L’église Saint-Genès de Thiers
La page du site Internet Wikipedia
consacrée à cette église nous apprend ceci : « Connue
pour être un mélange de l'art gothique et de l'art roman,
l'église possède la plus grande coupole d'Auvergne.
Construite à partir du VIe siècle, l'église
doit son nom au martyr Genès, décapité au lieu-dit du
Creux de l'enfer. Les premières constructions de l'édifice
actuel datent du XIe siècle et ont été achevées
en 1120. Remaniée à plusieurs reprises, l'église perd au
XIXe siècle son porche original, qui abritait
un grand escalier donnant accès à la porte principale.
En 575, Avitus, évêque de Clermont, fait élever une église
à cet emplacement situé alors en dehors de toute
agglomération. Elle aurait été entièrement détruite, comme
la première église du Moutier, lors de l’invasion de
Sarrasins au IXesiècle. Contrairement à celle
de la ville basse, il semble qu'elle n'est pas été relevée
rapidement. L'édifice était selon Grégoire de Tours d'une
grande beauté. Des fragments de pavements de mosaïques
retrouvés pendant les travaux de 1863 pourraient en être
des reliquats.
Robert Ier, comte d'Auvergne et seigneur de
Thiers, après avoir rendu à l'abbaye du Moutier la majeure
partie des biens pris par ses prédécesseurs, fait relever
l'église de la haute ville. Il instaure le chapitre de
Saint-Genès en 1016, qui s'installe dans des bâtiments
situés au sud du nouvel édifice. L'église actuelle, de
style roman, remonte donc aux XIeet XIIesiècles.
Les remaniements successifs du XIIIe siècle au
XIXesiècle altèrent son aspect. L'église est
saccagée par les Huguenots en janvier 1568, qui ont
détruit le clocher. La façade occidentale, que le visiteur
arrivant de la plaine voit se détacher au milieu des
maisons étagées à flanc de colline, est entièrement
reconstruite entre 1860 et 1863, au moment de
l'installation des grandes orgues. Le porche, qui abritait
l'entrée principale, est détruit. Un nouveau porche est
construit en pierre de Volvic, au Nord, et un nouveau
clocher est érigé. On peut se faire une idée des
changements opérés au XIXesiècle grâce au
travail de plusieurs illustrateurs. La façade Sud, quant à
elle, est bien mieux préservée, avec notamment de beaux
aspects romans conservés. »
Lorsque nous avons visité cette église,
nous n’étions pas au courant des informations précédentes,
en particulier de sa probable construction en 575 par
l’évêque Avitus et de sa description par Grégoire de Tours.
En règle générale, nous ne faisons pas confiance aux
diverses datations proposées par les chercheurs, car elles
sont déduites de chartes correctement datées, mais peu
explicites. Dans le cas présent, c’est totalement différent
car Grégoire de Tours est un auteur fiable et s’il décrit
une église, c’est parce qu’il a eu l’occasion de la visiter.
Par contre, l’information selon laquelle Thiers aurait été
détruite par une invasion de sarrasins au IXesiècle
est moins certaine. Ce qui n’empêche pas qu’il ait pu y
avoir une invasion au IXesiècle. Mais pas
forcément par les Sarrasins, fortement éloignés de leurs
bases situées en Espagne. Les conflits entre villes rivales
ne devaient pas manquer en cette période. Il est possible
que la destruction de Thiers, si elle s’est produite, soit
attribuable à une ville concurrente, comme Clermont-Ferrand.
Mais qu’elle ait été attribuée aux Sarrasins pour faire
oublier que c’était Clermont. Il est aussi possible que,
parmi les troupes qui ont pris Thiers, il y ait eu des
mercenaires venus d’Espagne, globalement appelés « Sarrasins
».
N’ayant pas eu connaissance d’une construction dès le VIesiècle,
nous ne nous sommes pas suffisamment pas préoccupés de
rechercher des traces d’une telle construction, nous
contentant de prendre des photographies de l’ensemble.
L’étude ultérieure de ces photographies permet de déceler
les traces de nombreuses transformations.
Les images
1, 2, 3 et 4 de l’extérieur de l’église présentent
un ouvrage peu décoré, de moindre intérêt esthétique que les
« cinq églises romanes majeures d’Auvergne » étudiées
précédemment. Le seul décor apparent est celui de rosaces en
marquèterie de pierres colorées sur le pignon de la façade
Ouest (image 4).
C’est sur cette façade qu’il y aurait eu les transformations
du XIXesiècle signalées ci-dessus. Il y aurait eu
la suppression d’un porche. Nous pensons que cette
suppression du porche n’a pas affecté le décor du pignon.
Les images 6 , 7, 9 et 10
de l’intérieur de l’église mettent en évidence une nef à
trois vaisseaux voûtée d’ogives. En examinant de plus près
les piliers porteurs des ogives
(image 12), on
s’aperçoit que le doubleau central repose sur une colonne
adossée par l’intermédiaire d’un chapiteau roman. Et ce,
alors que les ogives reposent sur des consoles gothiques.
D’où l’idée que l’église était primitivement charpentée.
Elle aurait été ultérieurement voûtée en croisée d’ogives.
Le toit a été abaissé par suite de la pose de la voûte en
croisée d’ogives. Il suffit pour s’en convaincre de voir la
fenêtre triple située au-dessus de l’arc séparant la nef du
transept (image 8).
Cette fenêtre est en partie recouverte par la voûte alors
qu’elle devrait être en dessous de celle-ci.
Actuellement, les piliers de cette nef
sont de type R1111.
Les arcs reliant les piliers sont doubles. Ce qui signifie
pour nous que, dès l’origine de la construction de cette
nef, les piliers étaient au moins de type R1010.
Il nous est difficile de savoir si, toujours à l’origine,
les piliers étaient bien de type R1111
ou si des colonnes ont été adossées ultérieurement à ces
piliers, transformant chaque pilier de type R1010
en un pilier de type R1111.
Le texte ci-dessus extrait de Wikipedia nous dit que
l’église est en partie romane et en partie gothique. En
fait, cette église est romane. Mais c’est son couvrement qui
a été refait à la période gothique. Cette idée d’une église
gothique est liée au fait que, lorsque nous entrons dans une
église, nous avons tendance à regarder les voûtes alors que
nous devrions regarder les bases de cette église. Lorsqu’on
construit un édifice, on ne commence pas par le toit mais
par les fondations. Ce sont celles-ci qui donnent la forme
définitive de l’église. Les toits quant à eux sont
construits après et souvent remplacés au cours du temps. Un
maçon nous disait que, concernant les maisons
traditionnelles, la couverture en tuiles ou ardoises devait
être changée tous les 100 ans. Quant à la charpente c’était,
selon lui, tous les 200 ans.
Les arcs des collatéraux sont légèrement outrepassés (images 10 et 11). Il
faut aussi remarquer l’étroitesse des collatéraux (image
9).
L'image 13 est
celle d’une travée de la nef vue en direction du Nord. On
constate qu’il existe une fenêtre supérieure, mais pas de
fenêtre inférieure, qui devait exister auparavant, percée
sur le mur extérieur Nord.
L'image
30, quant à elle, est celle de la nef vue en
direction du Sud. On y voit en arrière-plan l’emplacement
d’anciennes baies. Le mur Sud du collatéral a été percé à
l’époque gothique pour permettre l’accès à des chapelles
gothiques. Remarquer que ces fenêtres se situent au-dessus
des arcs doubleaux, porteurs des voûtes du collatéral Sud.
Ceci nous fait envisager que ces arcs doubleaux ont été
construits après les fenêtres. Le voûtement du collatéral
Sud et donc du vaisseau central, pourrait donc être
relativement tardif.
Toujours sur l'image 30, on remarque que sur
la travée de droite, l’arc en plein cintre est plus bas que
ceux des travées de droite. Au dessus de cet arc, on observe
un autre arc muré. Cette différence entre les travées fait
envisager qu’il y a eu des travaux différents. Nous pensons
que cette travée de droite devait appartenir à un ouvrage
Ouest. L’arc inférieur portait une tribune qui était
protégée par l’arc supérieur. On retrouve la même
disposition sur l'image 31
qui présenterait donc l’ouvrage Ouest vu à partir du
collatéral Sud.
Les
images 14, 17 et 23 sont celles des absides. Leur
style est un peu différent de celui de la nef. Il s’agit là
d’une zone que nous avons insuffisamment étudiée, étant
surtout attirés par la nef qui nous semblait plus
intéressante. Les quelques photographies que nous avons
prises de ces absides ont fait évoluer notre point de vue.
La plupart des arcs de ce chevet sont nettement outrepassés
(images 18 et 28).
Mais c’est surtout le style des chapiteaux qui diffère :
pour le vérifier comparer les images
15, 16, 19, 20 21, 22, 24, 25, 26, 27, pour les
chapiteaux des absides, et les images
de 32 à 36, pour les chapiteaux de la nef. Nous
pensons que ces trois absides sont antérieures à la nef.
Mais nous n’avons aucune certitude, car l’ensemble a subi de
nombreuses réfections au cours du temps.
Les chapiteaux de l’absidiole Nord (images
15 et 16) présentent la particularité suivante :
les tailloirs qui les surmontent sont plus larges que ces
chapiteaux et décalés par rapport à ceux-ci. Il en est de
même pour les chapiteaux de l’absidiole Sud, mais concernant
le chapiteau des images
24 et 25, le décalage est moins apparent. Ce
décalage fait envisager qu’il y a eu là deux étapes de
travaux. D’autant plus que les tailloirs sont apparentés à
des impostes vues dans plusieurs églises d’Auvergne
(Artonne, Beaumont, Ris,...).
Les chapiteaux des images
20 et 22 sont différents de ceux des images
15 , 16, 19 et 21. Nous les estimons préromans. Le
chapiteau des images 24
et 25 est tout aussi différent des précédents. Il
s’agit d’un chapiteau historié. Nous ne comprenons pas le
thème qui est représenté ici.
Les chapiteaux des images
26 et 27 sont eux aussi différents des précédents.
Les thèmes représentés ici sont vus pour la première fois.
Voici ce que nous avions écrit avant
même de lire le texte extrait de Wikipedia signalant qu’une
église avait été construite à cet emplacement à la fin du VIesiècle
par l’évêque Avitus : « Les
restes de mosaïques polychromes noir et blanc (images
37, 38, 39) pourraient dater d’une période
tardo-antique (VIe- VIIesiècle). Sur
l'image 37, on peut voir un
beau torse de lion dont la crinière est formée
d’entrelacs. » En conséquence, selon nous, ces
mosaïques proviennent bien de l’église d’Avitus. Par leur
style, elles doivent permettre de dater d’autres mosaïques
décrites dans ce site.
Datation
Datation envisagée
pour les absides. Notte étude ayant été insuffisante, il
serait bon de la reprendre. Il faudrait que nous puissions
avoir un plan de l’ensemble de l’édifice. Nous pensons que
les absides ont été construites à des époques différentes.
La datation ne peut être que délicate et étalée dans le
temps : an 800 avec un écart de 225 ans.
Nous ne prendrons en compte que la datation
envisagée pour la nef, selon nous mieux évaluée :
an 1050 avec un écart de 100 ans.