L’église Saint-Martin de Seyssins 

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Sur cette église Saint-Martin, voici ce que nous apprend la page qui lui est consacrée sur le site Internet Wikipedia : « Église de style roman construite entre le IXesiècle et le XIIe siècle, de plan basilical, et dont les chapiteaux des colonnes de la nef sont classés au titre des monuments historiques par arrêté du 9 septembre 1908. »

Manifestement, cette église n’est pas de style roman. Elle s’apparente plutôt à une basilique romaine primitive. Sa nef est semblable à celle de l’église Saint-Theudère de Saint-Chef. À la différence près qu’à Saint-Chef les colonnes sont à section octogonale, alors qu’à Seyssins elles sont à section circulaire. À quelques légères nuances près, le plan (image 6) est celui d’une basilique romaine.

Il est même supérieur à celui de Saint-Chef dans la mesure où il n’y a pas ici la complexité de l’ensemble formé par un transept et un chevet à 5 absides, mais une simple abside semi-circulaire comparable aux absides des basiliques romaines.

En conséquence, nous estimons que comme à Saint-Chef, cette nef est antérieure à l’an 800.


Nous n’avons malheureusement pu recueillir qu’une seule image (extraite d’Internet) des chapiteaux (image 5). Une étude sur ceux-ci se révélerait probablement très intéressante. Bien que cet édifice soit du même style que les basiliques romaines, ces chapiteaux sont très éloignés du modèle classique des chapiteaux corinthiens.

Datation envisagée pour la nef de Saint-Martin de Seyssins : an 600 avec un écart de plus de 150 ans.




Complément suite à une récente visite

Lors d’un séjour récent dans les Alpes, nous avons eu l’occasion de passer à Seyssins. Par chance, l’église était ouverte et nous avons pu photographier ses chapiteaux.

Extérieurement, cette église semble ne pas présenter un grand intérêt (images 7, 8 et 9). Seule l’abside (image 8) pourrait faire envisager une datation ancienne. Elle est dépourvue de décoration et n’est pas encadrée d’absidioles. Dans les chevets primitifs, il n’y avait qu’une abside en prolongement du vaisseau central. Ces absides n’étaient pas percées de fenêtres ou avaient des fenêtres très étroites. Ce n’est pas le cas ici, mais manifestement, les grandes fenêtres ont été percées ultérieurement. Sur l'image 9, on remarque un appareil de pierres formé de lits horizontaux parallèles qui pourrait être ancien. Mais l’hypothèse est bien mince.


Par contre, dès qu’on pénètre dans l’église, on pressent sa grande ancienneté (images de 10 à 17). Elle est très semblable aux basiliques romaines des IVeou Vesiècles. Elle l’est beaucoup moins vis-à-vis des basiliques romanes comme Autun et Vézelay. Les piliers sont cylindriques de type C0000. À remarquer que ces piliers, formés de gros blocs cylindriques, sont posés sur des massifs quadrangulaires élevés (et non des bases peu épaisses). Ce qui ne semble être qu’un détail est révélateur d’une ancienneté. Nous avons en effet constaté que les colonnes installées sur des bahuts élevés étaient fréquentes dans des monuments anciens (antiquité tardive) et pratiquement absentes sur des monuments romans plus récents (VIeou VIIesiècle ) .


Mais le plus grand intérêt de cette église réside dans ses chapiteaux (images de 19 à 30). Nous les avons numérotés de la façon suivante : ceux situés côté Nord portent le code N et ceux côté Sud, le code S. Et le numéro est attribué par incrémentation d’Ouest en Est (N1 est le chapiteau côté Nord le plus proche de l’entrée Ouest, N2, le suivant etc.)

Ces chapiteaux de calcaire ont été peints en un vert imitant le bronze. C’est apparent sur l'image 29. Le chapiteau, en partie dégradé, laisse apparaître son aspect interne.


Nous constatons que ces chapiteaux sont tous différents, hormis ceux des images 26 et 29 qui ont cependant de très légères différences. Le fait que les chapiteaux soient différents entre eux montre que cette église n’est pas une basilique romaine. Dans une basilique romaine des premiers siècles de notre ère, les chapiteaux sont tous semblables. Nous pensons donc que cette église date de l’antiquité tardive.

L’étape suivante devrait être d’identifier les modèles de ces chapiteaux. Cette identification n’est pas facile. Nous n’avons pas jusqu’à présent trouvé de modèle semblable. Nous ne pensons pas que ce modèle soit romain (pas de feuilles d’acanthe). Mais nous ne pensons pas non plus que ce modèle soit barbare (pas d’entrelacs).

Datation estimée : nous conservons l’estimation de datation faite auparavant (an 600 avec un écart de plus de 150 ans).