L’église Notre-Dame-de-Beauvert de Sainte-Jalle
Voici, sur cette église, une information
donnée par un panneau placé à l’entrée de celle-ci : « Notre-Dame-de-Beauvert :
Église paroissiale anciennement dédiée à Sainte Galle,
construite à proximité d’un site occupé à l’époque
antique...Elle appartenait à un important prieuré
clunisien du diocèse de Sisteron.
Sur le tympan du porche au-dessus d’une frise de rinceaux,
on observe de droite à gauche, un joueur de viole, un
personnage avec une chouette sur l’épaule, un pèlerin ou
un berger, un coq. D’autres personnages sont figurés sur
les tailloirs des chapiteaux. »
Commençons par le portail. Le chapiteau
de gauche présente deux personnages sortant des feuillages.
L’un d’eux semble porter une aile. Ils encadrent une sorte
de monstre. Le chapiteau très dégradé est difficile à
interpréter (image 4).
Le tympan de l'image 5, moins dégradé, est
lui aussi très difficile à interpréter. Nous l’étudierons de
la gauche vers la droite. Donc en partant de la gauche (image 6) on observe
un animal hybride : un coq à tête humaine. Devant lui, une
sorte de vase. On songe à la scène très caractéristique des
« oiseaux au canthare ». Sauf qu’ici on ne trouve pas
d’animal symétrique. Remarquons au-dessus de la coupe un
trou de forme rectangulaire aux arêtes soigneusement
taillées. Manifestement, ce trou n’est pas accidentel : il a
été creusé avec une intention particulière (dépôt
d’offrandes ? De demandes ? De prières ?). En allant vers la
droite, le personnage situé de l’autre côté du vase n’est
certainement pas un berger, peut-être un pèlerin, mais
plutôt un personnage important. Il porte une besace, ce qui
semble être une gourde, et surtout un long bâton non
recourbé, un peu semblable à un sceptre. Mais surtout, ce
qui est remarquable, c’est l’objet qui recouvre la joue
droite de ce personnage. Plus à droite sur l'image
7, on
peut voir un autre oiseau (une chouette) situé au-dessus de
l’épaule d’un homme, mais non porté par cette épaule.
L’homme lève le bras en signe de défense. À sa droite, on
peut voir un homme jouant du luth. Mais il semblerait bien
que le joueur de luth a détaché de l’archet du luth une tête
de flèche et qu’il poignarde le premier des deux.
On se trouve donc en présence d’une scène extraordinaire qui
n’a pas, autant qu’on le sache, son explication dans les
textes bibliques.
Il faut bien comprendre que le fait que ces scènes sont
exposées sur un portail implique qu’elles ont un sens. On ne
doit pas se contenter des descriptions ci-dessus mais
chercher quelle est leur signification. Et pour cela, si on
ne trouve pas des éléments justificatifs dans les textes
antiques, chercher des correspondances avec d’autres
sculptures. On en a déjà vues contenant des joueurs de luth.
L’église est à nef unique. Elle est
prolongée par un transept débordant sur lequel sont
greffées une abside et deux absidioles (plan de l'image
8).
Les murs extérieurs sont percés de fenêtres étroites (images 9, 10 et 11).
Ce qui est pour nous signe d’ancienneté.
Nous étudierons la nef un peu plus loin. Nous passons
directement au chœur (images
16 et 17). On constate principalement sur l'image 17 la
polychromie au niveau des arcs de la colonnade de fond
d’abside (alternance de pierres blanches et noires). Cette
polychromie se manifeste aussi par la présence de trois
bandes horizontales sur le cul-de-four. Mais en revenant à
l'image 16, on
constate que la polychromie est limitée à ces trois bandes.
Et ne se poursuit pas dans la partie supérieure. D’où l’idée
que le cul-de-four a fait l’objet d’un remaniement.
Nous avons constaté que beaucoup
d’églises à nef unique analogues à celle-ci étaient
primitivement des églises à nefs à trois vaisseaux. Est-ce
le cas pour cette église Notre-Dame-de-Beauvert ?
Pour le savoir, étudions de plus près les piliers (images
15, 18, 19, 20, 21, 23). On trouve à la base de
ces piliers de gros massifs parallélépipédiques. Ces massifs
portent une large imposte peu épaisse . Cette imposte
supporte les arcs (brisés) adossés au mur ainsi qu‘un
pilastre qui à son tour soutient les doubleaux en arc brisé
de la voûte. Ajoutons à cela que les impostes ont un
chanfrein débordant orienté vers l’intrados de chaque arc
adossé au mur.
Tout permet de penser qu’il y a eu au moins deux étapes de
travaux dans la construction de ces piliers. On aurait
commencé par installer les bases parallélépipédiques puis
plus tard les arcs adossés aux murs. Il est même possible
que les pilastres plaqués contre ces arcs aient fait partie
d’une troisième campagne de travaux.
En effet, si les travaux s’étaient déroulés en une seule
étape, on peut se poser la question de l’utilité des gros
massifs : on pouvait faire partir directement du sol le
système que l’on a à mi-hauteur. Par ailleurs, on constate
sur l'image 19 que
les matériaux de construction sont différents : blanc en
dessous de l’imposte, gris bleuté au-dessus. Autre
constatation : nous ne voyons ici que des impostes et non le
doublé chapiteau-tailloir que nous estimons plus récent
(dans sa globalité car il peut exister des contre-exemples).
Remarquons enfin que, primitivement, toutes les impostes
devaient avoir un chanfrein débordant non seulement vers
l’intrados, mais aussi du côté vaisseau central. On le voit
par le traitement irrégulier de la pierre côté vaisseau
central en comparaison avec l’aspect soigné des moulures de
l’intrados.
La construction de la nef en plusieurs étapes bien
différenciées est donc fortement envisageable. Néanmoins,
rien ne prouve que la nef primitive était à trois vaisseaux.
Les images
de 24 à 30 présentent un ensemble d’autels
gallo-romains présents sur le site. Nous n’avons pas
d’information sur ces autels. Sans doute l’étude
épigraphique des ces autels a déjà été faite, mais nous n’en
avons pas connaissance et, pour tout dire, l’étude de ces
autels non chrétiens sort un peu du cadre de notre
recherche. Notons seulement que le nom du lieu, Saint-Jalle,
semble directement issu de Sainte Galle, qui fait
immédiatement penser à Gal= Gaulois. L’église Notre-Dame de
Beauvert pourrait être située à l’emplacement d’un temple
gaulois. Il s’agit peut-être d’une information importante
dans la mesure où nous ne sommes pas du tout certains que
l’actuel territoire de France a été occupé durant l’époque
antique par les seuls gaulois. D’autres peuples d’origine
non celtique ont pu cohabiter avec les gaulois.
Il reste à étudier 3 chapiteaux : ceux
des images 31 , 32, 33. Ces
chapiteaux sont pour nous très particuliers. Ils ne
ressemblent pas à des chapiteaux romans. De plus, bien
qu’ils soient situés au même endroit, la colonnade de fond
d’abside, ces chapiteaux sont différents entre eux. Celui de
l'image 31 est à
plan carré aux angles écornés. Il est placé sur une
astragale. La colonne qu’il surmonte a aussi une astragale.
Celui de l'image 32 a
le même profil mais il n’y a pas d’astragale. Celui de l'image 33 est installé
sur une colonne cylindrique. Il semble être sculpté ses
toutes ses faces. Nous pensons que ces colonnes et ces
chapiteaux sont de remploi. Ils sont certainement issus d’un
monument préroman.
Datation envisagée
pour l’église Notre-Dame-de-Beauvert de Sainte-Jalle : an
900 avec un écart de 200 ans.