L’église Saint-Pierre de Biollet
La page du site Internet Wikipedia consacrée à cette église
nous apprend fort peu : « Église Saint-Pierre, du XIe
siècle, avec ses chapiteaux mystérieux » et «
L'édifice est classé au titre des monuments historiques en
1961 » . Nos lecteurs assidus savent depuis longtemps que
nous faisons peu de cas de l’affirmation : « L’église est du
XIesiècle ». Cette affirmation est très
probablement la conséquence du raisonnement suivant : « Il
n’existe pas d’église antérieure à l’an mille. Donc toutes
les églises romanes datent du XIeou XIIesiècle.
Or, les chapiteaux de cette église présentent un archaïsme
certain. Donc cette église est du XIesiècle.
Nous estimons que ce raisonnement est, lui aussi, archaïque.
À l’extérieur, nous ne découvrons pas
immédiatement d’élément susceptible de nous indiquer une
datation sur l’église Saint-Pierre de Biollet. Mais on voit
à certains détails qu’il y a eu des modifications. Ainsi, la
porte murée de l'image 3. Plus encore,
observons le mur Sud (image
6). Entre les puissants contreforts, on repère
des portions de murs en appareil grossier. Nous pensons que
c’est cet appareil qui constituait le mur primitif. Les
contreforts auraient été installés plus tard, à l’époque
romane. La portion de mur située au-dessus de cet appareil
irrégulier et grossier est elle même en appareil régulier et
dans la continuité des contreforts. Ce mur roman a été
rehaussé (en appareil irrégulier cette fois-ci) de façon à
servir de mur gouttereau à un toit à deux pentes (image
1). On pourrait penser, en voyant ce toit à deux
pentes, que l’église est à nef unique.
Mais ce n’est pas une église à nef
unique : la nef est à trois vaisseaux (images
7, 10, 12, 13). La nef, qui originellement devait
être couverte d’un toit à 4 pentes (2 pentes sur le vaisseau
central, une pente sur chacun des bas-côtés), est à présent
recouverte d’un toit à deux pentes.
On peut penser que la phrase précédente est purement
hypothétique, le produit d’une imagination fertile et
débordante. Mais plusieurs indices convergent en faveur de
cette thèse. Le premier de ces indices réside dans les
modifications que l’on vient de voir dans le mur extérieur
et dans leur interprétation. Le mur fait de moellons
irréguliers est le mur extérieur d’une nef à 3 vaisseaux qui
devaient être charpentés. À l’époque romane, on a décidé de
voûter cette nef en commençant par les bas-côtés. Avant de
voûter ces bas-côtés, on a décidé de renforcer les murs
extérieurs par des contreforts et de les rehausser par le
mur roman fait de blocs réguliers.
Lorsque la voûte a été installée sur le vaisseau central,
elle a obstrué les fenêtres supérieures. On voit d’ailleurs
sur l'image 16 qu’aucune
fenêtre supérieure ne perce la voûte. Vu que ces fenêtres
supérieures étaient obstruées, le décrochement qui devait
exister entre le toit à deux pentes du vaisseau central et
les toits des collatéraux n’avait plus de raison d’être et
on a décidé de recouvrir la totalité de la nef par un seul
toit à deux pentes.
Il existe une façon relativement simple de vérifier cette
hypothèse. Il suffit de passer au dessus de la voûte du
collatéral et au-dessous du toit. On devrait voir les restes
du mur gouttereau du vaisseau central et éventuellement des
restes des fenêtres supérieures.
Il existe une autre raison permettant de
penser que cette église était primitivement charpentée, mais
nous en parlerons plus tard. Auparavant, examinons les images 12, 13 et 14.
Elles nous montrent une partie de la séparation entre la nef
et le chœur. Nous n’avons malheureusement pas pensé à
prendre des images du chœur qui auraient pu compléter
celles-ci. Sur l'image 12, nous voyons à droite
un pilier surmonté par un arc. Cet arc est porté par une
imposte à chanfrein vers l’intrados. Au centre de l’image,
on trouve un autre pilier à imposte (toujours à chanfrein
vers l’intrados). Cette imposte (images
13 et 14) est analogue à celles vues précédemment
à Artonne et à Beaumont. Il en est de même pour celle de l'image 15. Il faudrait
vérifier cela, mais très probablement, cette partie est
antérieure à la nef située en arrière-plan sur les images
13 et 14.
Sur l'image 16, on découvre la partie
supérieure de la nef. Des cavités rectangulaires devaient
servir à l’insertion de poutres d’un plancher. Grâce à l'image 17,
on peut voir le décor d’un chapiteau de la partie
supérieure de la nef. Ce chapiteau est très différent des
chapiteaux de la partie inférieure (images
19 à 30). On retrouve là une autre confirmation
de la succession des constructions. Ce chapiteau, ainsi que
les autres situés au même niveau, a été installé après, au
moment de la constructions des voûtes.
Passons à présent à la description des
chapiteaux de la partie inférieure. Ces chapiteaux
supportent les arcs reliant les piliers. À remarquer que ces
arcs sont simples. Au début de nos recherches, nous pensions
que les chapiteaux portant les arcs reliant les piliers ne
portaient que des arcs doubles. Nous avons réalisé que dans
certains cas comme ici, les chapiteaux portent des arcs
simples. Selon nous, ce mode architectural serait antérieur
à celui des arcs doubles.
On constate que tous les chapiteaux présentent un décor
figuratif archaïque. Presque identique à des dessins
d’enfants. Regardons-les dans le détail :
Image 19 : Une
femme est représentée portant une robe. Elle tient la main
sur son ventre. À droite, une tête de femme. De part et
d’autre, deux quadrupèdes assis sur la croupe, avec leurs
pattes à l’horizontale : scène énigmatique.
Images 20 et 21 :
Deux images d’un même chapiteau. À chaque coin du chapiteau,
on peut voir un personnage. Ce sont peut-être des hommes :
le bas de la braie dépasse sous la robe. Celui de gauche
porte un livre. Celui de droite, une croix. Entre eux, deux
plus petits personnages, à tête allongée, faisant penser à
des extraterrestres, sont unis par l’amour (scène érotique)
: la scène est aussi énigmatique. Mais la scène du milieu
fait penser à Adam et Ève. Ce, d’autant plus qu’on voit au
dessus d’eux un serpent.
Image 22 : Un
quadrupède dressé sur ses pattes dans le coin gauche. Des
personnages aux bras dressés : scène énigmatique.
Image 23 :
Personnages aux bras dressés : scène énigmatique.
Image 24 : Au
centre, un personnage lève un bras. L’autre bras est sur sa
poitrine, tenant une croix. À côté, des têtes coupées :
scène énigmatique.
Images 25 et 26 :
Deux images d’un même chapiteau. Au centre, un homme portant
un manteau d’où dépassent des braies. Il tient dans la main
une masse ou un sceptre. De part et d’autre, deux prêtres
vêtus d’une soutane portent chacun une croix pattée : la
scène est énigmatique.
Images 27 et 28 :
Deux images d’un même chapiteau. Trois personnages sont
visibles : l’un porte une croix, l’autre une main sur le
ventre : scène énigmatique.
Image 29 :
Au-dessus, deux quadrupèdes (des lapins ?). Au centre, un
personnage lève la main. En dessous, des têtes coupées :
scène énigmatique.
Les images
30, 31, 32 et 33 sont celles de chapiteaux qui
supportent les doubleaux des collatéraux. À remarquer que
ces chapiteaux sont différents de ceux que l’on vient de
voir ... et tout aussi énigmatiques.
Datation
Nous ne tiendrons pas compte de la partie à impostes située
à la jonction de la nef et du chœur (images
12, 13, 14 et 15).
Pour la construction de la nef, nous envisageons trois
étapes. En début de construction, elle devait être
charpentée à piliers de type R1010.
Ultérieurement, les collatéraux auraient été voûtés (piliers
de type R1110).
Ultérieurement encore, le vaisseau central aurait été voûté
(piliers de type R1111).
Datation envisagée pour la première construction : an 700
avec un écart de 150 ans.