L’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Comps 

• France    • Auvergne-Rhône-Alpes    • Article précédent    • Article suivant
   

Introduction aux édifices de la Drôme

Grâce à divers documents tels que les livres « Provence Romane II » ou « Dauphiné Roman », tous deux de la collection Zodiaque, nous avons pu repérer un certain nombre d’édifices de la Drôme susceptibles d’être antérieurs à l’an mille. Vingt-trois d’entre eux sont décrits dans les pages suivantes. Mais il en reste beaucoup d’autres que nous ne pouvons décrire. Ils sont localisés dans les communes suivantes : Allan (la chapelle Barbara), Anneyron, Aouste (Saint-Alban), Bathernay (Saint-Étienne), Beaumont-lès-Valence, Bonlieu, Bouchet, Charols, Die, Donzère, Grâne, Jaillans, La Bâtie-Rolland, Lachau, Peyrus, Plan-de-Baix, Pont-de-Barret (Notre-Dame-la-Brune), Puygiron, Rousset-les-Vignes, Saint-Marcel-lès-Sauzet, Saint-Pantaléon-les-Vignes, Saint-Torquat-la-Rousse, Solérieux. À remarquer qu’on en compte aussi vingt-trois. Pourquoi avoir exclu ces édifices après les avoir présélectionnés ? Tout simplement parce que les indices qui avaient fait envisager une plus grande ancienneté se révélaient insuffisants. C’était le cas de certains que nous avions pu visiter (Rousset-les-Vignes, Saint-Pantaléon-les-Vignes, Saint-Torquat-la-Rousse). Mais à plus forte raison pour les autres que nous ne connaissions que par quelques images extraites d’Internet. Il faut comprendre que la plupart de ces édifices sont des églises à nef unique et à abside demi-circulaire. Il s’agit d’un des modèles les plus difficiles à dater. Surtout s’il n’existe aucun élément sculpté ou si on n’a pas d’image de l’intérieur (nef voûtée ? charpentée ?) . Nous pensons que, tôt ou tard, ce type d’église dont la production a dû s‘échelonner durant plusieurs siècles pourra être daté. Mais , dans l’immédiat, nous ne pouvons qu’échafauder des hypothèses ou envisager des techniques de recherche qui nécessiteraient des connaissances spécifiques et des moyens hors de notre budget (analyse des mortiers, analyse des pierres et de leur taille). En conséquence, ajouter des pages pour commenter ces édifices n’apporterait rien de plus et serait même contre-productif.




L’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Comps

Un panneau situé à l’entrée du site nous apprend ceci : « Une église et son prieuré existent à Comps dès le début du XIesiècle ; ils sont cités dans une donation en 1032 et dépendent alors de l’abbaye de Savigny (Rhône) qui possède également les églises de Bézaudun, Bourdeaux et Crupies.

L’église actuelle édifiée vers le milieu du XIIesiècle, comporte, côté Ouest, une courte nef inachevée ou détruite et rebâtie au XVIIesiècle. La croisée du transept est couverte d’une coupole octogonale surmontée d’un clocheton tardif. Du côté Est, l’abside semi-circulaire couverte d’une coupole en cul-de-four , était flanquée de deux absidioles. Au Nord, une chapelle seigneuriale, de style gothique a remplacé l’une d’entre elles. La décoration intérieure composée principalement de motifs géométriques et d’animaux monstrueux est caractéristique du premier art roman. Les murs sont ornés d’une litre funéraire du XVIIesiècle aux armes des seigneurs de Vesc devenus, par le jeu des alliances, seigneurs de Comps et propriétaires du château.

L’église, restaurée au XXesiècle, a été classée monument historique en 1938.
»


Juchée sur une colline, l’église occupe un cadre exceptionnel. Lorsque nous l’avons vue pour la première fois, nous avons pensé que cette église était à plan à croix grecque (à branches égales) analogue à celles que l’on peut voir en Géorgie, en Arménie ou plus rarement en France (exemple : Saint-Martin-de-Londres dans l’Hérault). Mais rapidement, nous avons réalisé que la nef pouvait avoir été considérablement réduite, hypothèse confirmée par le texte du panneau. Le même texte du panneau nous apprend que la nef primitive était flanquée de deux absidioles. Nous pensons que ces absidioles étaient demi-circulaires voûtées en cul-de-four (plan de l'image 3). Si on essaie de reconstituer à partir de ce plan les absidioles demi-circulaires, on s’aperçoit que les trois absides sont accolées. Par contre, nous avons constaté à de nombreuses reprises que lorsqu’il y avait un transept, les absides étaient séparées les unes des autres.

En conséquence, il est possible qu’il y ait eu primitivement une église à nef à trois vaisseaux avec trois absides en prolongement. Le transept aurait été construit après, séparant la nef à trois vaisseaux des trois absides. Plus tard encore, la nef à trois vaisseaux aurait disparu, remplacée au XVIIesiècle par la nef actuelle.


Le texte du panneau nous apprend que l’église est citée en 1032. Et que l’église actuelle a été édifiée au milieu du XIIesiècle. Il y a là une apparente contradiction que le rédacteur du panneau n’explique pas. En fait, il s’agit là d’une explication récurrente que nous avons rencontrée à de nombreuses reprises. Le rédacteur du panneau laisse entendre qu’une église existait en 1032, que cette église a entièrement disparu et qu’elle a été remplacée par une autre église toute neuve au XIIesiècle. Bien sûr, un tel scénario est possible et peut être envisagé dans certains cas. Cependant, nous doutons qu’il puisse être la norme. Dans des cas analogues à celui-ci, nous proposons le scénario : l’église citée en 1032 n’a pas été détruite et remplacée par une autre. Mais elle a subi tellement de modifications au cours des siècles suivants que son aspect primitif a été modifié.

Dans le cas présent, les modifications ont été la création d’un transept, le voûtement de celui-ci, la suppression de la nef. Mais l’ampleur de ces modifications dont certaines ont pu être faites bien après le XIIesiècle a fait disparaître l’aspect de l’église primitive ou même son plan. Il devient très difficile de la dater ; elle pourrait être bien antérieure à l’an 1030. Pourtant, par endroits, on découvre des témoins de ce passé ?

Ainsi, sur l'image 9 la présence d’impostes à chanfrein vers l’intrados fait penser à l’église de Bourg-Saint-Andéol (Ardèche) que nous datons aux alentours de l’an 900.

La corniche de l'image 10 devrait être dotée d’une frise à décor unique. Ce n’est pas le cas, ce qui montre qu’elle a dû faire l’objet d’une profonde restauration. Alors que la majorité des corbeaux ne porte aucune décoration, pourquoi celui de l'image 11 en porte une ? Un remploi ?

On peut voir aussi sur des corniches des « nœuds de Salomon » (image 12). Réminiscence de l’Antiquité ?


Datation


Compte tenu des difficultés à dater une église primitive qui a probablement existé, nous estimons la datation des principales modifications à l'an 1100 ave un écart de plus de 100 ans.



Addendum : Plans d’évolution

Lors de l’insertion sur Internet de la page actuelle, nous avons constaté qu’elle était insuffisamment explicite. Nous avons donc décidé d'y ajouter des plans permettant de visualiser nos explications.


Image 13 : Construction d'une première église (tracé en rouge). Il s’agit bien sûr d’un plan basé sur des hypothèses. Nous avons envisagé quatre travées, mais il peut n’y en avoir que trois. Les piliers sont quadrangulaires. Ils pourraient être cylindriques. L’écart entre piliers correspond à peu près à la largeur du transept actuel, mais il pourrait être plus réduit.

Image 14 : Édification d’un transept (tracé en bleu) à l’intérieur de cette église. La fenêtre supérieure de l’image 6 pourrait être le seul témoignage qui reste de cette construction.

Image 15 : On assiste à un renforcement des murs (tracé en vert). Ce afin de permettre le voûtement du transept et de l’abside principale. On assiste à la suppression des absides et de la nef. Très probablement, ces opérations n’ont pas été simultanées, l’église ne pouvant rester longtemps ouverte côté Ouest.


Chargement...