L’église Saint-Symphorien de Biozat
Introduction aux monuments
de l’Allier
Nous avons, dans la page précédente, étudié les monuments de
l’Ain et nous avons été un peu surpris de ne découvrir dans
ce département que très peu de monuments susceptibles de
dater du premier millénaire. Ce n’est pas le cas en ce qui
concerne le département de l’Allier. Alors que dans l’Ain,
nous n’avions trouvé que 7 églises susceptibles de dater du
premier millénaire, dont aucune ne méritait qu’on lui
consacre une page, nous en trouvons ici 22 dont 11 pour
lesquelles nous avons réservé une page. Pourquoi une telle
différence entre deux départements de même superficie et
assez proches l’un de l’autre? Les raisons ne manquent pas.
La première d’entre elles pourrait provenir du fait que nous
avons plus eu l’occasion de visiter l’Allier que l’Ain.
D’autres explications sont envisageables. Il peut y avoir
les effets de guerres, guerres civiles, guerres religieuses
qui peuvent affecter une région plus qu’une autre. On le
sait pour les guerres de la Réforme dans la deuxième moitié
du XVIesiècle.
À cette occasion, on a assisté à la quasi-disparition du
tiers des cathédrales de France, une disparition plus
attribuable à la désaffection des lieux de culte qu’à leur
destruction par les Huguenots. De même, il a pu y avoir
d’autres conflits destructeurs pour les églises. On doit
aussi envisager que l’architecture des bâtiments soit
influencée par des modèles locaux. On sait par exemple,
qu'en Champagne, des églises en bois ont été construites :
ces églises ont moins survécu aux usures du temps. Il est
possible que des églises en bois aient été construites dans
d’autres régions. On doit aussi tenir compte d’une certaine
« fluctuation d’échantillon » : en admettant que
l’architecture des monuments ait suivi des parcours
identiques dans l’Ain et l’Allier, le nombre de monuments
subsistants n’est pas identique mais il fluctue autour d’une
certaine moyenne.
Il faut cependant effectuer la remarque suivante : le
département de l’Allier tout comme celui du Puy-de-Dôme qui
lui est voisin se trouvent sur le territoire de l’ancien
évêché de Clermont. La ville de Clermont-Ferrand, autrefois
appelée Arverne, est citée à de nombreuses reprises par
Grégoire de Tours. Pour cet historien, le diocèse d’Arverne
semble aussi important que celui de Tours. Cette importance
est aussi révélée dans diverses cartes (table de Peutinger)
ou itinéraires datés du premier millénaire. Il semblerait
que la région de Clermont ait été plus fréquentée durant
cette période que d’autres régions du Massif Central. Cela
ne doit pas nous surprendre, cette région n’est autre que la
Limagne, une terre particulièrement riche qui a attiré dans
un premier temps les celtes puis les romains.
L’église Saint-Symphorien
de Biozat
Extérieurement, cette église ne semble
pas présenter un grand intérêt (images 1, 2, 3, 4). On note cependant la présence
d’une grande pierre creusée (image
5). Il s’agit peut-être d’une ancienne cuve
baptismale. Cela démontrerait l’ancienneté du site.
La visite de l’intérieur de l’église (images 6, 7, 8, 9, 10)
se révèle beaucoup plus instructive. Regardons en
particulier l'image 8 montrant
l’intérieur de la nef vu de biais. Le vaisseau central est
porté par de hauts piliers. Suivant la classification que
nous avons donnée aux piliers, ceux-ci sont de type R1110.
Cela signifie que, en coupe horizontale, le noyau est
rectangulaire et il est doté d’excroissances
demi-circulaires (correspondant aux colonnes adossées). Ces
excroissances sont placées respectivement côté Est, côté
collatéral, côté Ouest. Il n’y a pas d’excroissance côté
vaisseau central. Ceci signifie qu’il n’y a pas de ce côté
de colonne adossée, donc pas de doubleau à la voûte
centrale. Remarquons enfin que les arcs reliant les piliers
sont simples (et non doubles). Mais tout cela se voit sur la
photo : à quoi bon le commenter?
R1010
En fait, il est important de les commenter. Nous estimons
que le voûtement des nefs constitue la dernière grande étape
d’évolution des églises à trois nefs. Les étapes voient
l’apparition successive des piliers de type R0000,
puis R1010, puis
encore R1110 et
enfin R1111. La
dernière étape serait postérieure à l’an 1000 (avec une
grande marge d’incertitude sur cette date). Cette église
s’apparente à celle de Bernay (Eure/ Normandie). Sauf qu’à
Bernay, les arcs reliant les piliers sont doubles alors
qu’ici ils sont simples..
Nous l’estimons plus ancienne que Bernay dont la datation a
été estimée à l’an 900 avec un écart plus de 100 ans.
Nous pensons que, primitivement, l’église était charpentée.
Les collatéraux ont été voûtés ultérieurement par une voûte
en quart de rond posée sur des arcs doubleaux. La voûte en
plein cintre du vaisseau central a probablement était posée
ultérieurement encore, peut-être au XVIIIesiècle
lorsqu’il a été possible de construire des voûtes légères en
plâtre.
Sur l'image
10, on repère une fenêtre géminée sur la cloison
séparant la nef du transept. Quelle est l’utilité de cette
fenêtre ? On peut penser que sa fonction est purement
décorative. Ce n’est pas la première fois que nous
rencontrons ce type de fenêtre installé sur la croisée du
transept. Mais c’est bien la première fois que nous y
attachons de l’importance et nous devrions y revenir. Il est
possible que, avant l’installation d’une coupole à la
croisée du transept, il y ait eu un plancher situé en
hauteur et sur ce plancher une salle avec une fenêtre
permettant de disposer d’une vue sur le nef.
Les chapiteaux des images
12 à 16 sont installés sur la croisée du transept.
Cette croisée du transept n’est pas forcément contemporaine
de la nef. Elle peut lui être postérieure. Aussi, nous ne
pouvons être certains que ces chapiteaux, par ailleurs très
originaux, soient antérieurs à l’an mille.
Datation estimée pour la nef : an 850 avec un écart de 150
ans.
Cette église contient un certain nombre d’œuvres qui ne sont
pas datées du premier millénaire. Il y a tout d’abord des
fresques dont les plus anciennes (tétramorphe du chevet)
pourraient dater du XIesiècle (image
11). La fresque de l'image
17 daterait quant à elle du XVe siècle.
De même, la pierre sculptée de l'image
18 (fonts baptismaux ?) pourrait aussi dater du XVe siècle.