L’église Saint-Theudère de Saint-Chef
Au sujet de Saint-Chef et de Saint
Theudère, voici ce qu‘en dit la page du site Internet
Wikipedia réservée à cette commune de l’Isère : « La
commune doit son nom à Saint Theudère du Dauphiné, né dans
le proche hameau de Arcisse, et mort en 575 à la
recluserie de Vienne en Dauphiné. Il fonda au VIesiècle,
sur le site de l'actuel Saint-Chef, un monastère dont
subsistent de nombreux vestiges. Le village s'est
développé autour de cette communauté religieuse et portait
le nom de Sanctus Theudérium.
L'abbaye se développe au fil du temps. L'église abbatiale
est datée des Xe et XIesiècles.
Un premier château est construit sur la colline Nord. Il
sera suivi par deux autres, plus tardifs, toujours sur
cette même colline, mais plus à l'Ouest. Après
laRévolution Française, l'abbaye est démantelée et ses
bâtiments réutilisés pour la plupart, ou détruits pour
certains autres. »
Nous aimerions savoir de quelle façon les auteurs de ce
texte ont pu déterminer que l’église abbatiale était « datée des Xeet
XIesiècles ». Il est possible que
cette datation soit issue d’une analyse de l’architecture de
l’édifice, analyse comparable à celle que nous faisons sur
ce site. Il est aussi possible que les auteurs aient eu
connaissance de textes datés du Xeet du XIesiècle
décrivant d’une façon précise et détaillée le déroulé des
constructions. Cependant, nous doutons fortement de l’une et
l’autre des deux hypothèses. Plus probablement, l’auteur a
pris connaissance de textes datés du Xeet du
XIesiècle confirmant la présence en cet
endroit d’une église dédiée à Saint-Theudère. Mais cette
église a pu être construite bien avant le Xesiècle.
Pourquoi pas au VIesiècle, du vivant de
Saint-Theudère ?
Si toutefois le récit de sa vie s’avérait conforme à la
réalité.
Nous avons visité le village de
Saint-Chef par une froide journée d’hiver (images 2, 3, 4 et 5). Malheureusement nous
n’avons pu pénétrer dans l’église fermée au moment de notre
passage. Les images de l’intérieur sont extraites
d’Internet. Ce sont ces images qui se révèlent les plus
intéressantes. Les façades Ouest et Sud, probablement
remaniées au XIXesiècle, ne sont pas très
significatives. Le clocher (image
4) a été construit en plusieurs étapes. Ainsi au
rez-de-chaussée, la porte a une allure préromane, mais elle
a été restaurée de même que la fenêtre qui la surmonte. Le
troisième étage percé de trois fenêtres est roman,
probablement du XIIesiècle. L’étage supérieur
est, quant à lui, gothique.
L’abside principale déborde de peu la surface du mur Est (image 5 et plan de l'image 6). Toujours
sur l'image 5, on
peut voir que, sur le mur extérieur de l’abside, le haut de
la fenêtre est au même niveau que le chapiteau de la colonne
adossée. Or ce chapiteau qui, actuellement ne sert à rien,
devait servir à porter la corniche du toit. D’où l’idée que
la fenêtre a été percée ultérieurement, peut-être lorsque le
toit a été rehaussé. Le plan de l'image
6 révèle des absidioles insérées dans la
maçonnerie. Elément qui pourrait être caractéristique d’un
chevet antérieur à l’an 1000. Une telle date ne correspond
pas avec de grandes fenêtres, mais on vient de voir que ces
fenêtres ont été agrandies à une époque postérieure.
La partie selon nous la plus
intéressante se révèle être l’intérieur de la nef (images
7 et 8). Le plan est basilical, le modèle étant
celui des basiliques primitives romaines. Pour celles-ci,
les piliers étaient cylindriques. Ceux-ci sont prismatiques
à section octogonale. Les arcs entre piliers sont simples.
Il nous est difficile d’évaluer la datation des basiliques à
piliers cylindriques. Mais nous pensons que le modèle a été
abandonné à une période relativement ancienne. En effet,
l’évolution s’est selon nous manifestée par l’adoption de
l’arc double en remplacement de l’arc simple. Cet arc double
pouvait être réalisé à partir de piliers à sections
rectangulaire, l’évolution se manifestant par la suite : R0000, puis
R1010, puis R1110
et enfin R1111.
Alors que sur des piliers cylindriques la suite C0000,
C1010, C1110,
C1111 est plus
délicate et inesthétique.
Nous pensons donc que la nef de l’église Saint-Theudère
pourrait être antérieure à l’an 800. Compte tenu de
l’information qui nous a été donnée précédemment, à savoir
que Saint Theudère serait mort en 575, nous raisonnons de la
façon suivante : Saint Theudère fonde une communauté
monastique vers l’an 550. Cette communauté a son église, qui
n’est pas forcément celle que l’on voit actuellement. Saint
Theudère meurt en 575. Assez rapidement, son corps est
entouré d’une réputation de sainteté et les pèlerins
affluent. Il devient nécessaire de construire une nouvelle
église. Cette nouvelle église est construite environ 50 ans
après la mort du Saint, soit en 625. Il faut en effet du
temps pour que la réputation s’installe, que les dons
affluent, et que le capital recueilli soit suffisant pour
construire une église. Mais inversement, il ne faut pas trop
de temps entre la mort du Saint et la construction de
l’église. Car, au fur et à mesure des générations, la
mémoire s’efface et d’autres centres d’intérêt apparaissent.
Mais si l’église est construite, sa présence perpétue la
mémoire du Saint.
En conséquence, la datation envisagée pour la construction
de la nef de Saint-Chef est l’an 625 avec un écart de plus
de 50 ans (si toutefois la légende de Saint Theudère est
conforme à la réalité).
Il ne s’agit ici que de la datation
de la nef. Le transept et le chevet auraient été
faits plus tard en remplacement de une ou trois absides.
Nous avions envisagé que le transept ait été fait sur une
travée de l’église primitive, mais il semblerait que ce ne
soit pas le cas : au vu du plan, la largeur du transept est
supérieure à celle d’une travée.
Transept et chevet seraient donc postérieurs à la nef. Ils
devraient être pour autant antérieurs à l’an 1000. En effet,
le chœur n’est pas très développé. Il n’existe pas
d’avant-chœur. Datation
envisagée : an 900 avec un écart de plus de 100
ans.
Il reste à étudier les fresques. Elles
sont principalement situées dans la chapelle des Archanges,
au Nord du transept.
Au tout début, nous avions pensé que ces fresques étaient
très anciennes. Certains détails comme les ailes dressées
des anges (image 12),
l’image de la Jérusalem Céleste couronnée par l’Agneau
Pascal (image 13),
nous semblaient antérieures à l’an mille. Mais le fait que
certaines de ces fresques soient placées sur un plafond
voûté d’arêtes nous invitent à croire qu’elles datent du XIIesiècle.