés aux piliers
afin de porter les doubleaux supportant les voûtes. Nous
pensons que l’édifice originel est antérieur à l’an mille.
Datation envisagée
pour l’église Notre-Dame de Besançon : an 950 avec un écart
de plus de 100 ans.
L’église
Saint-Antoine de Lizine
Peu de choses à dire sur cet édifice difficile à dater (images 10, 11 et 12)
: un clocher-porche roman, une nef unique.
Datation envisagée pour
l’église Saint-Antoine de Lizine : an 950 avec un écart de
100 ans.
L’église
Saint-Bénigne de Pontarlier
Voici un extrait du texte de la page du site Internet
Wikipedia relatif à cette église : « De
1651 à 1666, l’église Saint-Bénigne est presque totalement
reconstruite « à l'identique » à l'emplacement d'une
première église romane du XIesiècle, dont
il ne reste presque rien (à part un portail du XVesiècle)
à la suite du passage en 1639 des troupes du duc Bernard de
Saxe-Weimar (guerre de dix ans). L'église est consacrée en
1666 à Saint-Bénigne. »
La formule : « l’église
Saint-Bénigne est presque totalement reconstruite « à
l'identique » à l'emplacement d'une première église romane
du XIesiècle » est, selon nous,
erronée. En effet, cette église actuelle n’a rien à voir
avec une « église romane
du XIesiècle ». Une église du XIesiècle
a une certaine forme. Elle est systématique, dotée de
piliers de type R1010
ou R1110 ou R1111,
avec des arcs doubles reliant les piliers. Ici les piliers
sont de typa R0000.
L’église primitive devait être charpentée. Pour nous, soit
cette église a remplacé une basilique de l’antiquité tardive
antérieure d’au moins 4 siècles à une église romane. Soit
cette église n’a rien remplacé du tout : c’est l’église
d’origine, avec certes beaucoup de restaurations et un
voûtement ultérieur. Nous serions plutôt favorables à la
seconde hypothèse. En effet, s’il y avait eu construction
d’une nouvelle église dans la seconde moitié du XVIIesiècle,
elle aurait été faite dans le style de l’époque avec, par
exemple des arcs en anse de panier.
Datation envisagée
pour l’église Saint-Bénigne de Pontarlier : an 700 avec un
écart de 200 ans.