L'église Notre-Dame-de-la-Nativité de Tauves
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Nous avons visité cette église début juin 2024, en compagnie
d’Alain et Anne-Marie Le Stang. La plupart des images
suivantes ont été prises lors de cette visite. Les autres
proviennent de galeries d'images d'Internet.
Ce site Internet intitulé millénaire1
est consacré à l'étude du premier millénaire en Europe dans
tous ses aspects : histoire, architecture, iconographie,
etc. On devrait donc arrêter l'étude à l'an mil. Il est
cependant difficile de définir la date d'arrêt exacte car il
y a eu continuité entre le premier millénaire et le second.
Ainsi, lorsqu'un monument daté, selon nous, de l'an 1000
avec un écart de 100 ans, appartient-il au premier
millénaire ? ou au second ? Les deux mots « selon nous »
écrits ci-dessus introduisent une incertitude
supplémentaire. C'est pour cela que nous avons décidé de
dépasser un peu cette limite en considérant qu'un édifice
daté par nous de l'an 1050 avec un écart de 100 ans pouvait
être antérieur à l'an mille.
Dans le cas présent, il est apparu, comme nous le verrons un
peu plus loin, que l'église Notre-Dame-de-la- Nativité
n'était probablement pas antérieure à l'an mille. Néanmoins,
il était important de l'étudier afin d'aboutir à une
chronologie de construction des églises : l'idée est de
classer les églises en fonction des innovations de
construction. Si une église ou une partie d'église A est
moins évoluée que B, laquelle est moins évoluée que C, on
peut ranger les églises A, B, C par ordre chronologique.
Bien sûr, pour obtenir une chronologie satisfaisante, il
faut beaucoup plus que trois églises. Notre étude sur plus
de 2000 églises nous a permis de vérifier qu'il n'existait
pratiquement aucun document relatant la construction
détaillée d'une église. Le seul document est le carnet de
dessins de Villard de Honnecourt qui aurait été rédigé entre
1225 et 1250 (mais sans certitude de ces dates). Nous
espérons cependant en trouver d'autres d'une façon
indirecte. Ce qui est certain, c'est que plus un monument
est récent, plus on a de chances de trouver des documents
permettant de le dater. Et par la suite, en remontant la
chronologie, de dater les édifices successifs. Ainsi, en
prenant l'exemple de l'église actuelle, si on estime qu'elle
est antérieure d'un cinquantaine d'années aux dessins de
Villard de Honnecourt, on pourra dater sa construction entre
1175 et 1200. Puis dater une autre église antérieure d'une
cinquantaine d'années, et ainsi de suite. Avec une telle
méthode, on arrivera très vite à des dates antérieures à
l'an 1000.
Image
1 : La nef est recouverte d'un toit à deux
pentes. On pourrait penser que cette nef a un seul vaisseau.
Nous verrons un peu plus loin qu'elle possède trois
vaisseaux. Sur cette image, le portail Nord est protégé par
un arc brisé. Par contre, les arcs des fenêtres sont en
plein cintre. Bien qu'il ne faille pas trop généraliser sur
ce point, nous pouvons dire que les arcs en plein cintre
caractérisent le roman, et les arcs brisés le gothique. En
tout cas, les fenêtres sont très probablement antérieures au
portail Nord. Cela n'est pas très gênant dans la mesure où
le portail Nord a pu être percé ultérieurement.
Image 2 : Le
portail Ouest, quant à lui, est typique de l'art roman
tardif.
Image 3 : Il est
décoré d'une frise sculptée en partie récupérée. On peut
voir, à gauche, une sphère et deux masques, au milieu, un
petit personnage avec une crosse, à droite, trois boules.
Images 4 et 5 :
L'intérieur de l'église apparaît très sombre. On a souvent
vanté le manque de clarté des églises romanes qui serait
propice au recueillement et à la prière mais nous ne pensons
pas que c'était le but. Dans de nombreux cas, les nefs
étaient primitivement charpentées. Le vaisseau central était
plus élevé que les collatéraux. Des fenêtres supérieures
apparaissaient au-dessus des toits des collatéraux.
Ultérieurement, il a été décidé de voûter le vaisseau
central. Pour assurer l'équilibre des masses, on a abaissé
les murs latéraux du vaisseau central. Ce qui a contribué à
obturer les fenêtres supérieures et à assombrir l'église. Il
est possible que c'est ainsi que cela s'est passé pour
l'église-Notre-Dame-de-la-Nativité.
Le collatéral Nord est représenté sut l'image
6, le collatéral Sud sur l'image
7. On constate sur ces images que les chapiteaux et
tailloirs des piliers sont légèrement plus hauts du côté
collatéral que ceux des côtés Est et Ouest. Il est donc
possible, mais nous n'en sommes pas certains, que les
piliers aient été à l'origine de type R1010
et que, ultérieurement, on aurait accolé à ces piliers du
côté collatéral des colonnes semi-cylindriques et des
chapiteaux transformant ces piliers en piliers de type R1110. Tout cela
mériterait de multiples vérifications que nous n'avons pas
eu le temps de faire.
Image 8 : Si,
dans le paragraphe précédent, nous avons un peu hésité, dans
le cas présent, nous sommes plus confiants. Il est en effet
peu probable que cette parte ait été modifiée au cours du
temps. Très probablement les grands arcs reliant les piliers
existaient dès l'origine. Et, comme ils sont brisés, ils
signeraient une date tardive de l'art roman.
La plupart des chapiteaux sont peints.
Nous ignorons si les peintures sont d'origine (ce qui est
peu probable), copiées de peintures d'origine, ou de pures
créations récentes. Cependant, à la différence de certaines
peintures restaurées du XIXe siècle, celles-ci
n'ont pas des couleurs criardes et pourraient passer, si
elles datent de cette période, pour de bonnes imitations des
couleurs anciennes.
Les chapiteaux des images
de 9 à 13 sont décorés de feuillages stylisés,
accompagnés, pour certains, de pommes de pin.
Images
14 et 15 : Sur ces chapiteaux il y a un mélange
de feuillages stylisées et de tiges entrelacées.
Images 16 et 17 :
Pour ces deux chapiteaux, la corbeille est peinte. En ce qui
concerne le premier des deux, la forma s'apparente aux
chapiteaux dits mauriacois (de la région de Mauriac/Cantal)
pour les quels seul le dessus est sommairement sculpté en
forme d'arc, laissant en dessous une surface plane dépourvue
de formes sculptées. Cette absence est une des questions que
nous nous sommes posée au sujet des chapiteaux cantaliens.
La réponse est peut-être là. La surface qui n'était pas
sculptée était peut-être, comme ici, peinte.
Une rosace faiblement sculptée est présente sur le chapiteau
des images 18 et 19.
Image 20 : Ce
chapiteau est difficilement lisible dans sa partie non
peinte. Le décor semble être historié. Ce pourrait être la
représentation du « torse d'homme émergeant des feuillages
». À moins que ce soit celle du « singe cordé ».
Représentations observées à plusieurs reprises et dont la
signification demeure mystérieuse.
Images 21 et 22 :
Masques humains crachant des feuillages. Sur l'image
21, au milieu de la corbeille, une structure
s'apparente à une forme humaine aux bras levés, un orant.
S'agit-il là d'un pur hasard ?
Image 23 :
Ensemble de trois personnages. Nous ne connaissons pas la
signification de cette scène. À la différence d'autres
chapiteaux que l'on retrouve dans des églises de transition
entre le roman et le gothique, celui-ci est manifestement
roman.
Image 24 : Aigle
impérial aux ailes déployées. La lecture est claire, l'image
parlant d'elle-même. Son interprétation symbolique l'est
beaucoup moins. Est-ce le symbole de l'évangéliste
Saint-Jean ? Est-ce le symbole d'un pouvoir impérial ? Nous
pensons que cela pourrait être un blason ou une marque de
donateur. Un peu comme quand on visite un chantier financé
par des mécènes. On y voit les logos des organismes
donateurs.
Images
25, 26 et 27 d'un même chapiteau : Le thème
pourrait représenter l'archange Saint Michel terrassant le
dragon. À droite sur l'image
27, un petit personnage présente un livre à l'ange.
Sur ce livre, sont inscrites des lettres difficilement
lisibles. Il est possible que le petit personnage soit le
sculpteur.
Image 28 : Scène
énigmatique avec au centre une personne assise sur un trône
qui pourrait être une Vierge à l'Enfant.
Images 29 et 30 :
Fonts baptismaux. Il s'agit en fait de la moitié d'une cuve
qui était initialement de forme cylindrique, actuellement
adossée au pilier. Nous la datons du VIe ou VIIe
siècle. Remarquer le décor en forme d'arcades. Nous pensons
que ce décor a une forte représentation symbolique d'entrée
dans le Ciel. Sur la partie avant, le décor d'arcades est,
semble-t-il, modifié. En tout cas moins net.
Datation
Concernant la datation, nous demeurons très circonspects.
D'une part, certains détails sont caractéristiques d'une
ancienneté (absence de transept, nef à trois vaisseaux mais
dont le vaisseau central est abaissé au niveau des
collatéraux, quelques chapiteaux archaïques). Mais d'autres
éléments témoigneraient d'une attribution à la période
gothique, ou, au minimum, à la période de transition entre
le roman et le gothique (arcs brisés, chapiteaux à
feuillages, plus fréquents aux débuts du gothique que durant
le roman).
Datation envisagée pour
l'église-Notre-Dame-de-la-Nativité de Tauves : an 1125 avec
un écart de 75 ans.