La basilique Notre-Dame-du-Port de Clermont-Ferrand  

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La page du site Internet Wikipedia relative à cette église nous apprend ceci : « Selon la tradition, une première église aurait été fondée à l'emplacement d'une source gallo-romaine au VIe siècle par l'évêque saint Avit. Incendiée et ravagée par les Normands au IXe siècle, elle aurait été relevée par l'évêque Saint Sigon. Cette légende relève selon Emmanuel Grélois d'une mise en scène effectuée par les chanoines pour inventer une ancienneté à leur église et se créer une légitimité. Cependant, il est certain qu'un édifice antérieur a existé avant l'édifice roman, puisque le chapitre est présent dès le milieu du Xe siècle dans les sources.

L'église actuelle a été construite entre les années 1120-1130 et la fin du XIIe siècle, peut-être même encore dans le début du XIIIe siècle pour l'aménagement intérieur et la mise en place des vitraux. La pierre utilisée est de l'arkose blonde, un grès feldspathique qui provient des carrières de Montpeyroux.

L'église est gravement endommagée par les forts séismes qui secouent la région en 1478, et plus particulièrement en 1490. Il en résulte la chute du pinacle de la tour du transept qui est remplacé par un clocheton à bulbe.

... Le plan est en croix latine de type basilical à six travées, dans la nef flanquée de bas-côtés simples voûtés d'arêtes. Un transept régulier avec une chapelle semi-circulaire orientée sur chaque croisillon. La décoration de l'intérieur se caractérise par sa sobriété, avec un chœur surélevé, entouré d'un déambulatoire sur lequel s'ouvrent quatre chapelles rayonnantes. Le chevet est un exemple de l'art roman auvergnat comportant de fines mosaïques.

La basilique fait partie des édifices que les historiens d'art (dans les années 50-70) ont appelées « majeures » de Basse-Auvergne et plus précisément des cinq églises majeures de type complet. Les autres représentantes sont L'église Saint-Austremoine d’Issoire, la basilique Notre-Dame d’Issoire, l’église de Saint-Nectaire, l'égkise Notre-Dame de Saint-Saturnin. Bruno Phalip a rappelé pour l'Auvergne l'importance de déconstruire le concept d'école régionale «romane» et de l'appellation de majeur.
»


    Ce texte confirme certaines de nos idées. L’une d’entre elles concerne les invasions normandes. Nous estimons en effet que l’impact des invasions normandes a été exagéré. La raison à cette prise de position ? D’après la description qui nous est faite de ces invasions normandes, elles auraient consisté en une série de raids dispersés dans le temps, à la fin du IXesiècle et durant le Xesiècle. Il faut comprendre que des raids d’envergure exigent une base arrière importante. On ne lance pas des opérations lointaines si on n’a pas prévu de pouvoir revenir. Et plus l’opération est importante, plus la base arrière doit être développée. Lorsque les vikings lançaient leurs assauts sur l’Angleterre, ils disposaient de bases dans les pays nordiques mais aussi sans doute dans des pays plus proches occupés auparavant, l’Écosse ou les Shetlands.

    Si les Normands sont venus jusqu’à Clermont-Ferrand, c’est en partant de bases situées au moins à l’embouchure de la Loire, et, plus sûrement dispersées sur les rives de la Loire. Il est difficile d’imaginer des bandes de guerriers partant à l’aventure depuis leur pays nordique, parcourant des milliers de kilomètres à la fois sur mer et sur terre dans un pays supposé hostile. Si ces opérations avaient été de grande ampleur, on devrait retrouver sur le sol de France des restes de ces bases arrières. Ce n’est pas le cas.

    Une autre position conforte nos idées. Celle concernant l’existence d’un « art roman auvergnat ».


    Les images de 1 à 11 de l’extérieur ne sont pas très instructives en ce qui concerne la datation. Nous estimons que les chevets à déambulatoire (images de 8 à 11) ont été construits à partir de l’an 1100 (ce qui confirmerait la datation aux alentours de 1120-1130), mais nous ne sommes pas certains que le transept et la nef qui lui sont associés datent de la même période.

    Le portail Sud (images 4 et 5) semble quant à lui nettement antérieur à cette date. Non par les sculptures qui l’ornent, mais par sa forme générale : un linteau en bâtière surmonté d’un grand arc. Les sculptures en bas-relief qui ornent le portail ont pu être le résultat d’une opération ultérieure, au XIIIesiècle. Et de fait, il est très difficile de concilier le style nettement gothique du travail sculpté avec le profil nettement préroman du portail.

    Le chapiteau de l'image 10 représente très probablemment Adam et Ève tenant chacun un rameau de l’arbre de vie. Sur celui de l'image 11, on retrouve pour la nième fois la scène des « Oiseaux au canthare ». Ou plutôt un avatar de cette scène, car les oiseaux sont devenus des animaux fantastiques. Des griffons ? Ces deux chapiteaux nous apparaissent un peu trop neufs. Surtout pour l’endroit très exposé aux intempéries dans lequel ils se trouvent. Peur-être est-ce le résultat d’une restauration ?


    L’intérieur de la nef n’est pas plus révélateur. Les images de 12 à 19 sont celles d’une belle église bien propre et bien ordonnée. Trop peut-être, car on ne distingue pas les traces de restauration.


    Les chapiteaux du déambulatoire (images 20, 21, 22) datent bien du XIIesiècle (selon nous).

    La crypte (images 24, 25, 26) est-elle plus ancienne que le reste de l’église ? Il est difficile de s’en assurer. Bien souvent les cryptes ont été considérées à tort comme plus anciennes que les édifices qui les surmontaient. En ce qui concerne celle-ci, nous n’avons pas de réponse à apporter faute d’éléments suffisants.


    Nous sommes très hésitants vis-à-vis des chapiteaux des images de 28 à 33. Sont-ils réellement romans ou le résultat de restaurations au XIXeou au début du
    XXesiècle ?

    Certains développent des thèmes connus. Ainsi, celui de l'image 32 qui représente un singe cordé. La sculpture est d’art roman tardif.

    La datation de 1120-1130 correspond-elle à la réalité ? Peut-être ceux qui l’ont donnée ont-ils lu des documents qui pourraient la confirmer ? Le seul élément qui pourrait entrer en contradiction est le portail Sud. Mais ce portail a pu appartenir à un édifice plus ancien qui a été détruit pour laisser place à l’église nouvelle.

    En tout cas, la date de 1120 est compatible avec nos estimations de datation : an 1100 avec un écart de 50 ans.